Hercule a quitté le monde des mortels. Lundi 1er mai, Steve Reeves a succombé aux complications d'un lymphome (cancer lié au virus d'Epstein-Barr) diagnostiqué il y a deux mois. Agé de 74 ans, l'acteur américain au physique bodybuildé a rendu l'âme au centre médical de Palomar à Escondido, en Californie, où il était hospitalisé depuis plusieurs semaines.
Si le nom de Steve Reeves n'évoque rien de particulier aux moins de 30 ans, c'est tout de même un monument du cinéma qui a traversé le Styx lundi. Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone se disent influencés par celui qui a lancé la mode des péplums, épopée historico-légendaire à grand spectacle made in Cinecitta. John F. Kennedy – parait-il – se régalait de ses films lors de ses moments de détente à la Maison Blanche. Sans compter les centaines d'adeptes du culturisme naturel que Steve Reeves laisse aujourd'hui orphelins.
Il faut dire qu'avec son mètre 86 et sa centaine de kilos (de muscles), Steve Reeves s'imposait sur les écrans. C'est d'ailleurs son physique qui lui a ouvert les portes des studios. Originaire du Montana, où il naît le 21 janvier 1926, Steve Reeves se forge une silhouette d'athlète dès l'adolescence. Les prix commencent à pleuvoir à la fin des années 40.
En 1947, fraîchement couronné du titre de Mr. America, Reeves est contacté par Cecil B. De Mille pour tenir le rôle de Samson dans une de ses productions. Un honneur que Steve Reeves refusa parce qu'on lui demandait de perdre 10 kilos de muscles gagnés à la sueur de son front.
En 1950 il obtient le titre suprême. Steve Reeves est Monsieur Univers. La même année il devient européen en déménageant à Londres. C'est le début de sa carrière sur grand écran. Les réalisateurs italiens s'enflamment pour ce corps parfait. Pietro Francisi le choisit pour tenir le rôle principal dans Les travaux d'Hercule (1959). Le succès de cette production franco-italienne fait de Steve Reeves une star européenne propulsée au rang de célébrité mondiale, sans être passé par la case Hollywood.
La décennie suivante est riche en films pleins de muscles et d'action qui ont construit la renommée de Reeves. La seule année 1960 met l'acteur en vedette de Les derniers jours de Pompéi (Mario Bonnard), La bataille de Marathon (Jacques Tourneur) et d'une suite d'aventures d'Hercule, Hercules Unchained (Pietro Francisi). En 1962, année du Cheval de Troie (Girogio Ferroni), il refuse le rôle de James Bond dans Dr. No. Rebelote deux ans plus tard pour le rôle finalement tenu par Clint Eastwood dans Pour une poignée de dollars, de Sergio Leone.
A la fin des années dorées, les western-spaghettis pointent le bout de leur nez dans les box-office et remplacent les péplums. Steve Reeves manie lui aussi le colt, dans A long ride from hell (1969). Mais son premier western sera son dernier film.
Après 16 années intenses sur grand écran, Steve Reeves se retire dans un ranch de Californie avec sa femme, une comtesse polonaise. Il se consacre alors à l'élevage de chevaux et la promotion du culturisme naturel via son site Internet crée en 1994.
Hercule à l'écran, Monsieur Univers à la ville, Steve Reeves appartient au cercle étroit de sportifs qui ont couronné leur passage à l'écran de succès. Son ascension fut fulgurante, son déclin brutal.
M.C.B.