Ah, c'est beau Internet. Les communautés virtuelles poussent comme des champignons dans le cyber-espace. Et cette proximité d'une autre dimension est propice à la naissance de pléthore projets originaux éparpillés un peu partout sur la toile. Les cinéphiles branchés modem seront heureux d'apprendre que depuis le 25 juin il existe un site français qui prépare la création interactive du premier e-film. Sur e-scenar.com les amateurs de salles obscures qui passeraient bien derrière l'écran se sont réunis pour déjà composer ensemble le scénario.
C'est un cinéphile de 28 ans qui a eu cette idée originale. Ludovic Mingot, qui joue au web-master tout en travaillant à côté, nous expose la genèse de ce site : "j'ai toujours rêvé de pouvoir écrire un scénario avec plusieurs personnes afin de mettre en commun imagination, esprit critique et expérience." E-scenar.com semble correspondre parfaitement à cet idéal. La participation multiple à l'écriture du scénario se règle de manière démocratique : par le vote. Les forums sont l'occasion des échanges d'opinions, et un sondage fait office de jugement de Salomon. C'est ainsi que e-scenar.com est venu à bout de la délicate question du genre (ce sera de la science-fiction) et du thème (la fabrication d'humains physiquement supérieurs mais décérébrés qui servent de pièces détachées).
Abonnés ou visiteurs, internautes de passage ou pèlerins de la toile, tous sont bienvenus en qualité de membres officiels ou de simples conseillers pour faire avancer le cyber-schmilblick. Selon le webmaster, le site compte "50 visiteurs en moyenne par jour et nous avons eu jusqu'à 46 membres inscrits." Face à des problèmes de gestion, M. E-scenar a entrepris début septembre de "modifier sensiblement le statut des membres en créant des fonctions qui répondent aux besoins qui se sont fait sentir depuis juin." C'est donc sur de nouvelles bases et avec 16 membres officiels que le site attaque la rentrée.
Pour l'heure, e-scenar.com est en pleine effervescence. Le site et ceux qui y participent s'attaquent au plus gros morceau de cette folle cyber-aventure : l'écriture proprement dite du scénario. Le synopsis simplifié devrait être bouclé le 1er octobre. Sans compter qu'il reste encore à mettre au point le séquencier, les personnages, le script, les finitions et in fine le titre. Mais les 32 mains qui pianotent frénétiquement sur des claviers aux quatre coins de la France semblent plutôt bien cohabiter.
Impossible pourtant d'établir le portrait-robot, le profil-type de ces co-scénaristes qui se sont jetés à corps perdu dans le projet. Cinéphiles acharnés, amoureux du verbe, étudiants en cinéma pour certains, classes audiovisuel, court-métrages et concours de scénario pour d'autres. Et au final une joyeuse biodiversité ouverte à toutes propositions qui est le véritable moteur du site. Car e-scenar ne compte pas s'arrêter là. Le site affiche clairement ses ambitions : "créons, ensemble, le premier e-film, de la 1ere ligne à la première en salle".
Un message du webmaster glané sur le forum indique ainsi "qu'il y aura des acteurs. Mais avant de s'atteler au casting va déjà falloir faire un scénario béton pour trouver des producteurs en plus des internautes, ensuite le réalisateur puis le casting, patience ...". Réaliste, Ludovic Mingot a clairement défini l'évolution du projet dans sa tête. Après le scénario "commencera l'étape de recherche d'un réalisateur et de producteurs, et enfin le casting et le tournage et enfin la post-production".
Ludovic Mingot fait partie de cette nouvelle génération qui se sert du web pour concrétiser ses projets. Idéaliste, mais aussi réaliste, il se confie sur les deux avenirs possibles de son site. "Soit je limite e-scenar à l'élaboration d'un seul scénario à la fois... Soit je développe e-scenar pour en faire un portail de la création cinématographique (...) avec la possibilité de travailler sur plusieurs projets différents." Et pourquoi pas faire de e-scenar une start-up à part entière. Mais d'abord "on fera le nécessaire pour voir le fruit de notre travail acharné dans les salles obscures". Et on y compte bien.
M.C.B.