Invisible en France depuis 12 ans, ce film avec Robert Pattinson et Bérénice Bejo, par le réalisateur de The Brutalist, va enfin sortir officiellement !
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"L'enfance d'un chef", premier long métrage de Brady Corbet (réalisateur de "The Brutalist") est un film totalement inédit en France. Tourné en 2014, primé à Venise en 2015, il sera présenté en première française au Festival de Deauville aujourd'hui.

C'est une injustice du cinéma qui s'apprête enfin à être réparée aujourd'hui au Festival de Deauville mettant à l'honneur les cinéastes américains !

Pourquoi ce film primé à la prestigieuse Mostra de Venise, avec un casting 5 étoiles (Robert Pattinson et Bérénice Bejo en tête) et un réalisateur prometteur (Brady Corbet, futur réalisateur de The Brutalist) est-il resté invisible pendant plus de 12 ans ?

L'Enfance d'un chef, drame historique sur la genèse de l'autoritarisme, librement adapté d'une nouvelle de Jean-Paul Sartre, tourné en 2014, sélectionné à Venise en 2015, récompensé de deux prix (meilleure réalisation et meilleur premier film), n'était jamais sorti en France, même en VOD ou DVD.

Un film invisible dans nos contrées, avec un casting international Robert Pattinson et Liam Cunningham, mais aussi Bérénice Bejo (voir notre interview ci-dessus, remontant à 2014), Stacy Martin et Yolande Moreau.

La bande-annonce US du film

Grâce à l'initiative du distributeur Condor, ce film à la résonance très actuelle va enfin pouvoir être vu par le public français, d'abord au Festival de Deauville, puis avec une sortie nationale en salles courant 2027.

AlloCiné a joint Alexis Mas, dirigeant et fondateur de la société de distribution Condor pour en savoir plus sur cette sortie de film totalement atypique.

"On a eu des discussions pendant plus d'un an"

"Quand The Brutalist est arrivé, avec la carrière qu'on sait, on s'est rendu compte que personne n'avait pris l'initiative et on a décidé de se lancer. Nous avons l'habitude d'aller chercher les premières œuvres des réalisateurs qu'on suit - on l'a fait plusieurs fois, par exemple avec Joanna Hogg.

La quête a été un peu longue parce que le film avait déjà plus de 10 ans et avait changé de mains. Les ayants droit n'étaient pas forcément d'accord pour le confier à de nouveaux vendeurs, ce qui a créé des blocages juridiques assez classiques sur les films plus anciens.

On a eu des discussions pendant plus d'un an, ne serait-ce que pour localiser qui détenait vraiment les droits et savoir si on pouvait l'acquérir pour la France.

"Il y a aussi un sujet politique fort sur la naissance du fascisme"

On était persuadés qu'il avait une vraie valeur en salle : visuellement, c'est très graphique, et pour un premier film, il bénéficie d'un casting exceptionnel - avec un Robert Pattinson en pleine hype. Il y a aussi un sujet politique fort sur la naissance du fascisme, ce qui prend un sens particulier cette année. C'est l'ensemble de ces ingrédients qui nous a convaincus pour une sortie car le film est totalement inédit."

Après son passage à Deauville, présenté par Bérénice Bejo, L'enfance d'un chef sortira courant 2027. Condor aimerait pouvoir dater le film à une période où son réalisateur sera disponible pour venir en France et en accompagner la sortie. Le cinéaste est actuellement mobilisé par le tournage de son nouveau long métrage.

Quelle place pour le cinéma indépendant américain auprès du public français ?

Cet exemple de L'Enfance d'un chef soulève une question plus vaste, alors que se tient en ce moment le Festival de Deauville : quelle est aujourd'hui la véritable place du cinéma indépendant américain dans les salles françaises ?

Entre coûts d'acquisition élevés, frilosité de certains maillons de la chaine de financement du cinéma et public parfois difficile à cibler, la prise de risque pour ces films relève parfois du parcours du combattant ou du pari militant.

"Quand vous faites l'effort de sortir un film indépendant : c'est très coûteux ; ce n'est soutenu par aucune aide, et ce n'est pas du tout une garantie d'entrées. C'est un segment compliqué. Sur la route d'Omaha, par exemple, est un très beau film. Il était à Deauville l'an dernier et a raflé deux prix.

Il y avait aussi le vainqueur du festival, The Plague. L'un fait 45 000 entrées, l'autre 30 000…

L'année d'avant, Didi était un film très aimé. Les spectateurs étaient très contents qu'on le sorte, mais il a fait 30 000 entrées, ce qui est très insuffisant pour nous. À chaque fois, je me dis : « Ce n'est pas possible, ce film ne peut pas rester dans les cartons », alors on le sort. Mais c'est très dur à rentabiliser.

On continue à le faire, même avec des équations économiques difficiles, parce que c'est très identifié chez nous, ça fait partie de notre ADN. Mais il faut vraiment le vouloir pour sortir ces films."

Quid de l'exemple A24 ?

Alexis Mas indique que le sujet se pose plus largement. "Sur des films beaucoup plus exposés et prestigieux, comme ceux de chez A24, les problèmes sont les mêmes mais à une autre échelle : ce sont des films extrêmement onéreux qui nécessitent de faire énormément d'entrées. Je pense que si on calculait la rentabilité globale du cinéma indépendant américain en France - même en incluant les gros titres de Neon ou A24 -, on verrait que c'est un secteur structurellement déficitaire.

C'est prestigieux de sortir du cinéma indé américain, mais la réalité économique est brutale. Sans compter la difficulté d'exploitation : si vous sortez ces films dans des salles Art et Essai indépendantes, le public y est parfois trop senior et pas assez jeune ni urbain, sauf dans quelques cinémas de centres-villes très étudiants. Et si vous tentez les grands circuits comme UGC, le contenu est souvent jugé trop pointu pour leur clientèle habituelle. On se retrouve constamment entre deux chaises sur ce segment."

Au-delà de cette actualité au Festival de Deauville, Condor sortira un film très attendu le 30 septembre prochain, Notre salut d'Emmanuel Marre, récompensé du meilleur scénario à Cannes 2026, suivi de Ce qui nous mène à toi de Khalil Cherti, également primé récemment en festival, à Angoulême, le 11 novembre prochain.

Propos recueillis par Brigitte Baronnet, par téléphone, le 9 septembre 2026

L'enfance d'un chef de Brady Corbet est diffusé aujourd'hui à Deauville, et sortira courant 2027 au cinéma.

Brigitte Baronnet
Brigitte Baronnet
-Journaliste cinéma
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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