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L’usine de la famille Obinata, spécialisée dans les feux d’artifice, est sur le point d’être fermée administrativement. Autrefois nichée au cœur d’une forêt verdoyante, le site est désormais recouvert de panneaux solaires, et une route départementale doit bientôt traverser l’emplacement de l’usine.
Depuis quatre ans, Keitaro s’est enfermé dans cette usine désaffectée, où il fabrique seul des feux d’artifice. Il est obsédé par le mystère du shuhari, un feu d’artifice fantôme censé représenter l’univers, que son père avait créé juste avant de disparaître. Avant la confiscation de l’usine, Keitaro est déterminé à lancer le shuhari de son père. Hanté par ses souvenirs, il fait appel à son frère Chicchi et à son amie d’enfance Kaoru pour faire éclater une Aube nouvelle...
Une expérience visuelle à couper le souffle…
Premier long métrage de Yoshitoshi Shinomiya, connu pour son travail de directeur artistique sur Your Name et Dans un recoin de ce monde, Une aube nouvelle mêle mystère familial, récit initiatique et réflexion sur la transmission. Récompensé par le Prix du jury Contrechamp au Festival international du film d'animation d'Annecy après une présentation remarquée à la Berlinale, le film sort cette semaine dans les salles françaises.
Peintre de formation, Yoshitoshi Shinomiya privilégie les techniques artisanales et le travail manuel, à rebours des outils numériques de plus en plus présents dans l'industrie de l'animation japonaise. Une démarche en parfaite adéquation avec Miyu Productions (Linda veut du poulet !, Anzu, chat-fantôme, Planètes), le studio français qui coproduit le film aux côtés d'Asmik Ace et s'est imposé comme l'un des grands défenseurs d'une animation d'auteur exigeante.
CGR
Cette approche se ressent dans chaque plan du film. Tout en restant profondément ancré dans la sensibilité japonaise, Une aube nouvelle s'éloigne des codes habituels de l'animé pour proposer une identité visuelle qui lui est propre. Son utilisation audacieuse des couleurs, ses compositions d'une grande richesse et le soin apporté aux moindres détails donnent parfois l'impression d'admirer une peinture en mouvement. Une beauté saisissante qui sublime le récit et le transforme en une véritable expérience sensorielle.
La nature luxuriante, omniprésente, participe pleinement à cette immersion. Du découpage aux mouvements de caméra, la mise en scène ne cesse d'insuffler de la vie aux décors, traversés de reflets mouvants, d'effets de flou subtils et de jeux de lumière qui leur confèrent une profondeur palpable. Le travail sur les couleurs impressionne tout autant : les dégradés de verts et de jaunes enveloppent le film d'une douceur mélancolique, tandis que certains choix plus inattendus – comme représenter un incendie à travers des nuances de bleu et de rose pâle – témoignent d'une véritable audace artistique.
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Cette délicatesse se retrouve enfin dans la musique de Shuta Hasunuma. Tout en retenue, sa partition accompagne les images avec une grande sensibilité et prolonge l'émotion qui se dégage de cette œuvre aussi contemplative que touchante.
… au service d'un hommage touchant aux traditions japonaises
Au-delà de son histoire touchante, Une aube nouvelle célèbre avec une infinie délicatesse une facette méconnue de la culture japonaise : l'art des feux d'artifice. Véritable institution au Japon, les festivals d'été et leurs spectacles pyrotechniques sont ici bien plus qu'un simple décor. Ils deviennent le symbole de la transmission, de la mémoire et du lien entre les générations.
À travers le destin d'une famille d'artisans, Yoshitoshi Shinomiya rend hommage à un savoir-faire ancestral menacé par le temps qui passe et les bouleversements de la société moderne. Le spectateur se laisse peu à peu happer par cet univers, découvrant au passage le vocabulaire et les rituels propres à cet art, à l'image du mystérieux Shuhari, le feu d'artifice ultime imaginé par le père disparu. Au fil du récit, quelques références aux pirates qui, autrefois, maniaient les feux d'artifice viennent également rappeler combien cet artisanat est intimement lié à l'histoire et aux traditions japonaises. Un héritage que les personnages s'efforcent de préserver coûte que coûte.
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Cette volonté de transmettre s'exprime aussi à travers la quête quasi obsessionnelle de la famille : tirer une dernière fois le feu d'artifice imaginé par le père. Bien plus qu'un simple spectacle, ce dernier tir devient le symbole d'une promesse à honorer, d'une mémoire à faire vivre et d'une tradition que les générations suivantes refusent de laisser s'éteindre.
Cette célébration des traditions passe enfin par la mise en scène. Les scènes de feux d'artifice, où les couleurs embrasent le ciel dans un univers éthéré, contrastent avec les paysages diurnes baignés de teintes plus douces et délavées. Ce parti pris visuel renforce la mélancolie du récit et le sentiment d'un monde qui change, tout en sublimant la beauté fragile de cet héritage culturel. Une ode lumineuse au Japon traditionnel qui séduira autant les amoureux de la culture nippone que les spectateurs en quête d'un récit universel, sensible et émouvant.
Avec son animation artisanale d'une rare beauté et son récit empreint de poésie, Une aube nouvelle confirme l'émergence d'une nouvelle voix majeure de l'animation japonaise. Une expérience pensée pour le grand écran, à découvrir cette semaine en salle.