Du Kosovo aux ex-dictateurs d'Amérique latine, en passant par les élections générales en Israël, l'actualité et la politique ont fait irruption dans les paillettes du festival de Cannes.
Kristin Scott Thomas avait ouvert le bal mercredi en rappellant les festivaliers à la réalité de la crise au Kosovo dès la cérémonie d'ouverture.
Le Russe Nikita Mikhalkov, qui présentait son film Le Barbier de Sibérie le même jour hors compétition, s'est aussi montré très préoccupé par la situation en déclarant à l'AFP que "déclencher une guerre en Yougoslavie est une erreur dramatique".
"Cette guerre pour les uns, ce sont des souffrances terribles, la mort, la destruction, les larmes. Pour d'autres, c'est comme un jeu sur ordinateur. Le pilote est assis dans son fauteuil comme devant une playstation. 20 minutes plus tard, il est rentré à sa base et les bombes ont détruit ou abîmé des vies pour toujours", avait-il ajouté.
Le réalisateur chinois Chen Kaige, qui présentait dimanche L'empereur et l'assassin en compétition, a aussi évoqué le conflit dans l'ex-Yougoslavie.
"Je suis venu ici avec tristesse, en essayant de me souvenir des gens qui sont morts récemment dans les guerres. Je suis ici pour montrer mon amour et combien je hais la violence."
La question du Kosovo est devenue très vite récurrente chez les milliers de reporters présents à Cannes. Interrogé à son tour, l'acteur serbe Lazar Ristovski, qui présentait sa première réalisation Belo Odelo, a déclaré exaspéré à un journaliste de télévision : "Je n'ai aucune envie d'expliquer la situation, en deux minutes à des gens tranquillement assis en train de siroter un whisky ou un café".
Tandis que des pétitions contre les bombardements de l'OTAN circulent sur la Croisette, certains festivaliers arboraient un T-shirt sur lequel on pouvait lire : "Vous avez des problèmes personnels? Bombardez les Serbes!".
L'actualité israélienne a été évoquée par Amos Gitaï, dont le film Kadosh marquait le retour de son pays dans la compétition. A propos des élections en Israël, il a affirmé qu'il ne fallait pas "céder devant le coup d'Etat rabbinique" et a fustigé "l'instrumentalisation de la religion".
Ce week-end, c'était au tour des ex-dictatures d'Amérique latine de marquer de leur ombre le festival. Le Franco-Chilien Raoul Ruiz, qui présentait Le temps retrouvé en compétition, a déclaré que ce serait "politiquement bien que le général Pinochet puisse un jour être jugé pour les crimes qu'il a suggérés ou provoqués". "Pinochet aura fait parler de lui jusqu'au bout", a ajouté le cinéaste, rappelant qu'il avait vécu en exil en France pendant une dizaine d'années.
Le cinéaste espagnol Pedro Almodovar a évoqué l'ex-dictateur argentin Jorge Rafael Videla, ancien chef de la junte militaire (1976-81), auquel il fait allusion dans Tout sur ma mère présenté en compétition officielle.
Il a déclaré que la nouvelle de son emprisonnement l'avait à l'époque "rempli de joie". Il a ajouté que son film "parle d'enfants et de mères" et que "Videla a été emprisonné en Argentine pour séquestration d'enfants de prisonniers politiques nés en prison durant le régime militaire. J'aurai aimé parler aussi de Pinochet, mais celà ne pouvait pas s'insérer dans l'histoire de mon film", a-t-il regretté.
A.F.P