Pour préparer son passage au Splendid, c’est auprès de Coluche que Gérard Lanvin a trouvé de l’aide. À la fin des années 1970, le comédien accepte de reprendre le rôle de son ami Thierry Lhermitte dans Amour, coquillages et crustacés, le spectacle dont sera tiré Les Bronzés. Mais ses futurs partenaires de scène ne se montrent guère disponibles pour l’accompagner…
Coluche comme partenaire de répétition
Dans un entretien accordé à AlloCiné en 2024, Gérard Lanvin raconte comment il a dû apprendre à tenir sa place sans pouvoir travailler avec la troupe :
“Et personne n’a voulu répéter avec moi. Donc, je me suis appuyé sur Coluche, puisqu’on habitait ensemble. Il m’a fait répéter le rôle.”
Le comédien connaît pourtant bien le spectacle, auquel il a assisté plusieurs fois. Il fréquente aussi les membres du Splendid : avec sa propre troupe, il joue dans un café-théâtre voisin. Tous partagent alors un quotidien où les artistes doivent également aménager eux-mêmes leurs salles. Lanvin se souvient notamment de les avoir accompagnés pour “voler des clous au BHV ensemble”.
Cette proximité ne lui épargne cependant pas une préparation compliquée. Pour comprendre la réticence de ses camarades, il faut revenir à la demande de Thierry Lhermitte.
Un bronzage qui contrarie la troupe
À l’approche du tournage des Bronzés, réalisé par Patrice Leconte, Lhermitte veut partir au Sénégal avant les autres. Son personnage de professeur de sport, qui deviendra Popeye au cinéma, doit afficher un teint cohérent avec son activité au soleil. Les vacanciers peuvent arriver pâles ; lui estime devoir prendre de l’avance.
Trinacra Films
Seulement, les représentations de la pièce se poursuivent. L’acteur propose donc à Lanvin d’assurer son remplacement, comme ce dernier le rapporte :
“[Dans Les Bronzés], Thierry Lhermitte jouait le prof de sport. Contrairement aux autres acteurs qui jouaient les clients, qui pouvaient arriver évidemment pâlots, Thierry avait besoin d’un peu de crédibilité, c’est-à-dire d’être bronzé. Il a dit à ses potes : ‘Je vais être obligé de partir une quinzaine de jours avant.’ Sauf qu’il jouait évidemment le spectacle Amour, coquillages et crustacés, qui est devenu Les Bronzés. Il m’a demandé, parce qu’on était potes : ‘Tu ne peux pas me remplacer ? Parce que je dois partir au Sénégal, etc…’.”
Restés à Paris pour jouer, ses partenaires accueillent mal cette absence anticipée. Gérard Lanvin se retrouve ainsi au milieu d’un mécontentement dont il précise ne pas être la cible.
“Les autres faisaient la gueule à Thierry parce qu’il était parti dix jours avant et qu’eux étaient obligés de rester dans leur café-théâtre à jouer ça avec moi. Mais ils ne faisaient pas la gueule parce que c’était moi, ils faisaient la gueule parce qu’il était parti”, explique-t-il.
Une seule représentation, mais un souvenir tenace
C’est dans ces conditions que Lanvin rejoint Christian Clavier et ses camarades sur les planches. Il ne jouera finalement le spectacle qu’un soir. Malgré sa connaissance de la pièce et les répétitions avec Coluche, prendre la place d’un membre de cette bande sous le regard des autres lui impose une pression particulière...
“Donc, le problème, si vous voulez, c’est que tout d’un coup, vous rentrez dans une équipe qui attend de voir ce que vous allez faire à la place de Thierry. Et donc quand même, vous avez un peu le trac, c’est normal. Il faut avoir du doute, c’est notre ligne de flottaison, je l’ai. Mais le trac, c’est très désagréable.”
Parafrance
Le remplacement tourne court lorsque Thierry Lhermitte décide de rentrer. Lanvin avance plusieurs raisons possibles à ce retour, sans prétendre connaître avec certitude les intentions de son ami.
“Thierry est revenu, deux jours après. Il m’a dit : ‘Je vais revenir parce que…’ J’ai cru comprendre qu’il s’inquiétait peut-être d’avoir un remplaçant qui était peut-être suffisant pour assurer la relève dans la pièce. Il a compris que les autres faisaient la gueule, il est revenu.”
Cette parenthèse inconfortable n’entame toutefois pas leur amitié. Lorsqu’il évoque Lhermitte, Gérard Lanvin préfère insister sur le plaisir que celui-ci prend à exercer son métier : “Moi, j’aime beaucoup Thierry parce que c’est quelqu’un, par rapport à plein d’acteurs, qui n’en a rien à faire. Il fait ça pour s’amuser, et il a toujours cette naïveté. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup.”
Quelques heures passées dans la peau du futur Popeye auront donc suffi à lui laisser un souvenir durable. Une expérience éprouvante sur le moment, qu’il raconte sans rancœur envers celui qu’il était venu dépanner.
Les trois films de la saga Les Bronzés sont disponibles à l’achat ou à la location en VOD.