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    In Treatment saison 4 sur OCS : "Je n’ai jamais vu cette histoire racontée à travers quelqu’un qui me ressemble"
    28 mai 2021 à 18:58
    Emilie Semiramoth
    Emilie Semiramoth
    -Chef de rubrique streaming
    Biberonnée à la série télé et au cinéma d'auteur, Emilie Semiramoth ne cache pas aussi son penchant pour la pop culture dans toutes ses excentricités. De la bromance entre Spock et le capitaine Kirk dans Star Trek aux désillusions de Mulholland Drive de Lynch, elle ignore les frontières des genres.

    Après dix ans d’absence, In Treatment revient avec une saison 4 qui fait peau neuve. Dans le fauteuil du psy, Uzo Aduba prend en charge ses patients et les écoute avec toute son empathie. Entretien avec l’actrice et les auteurs sur ce renouveau.

    On ne s’y attendait plus vraiment et voilà In Treatment de retour, après dix ans d’absence et une version française En Thérapie qui vient de cartonner dans l’Hexagone. Pour mieux comprendre les enjeux de cette nouvelle saison, le changement de casting et la nécessité de faire revenir la série en 2021, nous nous sommes entretenus avec Jennifer Schuur et Joshua Allen, les showrunners de cette nouvelle saison, et Uzo Aduba son actrice principale.

    En analyse (US)
    En analyse (US)
    Sortie le 28 janvier 2008 | 25min
    Série : En analyse (US)
    Avec Gabriel Byrne, Gabriel Byrne, Amy Ryan, Debra Winger, Dane DeHaan
    Spectateurs
    3,2
    Voir sur OCS

    AlloCiné : Il s'est passé 10 ans depuis la saison trois. Pourquoi revenir maintenant ? Était-ce nécessaire de revenir après le mandat de Trump ?

    Jennifer Schuur : D'une certaine manière, oui. (rires) Cela nous a permis de sortir des choses qui couvaient depuis quatre ans. Mais il y a plein de raisons différentes. Dans notre pays en ce moment, on doit affronter la question de l'injustice raciale. Il y a aussi une lutte des classes. La répartition des richesses est loin d'être équitable. Et puis il y a eu la pandémie qui s'est ajoutée à tous ces problèmes qui existent déjà depuis longtemps. Donc on s’est dit qu'on avait une opportunité d'aborder tous ces sujets qui affectent notre vie quotidienne. Faire cette série avait quelque chose de cathartique.

    À quel moment avez-vous eu l'idée de changer de psy ?

    JS : Avant de commencer à faire cette saison 4, on se demandait ce qu'on avait d'important à dire. Qu'est-ce qu'il semblait urgent de faire ? Il y a un tel manque d'acceptation quand on parle de santé mentale dans diverses communautés. Les gens ont vraiment du mal à comprendre pourquoi c'est important, dans certaines franges du pays en tout cas. Il y a très peu de thérapeutes noirs aussi.

    Donc on avait besoin de montrer un autre visage de la thérapie aux gens. J'avais besoin d'ouvrir une porte, l'idée que c'est pour tout le monde. Pas simplement pour la classe moyenne supérieure et blanche. C'est quelque chose d'utile pour chaque personne et dont tout le monde devrait pouvoir bénéficier. Donc créer ce personnage du Dr Brooke Taylor, confier ce rôle à Uzo, c'était une manière d'ouvrir les portes pour nous.

    Que vaut cette saison 4 avec Uzo Aduba dans le rôle de la psy ?

    Quels sont vos défis en tant qu’auteurs, d’écrire ce personnage ?  Une femme noire thérapeute c’est une première à la télévision américaine.

    Joshua Allen : J’ai été élevé par une douzaine de femmes noires, donc cela m’est venu naturellement. Le côté thérapeute du personnage n’a pas été aussi naturel, bien que j’aie été en thérapie pendant des années. Nous avons eu recours à une consultante, une psychothérapeute afro-américaine. C’était important d’être justes et nous nous lui avons soumis plusieurs scénarios, en lui demandant ce qu’elle détestait voir à la télé en termes de thérapie, ce qui lui faisait grincer des dents…

    Nous nous sommes assurés de décrire les choses avec honnêteté. Nous lui avons également demandé quels sont les pièges qu’elle rencontre professionnellement, et ce qu’elle souhaitait voir à la télé qui reflète sa propre expérience. Elle a été très généreuse avec nous.

    2021 Home Box Office, Inc. All rights reserved. HBO

    On dit que les communautés afro-américaines sont plus touchées par les questions de santé mentale que les communautés blanches. Est-ce que cela a influencé votre décision pour prendre ce rôle ?

