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    "Joe Strummer" et "Glastonbury" : sur un air de Julien Temple
    11 juil. 2007 à 05:00

    Avec "Joe Strummer : The Future is Unwritten", il nous entraîne sur les traces d'une légende du Rock. Dans "Glastonbury", il nous emmène dans la ferveur du festival le plus déjanté du monde... Rencontre avec Julien Temple, un réalisateur décidément plein d'entrain.

    AlloCiné : Est-ce que ce fut difficile pour vous de faire ce film alors que vous étiez si proche de Joe Strummer ?
    Julien Temple : Dans un sens, c'était facile parce que j'ai facilement pu entrer en contact avec ses amis et sa famille. Mais au niveau émotionnel, c'est sûr que cela n'a pas été évident. J'avais déjà essayé de faire un film sur les Clash lorsque j'étais étudiant, à l'époque où je traînais avec les Sex Pistols. Ce qui est intéressant, c'est que j'ai pu faire un film avec leur groupe mais pas avec les Clash. Cela intéressait Joe mais son manager était assez dur en affaire. Au final, même si nous nous voyions souvent et que j'ai pu tourner des images, je n'ai pas eu assez de pellicules pour en faire un en entier. C'est dommage que n'ait pas pu voir ce film, parce que je suis sûr qu'il l'aurait aimé.


    Pourquoi faire ce film maintenant ?

    C'est pour célébrer ce qu'étaient Joe et les Clash. Un groupe qui unifiait les gens, qui montrait que, malgré nos différences, on peut tous être connecté sur cette planète et partager une passion commune pour la vie, la musique et le bonheur. Et aussi, je voulais montrer l'époque dans laquelle Joe et les Clash ont évolué. C'était la fin des années hippies, un moment où il y a eu le réveil d'une conscience sociale, un "clash" en Angleterre et autour du monde. Joe a été impliqué dans tous ces mouvements, afin d'aider les gens à aller au-delà de leurs classes sociales et des injustices qui leur étaient faites. Il avait une conscience sociale très éveillée et s'engageait véritablement sur ces questions.

    Vous avez commencé le film en 1976, lorsque vous étiez encore étudiant et vous venez de le terminer. Est-ce que son sens a évolué à travers les années ? Ressentez-vous la nostalgie des seventies ?
    C'est effectivement un moment très nostalgique de revoir les images que j'ai tournées à l'époque puis de les comparer à celles d'aujourd'hui. Tout comme revoir le mouvement auquel nous appartenions tous. C'est d'abord le mouvement Punk, sa colère, sa rage et son énergie, qui m'ont donné l'inspiration en tant que réalisateur. C'est fascinant de voir comment cette rage s'est transformée au cours des années en un mouvement pacifique. D'enfants turbulents des rues, Joe et les autres sont devenus de vrais pacifistes. C'était vraiment génial de faire partie de l'explosion volcanique Punk. Un moment où l'on pouvait se lever et jouer ce qu'on avait envie de jouer et dire ce qu'on désirait dire. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on est plus dans l'ère du "politiquement correct" et ce film veut aussi favoriser la liberté de parole, inspirer les gens pour qu'ils se lèvent pour ce en quoi ils croient vraiment.

    Est-ce que vous avez rencontré des difficultés pour que des personalités, comme Bono ou Johnny Depp, apparaissent dans le film ?

    En fait, c'était plutôt facile parce que tout le monde le connaissait et l'adorait. D'ailleurs, je trouve que Johnny Depp lui ressemble un peu dans le dernier Pirates des Caraïbes ! C'était quelqu'un de magique, dans le sens où il déverrouillait les portes et rencontrait autant les grandes stars que les gens de la rue. C'était quelqu'un d'accessible. Dans le film, le feu représente ainsi un fort symbole d'égalisateur. Avec Joe , tout le monde était pareil et autour d'un feu, lorsque les étincelles volent partout, on se ressemble tous. Toutes les nuits, il célébrait la vie, peu importe l'endroit où il se trouvait. Il pouvait improviser, chanter et jouer toute une nuit. Les gens étaient attirés par son amour, sa simplicité et son honnêteté.

