On ne compte pas le nombre de productions qui ont mis à rude épreuve les zygomatiques de générations entières. Qui ne s'est pas esclaffé devant telle ou telle scène comique, ou autres situations loufoques ? Qui n'a pas en mémoire les répliques cultes de certaines comédies ?
Tous s'accordent à dire qu'il est plus fastidieux de faire rire que de faire pleurer. Plus dur de dérider que d'émouvoir. Il est donc logique qu'un organisme, l'AFI (l'American Film Institute) vienne célébrer cette capacité à donner la banane aux spectateurs.
Funny Travelos !
Et alors qu'est-ce qui fait rire les membres de AFI ? Visiblement, les films de travestis ou les hommes déguisés en femmes. Certains l'aiment chaud, le classique de 1959 signé Billy Wilder, et Tootsie de Sidney Pollack (1982) ont ainsi été plébiscités comme les deux meilleures comédies américaines du XXe siècle.
Continuant à célébrer le centenaire du cinéma US (après les films du siècle, et les acteurs de légende), l'AFI a proposé à un panel de 1800 experts de la grande famille du 7e Art (réalisateurs, scénaristes, historiens, critiques, patrons de studios...) de désigner, d'après une liste de 500 longs métrages, les cent meilleures comédies produites par le cinéma américain au cours de ce siècle.
Et c'est au cours d'une longue soirée de prestige, mardi 13 juin, et diffusée sur le network CBS, qu'a été dévoilé ce palmarès du AFI's 100 Years... 100 Laughs ( Cent ans... Cent rires en vf).
Grand vainqueur : Certains l'aiment chaud (Some Like it Hot en vo), le cultissime classique de Billy Wilder, remportent les suffrages des votants. Un chef d'oeuvre de la comédie où deux musiciens de jazz au chômage, Tony Curtis et Jack Lemmon, témoins d'un meurtre se déguisent en femmes pour échapper aux tueurs.
Ils (plutôt elles, "Daphné" et "Joséphine") s'introduisent alors dans un orchestre féminin en partance pour une tournée en Floride. L'un deux tombe amoureux de Sugar, vamp pseudo-naïve et sensuelle, magistralement interprétée par la divine Marylin Monroe. Sans compter que les deux compères travelo auront du mal à retrouver leur virilité...
En seconde position du classement, Tootsie, autre comédie sur le travestissement. Réalisé par Sidney Pollack (Out of Africa), Tootsie narre les pérégrinations de Michael Dorsey (Dustin Hoffman), comédien exigeant au chômage, qui se travestit en femme, pour décrocher le rôle principal d'un soap. Il devient Dorothy/Tootsie, bonne femme permanentée aux bigoudis et aux lunettes à double foyer. Mais, surtout une star...
La troisième marche du podium revient au célébrissime et détonnant Docteur Folamour de maître Kubrick (1963). Une comédie mythique, délirante, à l'humour noir sur la menace atomique, avec un Peter Sellers éblouissant dans sa composition de trois personnages.
Suivent dans l'ordre au palmarès de l'AFI Annie Hall (Woody Allen – 1977), La Soupe au canard (avec les Marx Brothers – 1933), Le Shérif est en prison (de Mel Brooks – 1974), MASH (de Robert Altman – 1970), New York-Miami (It Happened One Night en vo – Franck Capra – 1934), Le Lauréat (de Mike Nichols – 1967) et le parodique Y'a-t-il un pilote dans l'avion (de Jim Abrahams et des Zuckers Brothers – 1980).
Dans ce classement du siècle, la décennie la plus "funny" est incontestablement les 80's avec 19 longs métrages représentés, avec notamment Un poisson nommé Wanda (21e°, Quand Harry rencontre Sally (23e) ou Ghostbusters (28e) ; la moins prolifique, les années quatre-vingt dix qui n'en comptent que quatre : le déjanté Mary à tout prix (27e) ; Madame Doubtfire (67e), autre comédie de travestis ; La vie, l'amour, les vaches (86e) ; et Fargo (93e).
A noter un zéro pointé pour le zinzin grimaçant Jim Carrey qui, malgré ses succès à faire pisser de rire le public (The Mask, Dumb and Dumber, Ace Ventura...), ne figure pas dans le Top 100.
Le brillant intellectuel juif, Woody Allen, est le cinéaste le plus sollicité, puisque cinq de ses comédies, Annie Hall (4e), Manhattan (46e), Prends l'oseille et tire-toi (66e), Bananas (69e) et Woody et les robots (80e), ont été classées. Devançant George Cukor, Charlie Chaplin et Preston Sturges pour quatre réalisations.
Le premier film muet, qui a eu le plus de succès, est Le Mécano de la "General" (1926) de l'universel et inimitable Buster Keaton.
Quant à l'acteur le plus honoré de cette liste, c'est Cary Grant qui décroche le gros lot avec huit films.
Bref, la comédie américaine était à l'honneur. Toutes générations confondues, de Buster Keaton à Jerry Lewis, en passant par Bill Murray, Dustin Hoffman, Billy Wilder, Abbott et Costello, ou les Marx Brothers, tous les comiques d'outre-Atlantique continueront à nous faire "poiler". Et c'est tant mieux !
L.B et C.C