Ingrid Caven, roman, c'est le titre du livre de Jean-Jacques Schuhl qui a remporté le prix Goncourt cette année. L'héroïne du roman est une femme bien réelle, actrice, chanteuse, épouse de feu Rainer Werner Fassbinder de 1970 à 1972, diva à la Hanna Schygulla, icône seventies par excellence qui a joué avec Jean Eustache, Daniel Schmid, Werner Schroeter, André Téchiné, Raoul Ruiz,... En décernant son prix au livre de Jean-Jacques Schuhl, actuel compagnon d'Ingrid Caven, l'Académie Goncourt a réorienté les projecteurs sur cette Allemande mythique, que les Français (re)découvrent aujourd'hui.
Ingrid Caven – le livre – n'est pas une biographie. Schuhl recompose à la manière d'un roman la vie de cette personnalité qui a fait sa première représentation en public en 1943 devant un parquet de militaires de la Reichswehr. Le récit est ponctué d'expressions en allemand, comme autant de rencontres qui ont marqué la vie d'Ingrid. Elle chante, joue, se donne en représentation. Son premier rôle au cinéma est celui d'une prostituée dans Liebe ist kälter als der Tot (L'amour est plus froid que la mort) en 1969. Et c'est Fassbinder qui le lui donne. Le cinéaste a trouvé sa Dora Maar. Ils partageront plusieurs dizaines de plateaux de tournage et deux ans de vie maritale (1970 – 1972) : Maman Kusters s'en va au ciel, L'Année des treize lunes, 1 Berlin - Harlem... Leur relation transcendera leur divorce : au pied du lit de mort de Fassbinder on découvre une ébauche de script inspiré de la vie de Caven.
Fassbinder oui, mais pas seulement. Marlène Dietrich des années psychédéliques, Ingrid Caven tourne sous la direction de Jean Eustache dans Mes petites amoureuses. Daniel Schmid en fait le poumon de son film La Paloma (1974), puis de Violanta, Ombre des anges, Hors saison,... En France ce sont Jacques Baratier (L'Araignée de Satin), André Téchiné (Ma saison préférée), Raoul Ruiz (Le temps retrouvé) qui lui offrent successivement une place dans leur film. Le nom d'Ingrid Caven reste inévitablement associé aux années 70. La décennie justement qui a vu paraître les deux précédents romans de Jean-Jacques Schuhl, Rose poussière (1972) et Télex n°1 (1976). Les voilà tous deux de retour en 2000. Le siècle peut s'achever en paix.
M.C.B.