    Qu'est ce que vous aimeriez que les gens retirent de ce film ?
    Je voulais montrer quel genre d'homme inspiré était vraiment Joe Strummer . Il s'en fichait pas mal de la célébrité et de l'argent. Il était bien sûr content d'en avoir mais n'en faisait pas tout un plat. Ce qu'il y avait de super avec lui, c'est que chaque personne qui le rencontrait avait l'impression d'être en connection avec lui. Et c'était vrai. Il vous donnait un moment d'intimité, un moment sans égoisme et de partage. Je pense que c'est ce souvenir qu'il faut garder de lui. En tant qu'être humain, nous devrions faire comme lui, s'asseoir ensemble autour d'un feu ou dans un pub. La vie c'est le partage et j'aimerai que ce soit cette idée que les spectateurs retirent du film.

    Votre deuxième documentaire, "Glastonbury", sort quasiment à la même date que "The Future is Unwritten". C'est quand même un drôle de hasard ?

    Oui, c'est incroyable. Pour moi, c'est un rêve parce qu'autrefois, je venais dans la "ville du cinéma" comme un pèlerin, sur mes genoux et je traversais la Manche ! C'était bien avant qu'il n'y ait le tunnel sous la Manche... J'allais à la Cinémathèque de Langlois et j'avais l'habitude d'aller voir des films durant toute une nuit. Alors, bien évidemment, ça me fait plaisir d'avoir deux films qui sortent en même temps à Paris... C'est un véritable hasard. Non, en fait, j'ai tout planifié depuis le début ! (rires)

    Duquel vous sentez-vous le plus proche ?
    Je suis un peu triste pour Glastonbury, car c'est un peu l'enfant pauvre de l'histoire, celui qui est né avec pleins de problèmes. Joe Strummer, the future is unwritten, lui, est l'enfant fort... Mais je les aime tous les deux, ils viennent du coeur. Ils représentent quelque chose de très intense pour moi et j'ai mis du temps à les construire. Ce n'est pas comme ça pour tous les films. Je ne peux vraiment pas choisir entre les deux... Bien sûr, le Joe Strummer est plus récent et peut-être que je me sens plus proche de lui pour cette raison. Et en tant que personne, Joe Strummer m'était plus proche que ne l'a été le festival...

    Combien de temps cela vous a t-il pris pour faire un documentaire aussi foisonnant que "Glastonbury" ?
    Pour les deux documentaires, cela m'a pris presque un an. De toute façon je ne peux pas aller au-delà... A un moment, vous devez dire :"ça suffit". Sur Glastobury, j'ai traversé une période de dépression. Vous arrivez, vous devez tourner mais vous ne savez pas quoi faire... La première réaction est de se cacher sous la table... Vous vous dites : "Mais comment je vais pouvoir me sortir de tout ça, comment je vais pouvoir recommencer à rire !" Et c'est terrible quand vous n'arrivez plus à rire... Ca ne m'était jamais arrivé et j'ai pensé au départ que c'était la crise de la cinquantaine ! C'était peut-être le bon moment pour être déprimé ? Mais non, c'était bien parce que réaliser ce genre de film est très difficile. Vous devez arriver au fond du gouffre, là où c'est sombre et où vous vous dîtes que vous n'y arriverez pas. Seulement pour pouvoir ensuite rebondir et enfin sortir la tête de l'eau.

    C'est peut-être pour cette raison que "Glastonbury" se vit au final comme une expérience sensorielle ?
    Oui, mais dans un sens, il faut arriver à survivre à cette expérience. Le festival parle aussi bien de survivre que de profiter. J'aime bien cette idée d'expérience, parce que cela veut dire que tu dois travailler pour obtenir le plaisir. C'est comme pour un film, pour en retirer de l'amusement, il faut qu'il y a eu un vrai travail derrière. C'est pour cela que je voulais que le film soit un peu long afin que les gens ait le temps de ressentir les montées et les descentes. C'est comme monter une côte avec son vélo, arriver en haut et après profiter du moment de la descente... Propos recueillis par Emmanuel Itier au Festival Sundance 2007 - et par Raphaëlle Raux-Moreau le 29 juin 2007 à Paris.

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