Délit de Taxi

Dix jours après la cascade mortelle, le tournage de "Taxi 2" a repris. L'enquête se poursuit, tandis que la 406 se ballade du côté de Marseille.

Lundi 16 août. 10h15. Porte Dauphine. Une 406 blanche aux ailerons latéraux prend de la vitesse, s'élance d'un tremplin, doit franchir trois chars AMX30 de l'Armée de Terre, censés lui barrer la route. Et retomber une quinzaine de mètres plus loin, dans un amas de cartons. Sans égratignures, bien entendu.

Ce qui avait été réglé suivant les règles de l'Art prescrites par le James Bond de la cascade, le maître Rémy Julienne, connaît un couac. Mortel.

La Peugeot retombe. Mais, à une distance de 15 à 20 mètres au-delà de l'endroit prévu. Percutant un caméraman et son assistant.

La scène, qui devait constituer le clou de Taxi 2, réalisé par le cinéaste Gérard Krawczyk (Je hais les acteurs, Héroïnes), tourne alors au drame. Le caméraman, Alain Dutartre, 41 ans, décède de ses blessures ; son assistant, Jean-Michel Bar, 26 ans, est grièvement blessé, les deux jambes fracturées.

Dès lors, les questions fusent. Que s'est-il passé? Pourquoi la 406 a-t-elle dévié de sa trajectoire et atterri plus loin que prévu? Erreur au compteur? 120 km/h au lieu de 100? Incident mécanique? Mauvaise appréciation de la part du cascadeur, Gilbert Bataille, pourtant réputé as du team Julienne? Conditions de sécurité prises à la légère?

Tant d'interrogations que tentent de répondre la 1ère division de la Police Judiciaire (PJ), ainsi que des experts chargés d'établir les causes exactes de l'accident.

Le Parquet de Paris ouvre contre X une information judiciaire pour "homicides et blessures involontaires", afin de déterminer les responsabilités. Les enquêteurs visionnent des documents amateurs ; les rushes sont saisis pour expertise. Une douzaine de témoins oculaires sont entendus. Ainsi que Rémy Julienne et Gérard Krawczyk, le réalisateur.

Le risque Zéro existe-t-il ?

Comment en est-on arrivé là ? "La production, comme pour le premier Taxi avait pris toutes les précautions nécessaires, notamment en faisant appel à l'un des plus grands professionnels des cascades, reconnu tant en France qu'à l'étranger" déclare immédiatement, après le drame, la production du film.

Ce qui n'est pas l'avis du Syndicat National des Techniciens et Travailleurs de la Production Cinématographique et de Télévision (SNTPCT), qui remet en cause les conditions insuffisantes de préparation de la cascade.

Dans un communiqué, il estimait que "manifestement, toutes les conditions techniques de prévention et de préparation sont en cause. Aucune prise de vue ne saurait justifier la mise en péril des ouvriers, techniciens et artistes qui participent au tournage".

Dès lors, les regards se tournent vers le vénérable Rémy Julienne. A 69 ans, la référence absolue des cascadeurs ne comprend pas. Mais, s'estime totalement responsable. "C'est moi, et personne d'autre, qui ait donné le feu vert avant que la voiture ne se lance sur le tremplin", a-t-il déclaré, effondré, dans une interview au Figaro. "C'est une question de déontologie et d'honnêteté ; je ferai absolument tout pour que la lumière soit faite sur cette affaire", a-t-il assuré. Perfectionniste obsessionnel, réglant ses cascades au millimètre et ne négligeant aucun détail ("Il est tellement obnubilé par l'accident qu'il en est chiant" déclare un de ses employés) Rémy Julienne fait preuve d'un très grand professionnalisme. Et d'une humilité toute à son honneur.

De ses premières cascades dans Fantômas (1964) à Taxi 2, 35 années de carrière et quelque mille films (les James Bond, les Gendarmes de St Tropez, Rabbi Jacob, La Grande Vadrouille...) aux quatre coins du globe, où il prépare avec minutie toutes les séquences d'action cinématographique. Tous les réalisateurs font appel à lui. Une cascade avec Rémy Julienne est un gage de sérieux et de réussite spectaculaire. Bref, une légende vivante.

Même si aujourd'hui, les assurances, l'âge et les accidents qui lui ont abîmé le corps ne lui permettent plus de participer aux cascades. Mais, il ne veut pas entendre parler de retraite. Il continue toujours à coordonner les scènes les plus spectaculaires de grosses productions. Ses connaissances sont mêmes mises à la disposition de la justice où il est un émérite consultant en accidents de la route auprès des tribunaux.

The show must go on

Cet accident tragique a plongé l'équipe de Taxi 2 dans la torpeur. La semaine précédente, le tournage avait été marqué par des prouesses acrobatiques, réglées comme un métronome, sans encombres, notamment avec l'atterrissage de la 406 en parachute, rue Ampère dans le XVIIe.

Après quelques jours de suspension, la production et l'équipe technique décident de reprendre les prises de vue. Cette fois, dans la cité phocéenne. Gérard Krawczyk, qui succède à Gérard Pirès pour le deuxième opus des aventures du bolide conduit par Samy Nacéri, et le producteur Luc Besson, confirment leurs volontés d'achever, quand même, cette suite dans les rues de Marseille et sur le Vieux Port. Avec des scènes d'action light. En bridant le Taxi ? L.B

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