L’an dernier, alors qu’elle s’apprêtait à retrouver le public dans Les Bad Guys 2, Alice Belaïdi en a profité pour revenir sur un sujet qui a traversé toute sa carrière : les stéréotypes, les discriminations et les combats qu’elle a dû mener pour imposer sa propre image.
Au fil de plusieurs entretiens accordés ces dernières années, la comédienne s’est confiée sans détour sur les préjugés auxquels elle a été confrontée et sur les violences qu’elle dit avoir subies dans le milieu du cinéma.
Les étiquettes au cœur de son nouveau film
À l’été 2025, Alice Belaïdi a retrouvé le personnage de Diane Foxington en prêtant de nouveau sa voix à l’héroïne des Bad Guys 2, le film d’animation de DreamWorks réalisé par Pierre Perifel.
Dans cette suite, les anciens criminels tentent de reconstruire leur vie après avoir abandonné le banditisme. Mais lorsqu’une nouvelle série de braquages secoue la ville, tous les regards se tournent immédiatement vers eux. Les Bad Guys vont alors devoir prouver leur innocence et retrouver les véritables coupables.
Cette histoire de seconde chance, de regards biaisés et de jugements hâtifs fait directement écho aux expériences personnelles de l’actrice, qui a souvent expliqué avoir dû lutter contre les images toutes faites qu’on lui associait.
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À notre micro, elle confiait notamment : “Je pense qu’on projette toujours une image sur toi qui n’est pas forcément la bonne. Moi, j’ai essayé quand même de me dépatouiller pas mal de certaines images.
En France, quand tu es maghrébine, c’est un peu difficile parfois… On a vraiment tendance à projeter sur toi une image bien précise. Mais c’est la vie. Il y a toujours un truc qui ne va pas mais je crois qu’il faut vivre avec et il faut s’entourer de gens qui vont te prendre tel que tu es avec tes différences.”
Le rôle qu’elle dit regretter aujourd’hui
L’actrice, qui a connu un immense succès auprès du grand public grâce à Un P’tit truc en plus, avait déjà évoqué ces questions lors de son passage dans le podcast PAUSE d’Alexandre Mars, en mai 2024.
Elle y expliquait avoir rapidement compris le risque d’être enfermée dans des personnages reposant sur des clichés.
“Les Kaira est l’un de mes premiers films, et vraiment s’il y a un film que je pourrais regretter c’est celui-là, parce qu’à ce moment-là j’étais une gamine, je n’avais pas conscience de ce que j’allais renvoyer comme image, à savoir : jouer l’Arabe de service.”
Elle ajoutait : “Très vite, mon agent m’a guidée et m’a aiguillée sur ces sujets-là, et la seule Arabe que j’ai rejouée après ça, c’est dans Le Bureau des Légendes. Et pour moi, ça avait du sens. Il n’y a rien de manichéen dans cette série. Là, on y va fort quoi.
Mais ensuite j’ai reçu des tonnes de scripts... ‘Voilà ce que tu vas jouer : l’Arabe qui se fait couper les vivres par son frère qui tient la maison’, enfin, des trucs… Et je me suis dit : ‘Mais comment ils ont retrouvé ça ?’ Moi, je n’ai jamais de grand frère qui tenait la maison, je n’ai pas beaucoup de copines qui ont des grands frères qui tiennent la maison, je ne sais pas d’où ça vous vient ce truc-là. Mais bon, moi, mon père, c’était le seul mec à la maison, je peux vous dire que vraiment, ce n’est pas lui qui coupait quoi que ce soit.”
Gaumont Distribution
Son témoignage sur les violences dans le cinéma
Au cours du même entretien, Alice Belaïdi a également abordé la place des femmes dans le cinéma français. Elle y évoque les écarts de rémunération entre hommes et femmes, mais aussi les comportements auxquels certaines actrices sont confrontées sur les tournages.
Dans un extrait diffusé sur les réseaux sociaux du podcast, elle répond à une question portant sur l’affaire Weinstein et sur les conséquences que peuvent subir, en France, les femmes qui dénoncent un agresseur, comme Judith Godrèche. Son témoignage est sans équivoque.
