Remarqué à Cannes, doublement primé à Deauville : pourquoi le phénomène Club Kid ne vous laissera pas indifférent ?
par Élise Gries-Braun
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Cette semaine au cinéma, découvrez Club Kid, un film singulier et marquant qui explore nos fragilités avec autant d’humour que de sensibilité. Une comédie dramatique qui porte un regard juste sur nos failles et le besoin de trouver sa place.

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Peter (Jordan Firstman), organisateur de soirées branchées à New York, mène une existence aussi effrénée qu’insouciante, rythmée par les nuits festives et les excès. Sa vie bascule lorsqu’Arlo, le fils de 10 ans dont il ignorait l’existence, frappe à sa porte. Dépassé par ce rôle de père qu’il n’avait jamais envisagé, Peter se laisse peu à peu conquérir par le charme et la spontanéité de l’enfant. Au fil du temps, un lien profond se tisse entre eux, et Peter découvre qu’il existe une vie au-delà de la prochaine fête.

Grandir et découvrir comment prendre soin de soi

Persuadé que sa présence aux soirées qu’il organise dans les clubs new-yorkais est indispensable à sa réputation, Peter s’enferme dans une routine peu saine. Ses journées commencent à 16 heures avec la tête et le corps meurtris par les excès d’alcool et de drogues. Faute d’énergie, il passe ensuite le reste de son temps à végéter sur son canapé. Un quotidien qui lui permet d’échapper à ce qui l’attriste et de combler, tant bien que mal, son manque d’affection. L’arrivée inattendue d’Arlo vient ainsi bouleverser ses habitudes. « Peter se retrouve prisonnier d’une vie qu’il s’est construite, et dont il est fier, mais il commence à comprendre qu’elle ne lui correspond plus quand Arlo entre dans sa vie », confie le réalisateur et comédien.

Club Kid
Club Kid
De Jordan Firstman
Avec Jordan Firstman, Reggie Absolom, Diego Calva
Sortie le 4 novembre 2026

Loin de l’image du père traditionnel, le jeune homme ne sait pas vraiment comment se comporter avec cet enfant qu’il connaît à peine, et assumer son rôle de père auquel rien ne l’a préparé. Une conversation en tête-à-tête au restaurant ou un simple “bonne nuit” deviennent autant de situations nouvelles qu’il doit apprendre à appréhender. Peu à peu, il tente de gagner sa confiance en apprenant à connaître ses goûts, en lui présentant ses amis ou en partageant avec lui des activités et des moments festifs. En privilégiant la complicité et l’amitié plutôt qu’une autorité paternelle conventionnelle, Peter trouve une manière bien à lui de construire leur relation.

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Cette nouvelle responsabilité pousse ainsi Peter à prendre conscience de ce qui lui manque. Pour pouvoir s’occuper d’Arlo, il doit d’abord prendre soin de lui-même. La présence de cet enfant donne ainsi un nouveau sens à son existence, qu’il cherchait jusqu’alors à remplir par les fêtes et les rencontres. Et le réalisateur d’expliquer : « Pour grandir, il doit trouver le moyen de renoncer à son mode de vie qui ne lui apporte plus grand-chose. ».

Mais Club Kid ne se limite pas au récit d’une rencontre qui bouleverse deux vies. Car apprendre à aimer, c’est aussi accepter de changer et faire face à ses propres limites. Alors que leur relation prend une place grandissante dans leur vie, tous deux vont devoir poursuivre leur chemin et grandir, chacun à leur manière . « Peter et Arlo sont tous les deux un peu perdus, mais ils trouvent un terrain d’entente en s’aidant mutuellement à grandir de manière inattendue », indique le jeune Reggie Absolom, qui tient ici son premier rôle au cinéma.

Une alchimie qui crève l’écran, portée par un casting haut en couleurs

Si la relation entre Peter et Arlo paraît sincère à l’écran, c’est grâce à la confiance qui s’est nouée entre leurs interprètes bien avant le tournage. Après avoir repéré Reggie Absolom lors des auditions, Jordan Firstman a souhaité faire davantage connaissance avec le jeune comédien. Il l’a ainsi emmené se promener à Londres, en compagnie de ses parents. Pour faciliter ce premier rapprochement, le réalisateur lui avait auparavant envoyé une playlist réunissant plusieurs morceaux de la bande originale du film.

« Reggie a tout de suite adoré Massive Attack et Arthur Russell, deux de mes artistes préférés. » Cette affinité musicale a contribué à rapprocher les deux hommes, tandis que Reggie Absolom y a trouvé un écho avec son personnage : « Je me suis facilement reconnu en Arlo parce qu’il est discret et réfléchi et que nous avons tous les deux des goûts musicaux assez inhabituels pour des enfants de notre âge. » Originaire d’Oxford, le jeune acteur s’est toutefois davantage ouvert au réalisateur et au reste de l’équipe une fois arrivé à New York. Une spontanéité d’autant plus précieuse qu’il découvrait la ville pour la première fois, tout comme son personnage dans le film.