    Uzo Aduba : Je ne suis pas certaine que les communautés afro-américaines soient plus touchées par les questions de santé mentale. Je pense que c'est l'accès aux soins qui est plus compliqué pour eux. J'ai accepté ce rôle parce que j'ai vu dans le passé différentes représentations autour de cette question de la santé mentale mais je n'ai jamais vu cette histoire racontée par le prisme de quelqu'un qui me ressemble. Et je n'avais pas vu non plus de patients issus d’horizons aussi différents.

    Tous les acteurs qui ont interprété le psy dans les autres versions de la série disent à quel point ce rôle est épuisant. Avez-vous ressenti la même chose ?

    UA : Oui, c'était très difficile. Et en même temps c'était très excitant car j'ai déjà été en thérapie. Donc c'était fascinant de pouvoir voir comment c'est quand on est assis dans l'autre fauteuil. Je me suis rendue compte qu'il ne s'agit pas simplement d'une heure par jour. Pour la personne qui reçoit, c'est sa journée entière. Cette personne est comme un contenant vide qui reçoit tout ce que les gens viennent lui apporter.

    Parallèlement à tout cela, ils ont leurs propres obstacles et leurs propres luttes à mener. Et avoir cette responsabilité de recevoir toutes les difficultés, toutes les peines de ces gens qui s'adressent à vous au quotidien, c'est un poids très lourd. Chaque jour, ils doivent montrer un masque d’impassibilité et prétendre que tout va très bien dans leur vie personnelle. Il leur faut faire tout cela sans porter de jugement.

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    Est-ce que vous avez fait cette saison 4 à cause des problèmes de santé mentale qui sont apparus au grand jour durant la pandémie ?

    JS : C'est en effet en grande partie ce qui nous a motivés. La vie s'est éteinte pour tout le monde. Toutes les distractions se sont évanouies. Et ça nous a forcés à regarder nos propres vies d'une manière plus approfondie. Bien sûr, cela a suscité beaucoup de tristesse. Et cette pandémie nous a permis de rappeler aux gens à quel point la thérapie est importante. Et à quel point, la santé mentale est importante.

    Uzo, vous avez déclaré que ce personnage est le plus proche de vous parmi tous ceux que vous avez interprétés. Quels sont les points communs que vous partagez avec elle ?

    UA : Je pense que ce qui résonne le plus avec moi, c'est de devoir reprendre une vie normale après un deuil. Juste avant de commencer ce projet, j'ai perdu ma mère dont j'étais très proche. J'ai dû lui dire au revoir et sauter dans un avion dès le lendemain. Vivre cela et raconter en même temps l'histoire de quelqu'un qui traverse la même épreuve, c'était assez fou. Je sais ce qu'elle ressentait. Je sais à quoi ressemble sa douleur, celle du deuil. Donc tout cela m'a permis aussi de faire mon deuil, cela m'a aidée.

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    Pourquoi avoir choisi de tourner cette saison à Los Angeles ? Qu'est-ce que ce changement de décor apporte à cette saison ?

    JS : Visuellement déjà, cela apporte quelque chose de très différent. On a la lumière du jour, le soleil. On a des palmiers en arrière-plan. Il y a toutes ces couleurs chaudes qui font partie de la palette de la série. Alors qu'on est en train de sortir d'une pandémie, on s'est dit que les gens n’avaient pas forcément envie de se trouver dans une série qui se passe dans un bureau sombre. Le cabinet avec des boiseries, avec des livres, du cuir tel qu'on a l'habitude de le voir.

    D'une certaine manière, on avait envie d'inviter les gens vers cette série. Donc on l'a rendue agréable visuellement. La diversité de Los Angeles n'est pas exploitée tant que cela à la télévision. On s'est dit que c'était une opportunité de parler de Baldwin Hills qui est un très joli quartier que peu de gens connaissent à Los Angeles. On l'appelle le Black Beverly Hills.

    La maison dans la série est un personnage en soi. Comment avez-vous imaginé la maison en faisant le lien avec la profession et le cheminement familial de Brooke ?

    JA : Nous y avons pensé très tôt. Nous avons réfléchi à sa relation compliquée avec son père récemment décédé. A quoi cela ressemblera-t-il? Que faisait-il dans la vie? Peut-être qu’il était architecte car les architectes travaillent avec le bois, la pierre et des matériaux durs, tout comme lui était un homme dur. Et cela faisait sens pour nous, tant émotionnellement que physiquement, qu’elle vive dans une maison qu’il a conçue.

    En même temps à cause de la pandémie, elle a dû quitter son bureau et déplacer son travail au sein de sa propre maison. Donc elle a dû réorganiser la maison. Mais les fantômes de son père sont partout, ce qui est intentionnel de notre part car elle se bat durant toute la saison avec cette relation compliquée et toutes ces choses qu’elle n’a pas pu résoudre avec lui.

    Propos recueillis par Emilie Semiramoth le 3 mai 2021.

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