De quoi ça parle ?
Alors qu’elle est au sommet de sa carrière musicale, Maja vacille et voit ses ambitions s’interrompre brutalement. Elle se réfugie chez sa mère, enseignante à Oslo, qui lui décroche un poste de surveillante dans son lycée. Loin de la scène, Maja commence lentement à retrouver goût à la vie.
De la chanson au cinéma... Marie Ulven, plus connue sous le nom Girl In Red, fait ses premiers pas dans le long métrage Low Expectations, qui sort au cinéma ce mercredi.
Situons Girl In Red en quelques mots... Sa chanson I Wanna Be Your Girlfriend est devenue un phénomène mondial, streamée plus de 150 millions de fois sur les plateformes. Le titre est devenu viral au moment du confinement, notamment sur Tik Tok. La chanteuse, devenue une icône queer, a connu ce succès fulgurant.
Elle poursuit sa carrière de chanteuse, avec la sortie toute récente du single Blue, et on la découvre donc actrice. Nous l'avons rencontrée pour parler de ses débuts au cinéma, et la sortie de ce premier long métrage qui fait écho par moment à son parcorurs.
AlloCiné : Quand tu as débuté en tant que chanteuse, t'étais tu déjà imaginé qu'un jour on te proposerait un rôle dans un film ?
Marie Ulven : Absolument pas. Et même encore aujourd'hui, je me dis : « Waouh, on m'a vraiment confié le rôle principal d'un film ? ». Donc je trouve toujours ça assez fou.
Est ce que c'était un rêve pour toi de faire du cinéma un jour ?
Je ne dirais pas que c'était un rêve, mais c'est clairement quelque chose que j'avais envie d'explorer davantage. J'ai fait quelques petits films avec un ami, et oui, je trouve ça très amusant de jouer la comédie.
Dans le film, il y a une réplique où un personnage dit : « Un jour, tu raconteras cette histoire dans une interview. » Quand j'ai entendu ça, ça a résonné en moi parce que je me demandais si le film Low Expectations avait de nombreux points communs avec ta propre vie.
Il y a des aspects du film qui me parlent, oui. Par exemple, quand j'ai fait mes premières tournées en 2019, j'étais complètement dépassée et sous le choc de l'intensité de ce rythme de vie. J'ai eu des tournées éprouvantes qui m'ont laissé épuisée. Donc je me retrouve dans certains côtés du personnage de Maya, mais sur plein d'autres points, nous sommes très différentes.
"Beaucoup d'artistes traversent la même chose."
Elle a fait un vrai burn-out et elle partait un peu en vrille avec des médicaments ou des drogues. Je n'ai jamais pris de drogues, mais à un moment donné, j'ai dû prendre des médicaments sur ordonnance. L'ironie, c'est que j'avais le scénario avant que ça m'arrive : j'ai décroché le rôle, et un an plus tard, j'ai vécu une situation similaire.
Je ne sais pas si le mot « résonner » est tout à fait exact, parce que ce sont des histoires différentes, mais c'est quelque chose de très parlant. Beaucoup d'artistes traversent la même chose. Je ne me dis pas « C'est mon histoire », parce que ce n'est pas le cas, mais c'est un sujet très universel dans lequel beaucoup d'artistes peuvent se reconnaître.
De plus en plus d'artistes parlent de santé mentale à travers leurs chansons. On voit que c'est une épreuve partagée par beaucoup. Penses-tu qu'il y ait un moyen d'éviter ça... Est-ce qu'on peut se préparer au succès, ou est-ce que c'est trop complexe ?
Je ne pense pas que quiconque puisse vous y préparer. Et pourtant, à mon échelle... j'ai eu du succès et j'ai pu faire des tournées dans le monde entier, mais il y a plusieurs niveaux de notoriété.
À mon niveau, je suis encore dans une sphère plutôt indie : je peux me promener partout. Oui, on me reconnaît parfois dans la rue, mais pas au point de provoquer un regroupement.Ce que je vis est encore très gérable et je me sens très bien là où je suis.
Mais si tu montes encore plus haut, personne ne peut te préparer à un tel niveau de célébrité parce que c'est presque déshumanisant. Personne ne peut te préparer à ne plus être traité comme un être humain, alors que c'est ce que tu es. Quand tu atteins ce stade où les gens te prennent en photo partout, te suivent et que tu ne te sens plus en sécurité, c'est une tout autre réalité. J'espère vraiment que toutes les personnes dans cette situation sont entourées du soutien dont elles ont besoin.
Quel conseil donnerais-tu aux autres, ou peut-être à toi-même, pour te protéger face au succès ?
Je pense qu'il est essentiel de garder en tête ce que tu fais et pourquoi tu le fais. Rester fidèle à ses motivations profondes, c'est très important. C'est très facile de se perdre dans l'argent ou dans un mode de vie jet-set. C'est important de garder les pieds sur terre, même si c'est très difficile. Rester fidèle à ses valeurs et se rappeler d'où l'on vient, c'est primordial.
L'essentiel est de ne pas oublier qui l'on est. Il faut se rappeler pourquoi on fait les choses : si tu ne cherches que toujours plus de succès et que ça ne correspond pas à ce que tu es vraiment, tu vas finir par faire un burn-out. Alors oui, il faut garder les pieds sur terre !
