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    Le choix d'Ingmar Bergman
    10 avr. 2000 à 17:40

    Au cours d'une interview accordée à la télévision par Ingmar Bergman, le réalisateur suédois a déclaré : "je préfère le suicide à la décrépitude".

    Le réalisateur suédois, Ingmar Bergman a avoué, lors d'une des rares interviews dont il gratifie la télévision suédoise, qu'il préférait se suicider plutôt que de laisser son esprit errer dans un corps décrépit. Agé de 81 ans, le réalisateur ne parle plus guère à la presse. Il a accepté cette entrevue télévisée car elle se présentait sous l'aspect d'un discussion avec un ami de longue date, l'acteur Erland Josephson.

    Bergman et Josephson ont travaillé ensemble dernièrement lors du tournage de Trolösa réalisé par Liv Ullman, d'après un scénario d'Ingmar Bergman. Dans ce film Erland Josephson joue le personnage même du réalisateur dans sa vie quotidienne. Josephson fait partie des acteurs fétiches de Bergman.

    "La seule chose qui m'effraie vraiment serait de brutalement devenir un fardeau pour les autres. L'idée de n'être qu'une âme agonisant lentement, prise au piège dans un corps détruit par la décrépitude, me terrifie. Mais il existe des échappatoires. On peut décider soi-même si l'on veut réellement continuer à vivre ou non. J'espère qu'il me restera suffisamment de présence d'esprit pour faire le bon choix au moment venu." a affirmé sereinement Bergman à la télévision suédoise.
    "Ce n'est pas qu'une vaine considération de ma part, et cette solution me semble tout aussi naturelle qu'une autre. Je souhaite seulement qu'il me reste suffisamment de bon sens et de force pour pouvoir mener cela à bien." a continué le réalisateur.

    Les nombreux films et pièces de théâtre dirigés par Ingmar Bergman sont souvent emprunts de l'imaginaire du réalisateur et des symboles qui ont marqué sa vie. Fils d'un pasteur luthérien et d'une mère dominatrice d'origine wallonne, Bergman a grandit dans une famille très stricte, où l'on considèrait la bonne conduite et le refoulement des instincts comme des vertus. Le jeune Ingmar récoltait avec l'aide de sa soeur, des bouts de films pour le projecteur familial et avait monté son propre théâtre de marionnettes.

    Dès son premier scénario, Les Tourments, Ingmar Bergman appose le sceau presque autobiographique qui caractérise son oeuvre. On trouve l'évocation fidèle de l'atmosphère de son pays, de l'angoisse de l'intelligentsia devant la neutralité suspect de la Suède. Il dresse le portrait d'un psychopathe incarné par Stig Järrel, dont la personnalité reflète les interrogations auxquelles il est lui-même en proie.

    Parmi ses oeuvres les plus marquantes, on trouve Sourires d'une Nuit d'Eté, accueilli en 1955 par un prix spécial du Jury à Cannes. Cette consécration permet à Bergman d'enchaîner sur un projet qui lui tenait depuis longtemps à coeur : Le Septième Sceau, en 1957. Cette oeuvre majeure est souvent considérée comme le "Faust" du cinéaste et se présente sous la forme d'une allégorie anxieuse sur la vie et la mort.

    Fanny et Alexandre, réalisé en 1982, a été présenté comme sa dernière oeuvre cinématographique et montre la fascination de ce cinéaste hors du commun pour le monde des acteurs, sa craintesdes interdits religieux, sa complicité avec l'univers féminin et son appréhension de la mort.

    Devant la caméra de télévision, le réalisateur tombe le masque confiant au journaliste Malou von Sivers que la mort de son épouse, Ingrid von Rosen décédée en 1995, l'a laissé orphelin au milieu d'un monde qu'il ne comprend plus. Depuis cet événement tragique sa propre existence l'indiffère, "cette mort, est sans conteste la plus sinistre de mon existence et a fait de moi un invalide. Ne plus voir, parler, sentir ou toucher Ingrid... Cette pensée est un poids qui me ravage."
    A.L.
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