“Il m’est arrivé des trucs dingues… Je me suis déjà fait agresser sexuellement par un acteur. Et ensuite, je me suis fait renvoyer du film parce que j’avais osé dire non. Non, on ne tient pas son sexe comme ça devant moi, on ne me le colle pas sur la cuisse sans me demander mon avis. Résultat : je me suis fait virer parce que, tu comprends, ‘c’est quand même une casse-couille’.
Il y a plein de prédateurs. Et derrière on passe encore pour des menteuses, pour des hystériques. Quand une production ou un réalisateur ne veut pas te soutenir, tu ne peux rien faire. Heureusement, mon agent et mon attaché de presse m’ont crue.
J’ai dénoncé cette personne à l’époque, j’ai parlé à la production, à tout le monde. Mais pas au grand public. Parce que le tribunal populaire, c’est violent aussi. Au final, il a fait son film, qui a été un four. Personne n’est allé le voir. C’était peut-être une forme de justice divine.”
Une parole qu’elle portait déjà avant MeToo
Bien avant cette interview, Alice Belaïdi avait déjà raconté cette agression dans les colonnes de Technikart en 2019, au moment de la sortie de Budapest. Elle expliquait alors que l’affaire Weinstein avait profondément changé les mentalités dans l’industrie.
“Il s’est passé des choses depuis l’affaire Weinstein. Déjà les rôles changent, les scripts changent, notamment dans le registre de la comédie française où il y a toujours eu un petit fond de misogynie. Les scripts que je reçois désormais sont complètement différents de ce point de vue-là. Et il va falloir aussi que les mecs s’habituent à devenir plus souvent des seconds rôles (rires).
Par ailleurs, moi qui ai déjà eu une altercation avec un acteur du genre prédateur, et bien des gens de l’industrie, des producteurs notamment, m’ont appelé pour que je leur parle plus précisément de ce type. Ça les intéresse désormais de savoir à quel profil de mecs ils risquent d’avoir à faire alors qu’avant personne ne voulait le savoir.
C’est vrai que dans le milieu on n’a pas cherché à alerter la presse, on a plutôt fait ça entre nous. Je ne trouve pas ça agréable du tout de balancer en public tous les gros pervers du cinéma français, par contre je veux bien que le métier soit au courant et qu’on gère leur cas entre nous.”
Pan Distribution
Elle estimait également que les comportements sur les plateaux avaient commencé à évoluer.
“C’est peut-être un truc culturel, une manière de faire à la française. Mais l’essentiel, c’est que sur les plateaux moi j’ai senti le changement de regard des mecs. Avant, les réflexions lourdingues fusaient très vite, maintenant le type qui parle mal, on se débrouille tous pour qu’il se sente vite très merdeux.
C’est pas laver son linge sale en famille ça, c’est faire preuve d’esprit de corps. Et ce qui est fabuleux c’est que la plupart du temps c’est les mecs qui t’aident dans ce combat-là. À mes yeux, MeToo a clairement mis un frein à la guerre des sexes.”
Une actualité bien remplie
Si Alice Belaïdi continue de défendre des sujets qui lui tiennent à cœur, elle poursuit également une carrière bien remplie. Au printemps 2026, elle est revenue dans le podcast The Elevate House sur le succès phénoménal d’Un P’tit truc en plus, qui a marqué un tournant dans son parcours. L’actrice y expliquait notamment que ce triomphe au box-office n’avait pas fait d’elle une femme riche, tout en reconnaissant qu’il avait changé le regard de l’industrie sur elle et renforcé sa place dans le paysage du cinéma français.
Aujourd’hui, Alice Belaïdi est annoncée au casting de la saison 4 de Hippocrate, dont le tournage est prévu à partir de septembre 2026.
En attendant, retrouvez-là dans Les Bad Guys 2 disponible en streaming sur Canal+, ou encore dans Un P’tit truc en plus disponible en VOD.
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