Le tournant de ta carrière est arrivé en pleine période de COVID. Ça a dû être étrange de rencontrer un tel succès alors que nous étions tous confinés. Comment as-tu réalisé que quelque chose était en train de changer, alors que tout le monde était bloqué chez soi ?
Je pense que beaucoup de gens de mon âge ou plus jeunes passaient énormément de temps sur leur téléphone. TikTok a explosé à ce moment-là - le réseau existait déjà, bien sûr, mais il y a eu un énorme pic quand on s'est tous retrouvés enfermés. On aurait dit qu'on était tous en prison, ce n'était pas le cas, mais c'était une sorte de résidence surveillée !
J'ai remarqué que de plus en plus de gens m'écoutaient et interagissaient avec moi. Et puis évidemment, quand j'ai repris les tournées en 2021, j'ai vu que je remplissais de très grandes salles, et la dynamique s'est poursuivie. C'était bizarre de ne pas pouvoir en profiter pleinement au début, mais on n'y pouvait rien.
Et quand tu as enfin pu repartir en tournée, ça a dû être incroyable de voir tout ça...
Oui, c'était très fort. J'avais beaucoup tourné en 2019, les choses prenaient de l'ampleur progressivement, et puis tout s'est arrêté. C'était rageant de ne pas pouvoir tourner en 2020, mais avec le recul... Même si la pandémie a été une crise internationale tragique et horrible, sur le plan personnel, l'année 2019 avait été extrêmement intense pour moi.
Je me souviens que je devais jouer à Coachella cette année-là, et quand ils ont annoncé l'annulation, je me suis dit « Oh... ». Étrangement, j'ai ressenti un immense soulagement, parce que j'avais besoin de lever le pied. Il fallait que je ralentisse. J'ai adopté mon premier chien cette année-là. Bizarrement, j'ai l'impression que tout devait se passer ainsi. Si l'on met de côté la tragédie globale, j'avais personnellement besoin de cette pause.
Quel lien entretiens-tu avec le public français ? Est-ce qu'il y a une relation particulière avec la France ?
J'ai l'impression d'avoir un lien très fort avec mes fans français. L'un de mes tout premiers concerts à l'étranger s'est joué à Dublin, et le suivant était à Paris, où je faisais la première partie de Clairo. C'était il y a longtemps, on était toutes les deux très jeunes, c'était en 2018. Je me rappelle avoir joué ici à Paris, c'était dingue : tout le monde connaissait mes chansons. En sortant, je me suis rappelée avoir dit un truc sur scène du genre « It's okay ».
Quelques mois plus tard, j'ai rencontré une fille qui s'était fait tatouer « It's okay » sur la poitrine. Je ne sais pas où elle est ni ce qu'elle devient aujourd'hui, mais j'espère qu'elle va bien. C'est le moment où j'ai vraiment ressenti mes premières connexions avec des fans qui connaissaient ma musique, et c'était très fort.
Et puis j'adore le cinéma français, j'adore l'atmosphère ici. J'aime venir à Paris, me balader, manger une soupe à l'oignon !
Quand tu fais des clips, il y a aussi une touche très cinématographique. Par exemple, celui d'I'll Call You Mine fait penser à des films comme Thelma & Louise. Quand tu penses à tes clips, as-tu aussi cette réflexion comme pour un film ?
Je pense que la plupart du temps, quand je compose de la musique, c'est très cinématographique. J'imagine souvent un hybride entre un clip et une performance live, tout à la fois, une sorte de vision globale de la façon dont la chanson peut exister. Donc oui, j'ai vraiment l'impression de créer une musique qui a un côté cinématographique. Et j'ai plusieurs clips qui ressemblent à des films et qui racontent une histoire.
Je sors d'ailleurs un nouveau clip très cinématographique. Mon ami qui réalise mes clips adore Éric Rohmer. Ses plans sont un peu inspirés par lui.
Depuis que tu as eu cette expérience dans un film, est-ce que ça a changé ta façon d'aborder tes clips, ou même ton métier d'auteure-compositrice-interprète ?
Je ne pense pas que ça ait tellement changé ma vision des clips, mais ça m'a beaucoup marquée en tant qu'artiste. C'était génial de travailler sur quelque chose au long cours... C'est un peu comme quand tu fais un album : tu travailles pendant très longtemps sur le même projet. Aujourd'hui, on produit souvent juste une chanson, tout est très fragmenté, et la façon dont les gens consomment la musique l'est aussi.
Pouvoir rester immergée dans un projet pendant une longue période - avoir le scénario, regarder des films, vivre dans cet univers, et ensuite faire un mois et demi de tournage... Rester concentrée sur quelque chose pendant si longtemps, je pense que c'est important pour un artiste ou une personne créative. Ça permet de garder le fil et de savoir reprendre là où on s'était arrêté.
En parallèle du tournage, je composais une pièce musicale autour d'Edvard Munch (pour l'exposition collaborative Norwegian Summer, Ndlr.). C'est un peintre norvégien très célèbre qui a son propre musée à Oslo, et j'ai imaginé une création de 10 minutes pour une exposition. Je travaillais donc sur des formats longs dans ma propre musique et j'écrivais des choses plus développées à ce moment-là. Je menais plusieurs projets de front. Ce film m'a poussée à m'investir plus longtemps dans un même projet, parce que c'est un long métrage, et ça m'a donné envie de créer davantage de contenus au format long.
Propos recueillis par Brigitte Baronnet à Paris, le 5 octobre 2026

