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Un drame empli de solidarité
La Maestra (Rocio Guzmán) et Paula (Darana Álvarez), deux amies inséparables, sont les meilleures nageuses de leur équipe. Jusqu’à ce qu’un événement traumatique, survenu au cours d’une soirée, les oblige à choisir entre garder le silence et prendre la parole, quitte à mettre leur amitié à rude épreuve…
Wild Bunch
Avec Chicas Tristes, Fernanda Tovar signe son premier long-métrage, récompensé de l’Ours de cristal dans la section Génération lors de la dernière édition de la Berlinale. À travers ce récit profondément humain, la cinéaste explore la force de l’amitié lorsqu’elle est confrontée à l’impensable. En effet, La Maestra et Paula partagent un lien indéfectible, fait de complicité, de rêves et de défis sportifs. Mais l’agression sexuelle subie par Paula vient faire vaciller cet équilibre. Animée par une profonde colère et un désir de justice, La Maestra refuse de laisser son amie affronter cette épreuve seule et tente de la soutenir envers et contre tout.
Si l'œuvre aborde un sujet d’une grande violence, il ne se résume pas uniquement à son drame. En effet, les deux adolescentes continuent de s’accrocher à leur grand rêve : partir au Brésil pour participer à une importante compétition de natation. Leur rêve devient alors bien plus qu’un simple objectif sportif, incarnant leur volonté de continuer à avancer malgré les blessures. Fernanda Tovar explique ainsi : “Je voulais que le film montre un refus catégorique de renoncer à notre droit à l’espace et à la poursuite de nos rêves”, une manière de rappeler que les désirs et les rêves continuent d’exister malgré les douleurs subies.
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Au-delà du drame, Chicas Tristes dresse un portrait particulièrement juste de l’adolescence. Premières amours, premières fêtes, entraînements intensifs pour une compétition tant attendue… Fernanda Tovar capte avec finesse cette période où tout semble se jouer pour la première fois, mais aussi où le regard des autres et la réputation prennent une place considérable. C’est précisément dans ce fragile équilibre entre insouciance et brutalité du réel que le long-métrage puise toute sa force émotionnelle.
Cette authenticité tient également à la manière dont le projet a été conçu. Pour mener à bien son processus créatif et s’approcher au plus près de la réalité adolescente, la réalisatrice a accordé une grande liberté à ses deux comédiennes, en répétant les scènes et en privilégiant l’improvisation, tout en réfléchissant ensemble à l’évolution des protagonistes. “Le processus était tellement naturel qu’il s’est transformé en une véritable co-création, souligne Fernanda Tovar. Je souhaitais, et je crois que nous y sommes parvenues, qu’elles soient responsables de leurs univers respectifs”. En ce sens, cette construction des personnages et de leurs mondes permet à la relation entre La Maestra et Paula de s’imposer avec justesse et sincérité, rendant leur histoire d’autant plus bouleversante.
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La force du collectif pour aller de l’avant
Chicas Tristes se ressent alors comme une œuvre emplie de solidarité, où l’amitié et le collectif servent de terreau pour avancer et traverser les épreuves. L’amour irrigue tout le long-métrage : celui qui unit La Maestra et Paula, mais aussi celui que leur porte le grand frère de La Maestra, brillamment interprété par Tomás García Agraz. Chacun tente, avec ses mots, ses maladresses et ses limites, d’être présent pour l’autre.
Cette bienveillance imprègne également la manière dont sont construits ses personnages. La Maestra n’est jamais présentée comme une héroïne irréprochable ; face à ce que traverse son amie, elle réagit comme une adolescente, cherchant à comprendre, tâtonnant, se trompant parfois, mais n’oubliant jamais son désir d’aider son amie. Chicas Tristes ne cherche ni la vengeance ni la rédemption, mais met en lumière la manière dont les deux jeunes filles tentent de traverser ensemble une épreuve qui les dépasse. Chacune avance avec son histoire, ses limites et son propre chemin de reconstruction, tandis que leur amitié devient leur premier refuge.
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Cette idée du collectif dépasse d’ailleurs largement la fiction. Membre du collectif Colmena, Fernanda Tovar revendique une manière de créer profondément collaborative. Là où le processus créatif apparaît souvent comme une expérience solitaire, notamment au moment de l’écriture et du montage, la réalisatrice a choisi de s'entourer de regards extérieurs et d’échanges permanents. “Pour moi, cela a été inestimable car cela m’a permis de trouver un espace sécurisant et la confiance nécessaire pour oser explorer de nouvelles pistes, sachant qu’il y aurait toujours quelqu’un prêt à m’aider sincèrement à trouver la meilleure façon de raconter l’histoire que je souhaitais partager”, précise-t-elle. Une philosophie qui fait écho au cœur même de l'œuvre, où l’avancée paraît possible grâce à l’entourage.
En ce sens, Fernanda Tovar souligne la puissance des liens que l’on tisse avec les autres et qui permettent de continuer à avancer. Chicas Tristes témoigne ainsi de la force de l’amour, qui permet d’affronter les épreuves de la vie. Une magnifique ode à l’amitié et au soutien émotionnel, à découvrir au cinéma dès aujourd’hui.
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