Pour donner vie à l’entourage noctambule de Peter, Jordan Firstman a également misé sur l’authenticité en faisant appel à de véritables habitués des clubs new-yorkais. Le réalisateur est ainsi parti à la rencontre de personnalités de la scène queer locale, à la recherche de celles et ceux capables d’incarner cette bande hétéroclite d’hommes gays et de personnes transgenres pour qui la fête occupe une place centrale. Le résultat donne au film une énergie singulière, nourrie par la connaissance intime de cet univers et par les personnalités hautes en couleur de ses interprètes. C’est notamment le cas de Saturn Risin9, qui incarne Saffron, l’une des proches de Peter. DJ et artiste, elle a été repérée par Firstman dans un club et initie Alro au mixage dans le film.

La mannequin et chanteuse Cara Delevingne prête quant à elle ses traits à Sophie, l’associée de Peter. Pour Firstman, l’expérience personnelle de la comédienne, qui a publiquement évoqué son combat contre l’addiction, faisait écho à celle de son personnage. Au-delà de l’authenticité de son casting, le film souligne ainsi l’importance des autres dans la construction de soi et l’évolution de chacun. Une idée que reflète sa distribution éclectique, mêlant débutants, professionnels et non-professionnels. « Je voulais montrer à quel point notre rapport aux autres compte dans notre propre construction », insiste Jordan Firstman. « Que ce soient les convives d’une fête que vous avez organisée, ou les acteurs de votre film, ils sont tous irremplaçables. »

Une histoire singulière et bouleversante aux résonances universelles

Dépression, addiction, dévalorisation de soi : autant de difficultés qui traversent le parcours de Peter et donnent au film une profondeur inattendue. À travers lui, le cinéaste explore cette période où l’on se sent démuni face à sa propre existence, sans parvenir à trouver l’énergie nécessaire pour changer les choses. « Je crois que beaucoup de gens (...) ont eu, un jour, le sentiment que leur vie stagnait et ont souhaité faire bouger les lignes, sans avoir les ressources ou l’énergie nécessaire pour y parvenir », confie-t-il.

Car derrière son apparence de fêtard séduisant et sûr de lui, Peter dissimule une estime de soi particulièrement fragile. Au cours d’une balade romantique dans un parc, il va jusqu’à se décrire comme « bon pour la casse ». Une scène importante pour Firstman, qui souhaitait évoquer les mécanismes de protection auxquels les personnes gays peuvent être amenées à recourir face au regard des autres : « Tout cela renvoie à ce sentiment indicible que nous avons tous en commun : nous avons tous eu l’impression, à un moment ou à un autre, d’être bons pour la casse ». Derrière les particularités du parcours de Peter se dessine ainsi une expérience à laquelle chacun peut s’identifier : celle de ne pas toujours se sentir à la hauteur, de douter de sa valeur ou de peiner à trouver sa place.

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Club Kid raconte alors moins une transformation soudaine qu’un apprentissage progressif, fait de tâtonnements et de remises en question. Grandir ne signifie pas nécessairement savoir où l’on va, ni avancer au même rythme que les autres. « Pour une poignée de privilégiés, il se produit au moment où il est ‘censé’ se produire, mais pour la grande majorité, c’est un cheminement chaotique, lent et qui n’a rien d’une ligne droite », souligne le réalisateur.

Si la rencontre entre Peter et Arlo est rendue possible par des circonstances singulières, elle révèle surtout la manière dont les autres peuvent bouleverser nos certitudes et nous aider à évoluer. « Parfois, ce sont les personnes dont on n’attend rien qui nous en apprennent le plus et qui peuvent nous permettre de trouver notre place », ajoute Firstman. En abordant la parentalité et la famille sous des formes multiples — absente, retrouvée, choisie ou recomposée —, Club Kid dépasse ainsi le seul récit d’une paternité inattendue.

Avec Club Kid, Jordan Firstman signe une comédie dramatique queer, tendre et lucide sur nos fragilités, la difficulté à trouver sa place et les chemins parfois sinueux de l’âge adulte. Un film puissant et nécessaire, à découvrir cette semaine au cinéma.

Élise Gries-Braun
Élise Gries-Braun
-Rédactrice ciné-séries
Apaisée à la seule vue de la cassette de Mary Poppins et au déhanché de John Travolta, Élise passe allègrement de la chanson aux larmes, avec une préférence pour les comédies dramatiques françaises et les films indépendants d'ici ou d'ailleurs.