Johnny Rotten de passage à Paris
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Pour la sortie du documentaire "L'obscénité et la fureur", Johnny Rotten et le réalisateur Julien Temple se sont exprimés, lors d'une conférence de presse, sur la véritable histoire des Sex Pistols.

Elysées Biarritz, le mercredi 8 novembre à 14h45. Le chanteur des Sex Pistols, Johnny Rotten, de son vrai nom John Lydon, fait une entrée fracassante, avec le réalisateur Julien Temple, dans le salon où va se tenir la conférence de presse. Venus présenter un documentaire sur l'histoire du fameux groupe punk, L'obscénité et la fureur, ils sont aussitôt mitraillés par les photographes. Johnny, la tête hérissée d'épis et vêtu d'un pull aux couleurs criardes, s'essaie à quelques grimaces, tandis que le réalisateur fait dans la sobriété.

Après ce petit photo call improvisé, la rencontre avec les journalistes peut enfin commencer. La romancière Virginie Despentes et l'ancienne star du porno Coralie Trinh Thi, coréalisatrice de Baise moi, sont également présentes dans l'auditoire. Cependant, Johnny nous fait très vite savoir qu'il déteste les interviews et les caméras. Malgré ses 44 ans, il entretient une image de jeune rebelle anarchiste et continue de proférer des slogans du type No government, no order, no rules (Pas de gouvernement, pas d'ordre, pas de règles). En entendant un journaliste faire un parallèle entre les Sex Pistols et les Clash, il se met d'ailleurs à roter bruyamment. Cette technique sera de plus en plus employée pour éluder certaines questions, comme celle concernant la mort de Nancy, compagne de Sid Vicious. Pendant l'heure qui suit, Johnny ira même jusqu'à réclamer des canettes de bière à l'attachée de presse.

Au début de la conférence, Julien Temple insiste sur la nécessité de rétablir la vérité, 23 ans après, sur l'histoire tumultueuse de ce groupe tant décrié. Le documentaire a été constitué à base d'archives de la BBC et d'enregistrements sur le magnétoscope de Johnny. L'idée de faire témoigner les membres du groupe en ne présentant que leur ombre lui est venue en regardant une émission télévisée où des criminels sont interviewés de la même manière. Pour le rouquin surexcité, L'obscénité et la fureur est un véritable acte d'amour.

Le réalisateur de vidéoclips avait déjà tourné une fiction-documentaire sur les Sex Pistols. Sortie en 1980, La grande escroquerie du rock'n'roll était alors construite du point de vue de Malcolm McLaren, leur manager. Avec désinvolture, Johnny enchaîne en exliquant que c'est le groupe lui-même qui a créé l'événement et non McLaren. Le tournage a été financé grâce aux concerts que le groupe, reformé pour l'occasion, a donnés en 1996. C'est d'ailleurs la première et unique fois que les Sex Pistols ont été payés. Mais il avoue ne pas avoir gagné beaucoup d'argent par rapport à ses nouvelles activités d'animateur à la télévision et à la radio. Au passage, il se moque de Paul Cook, Steve Jones et Glenn Matlock, respectivement batteur, guitariste et bassiste de la formation, qui n'ont quant à eux pas d'autre moyen pour vivre.

Pour Johnny Rotten, si les Sex Pistols ne s'étaient pas séparés à leur apogée ils auraient vraisemblablement connu un destin identique à celui des Rolling Stones, ce qui n'aurait pas été réjouissant. Tout en revendiquant son individualité et en refusant que les Sex Pistols soient catalogués dans le mouvement punk, l'ex-leader affirme que les seules influences du groupe étaient la musique médiévale et le music hall ! Depuis notre séparation, la plus grande manifestation du génie artistique anglais a été le hooliganisme, une expression que je soutiens à fond, lâche encore le célèbre provocateur. Et quand on lui demande quelle musique il écoute aujourd'hui, il ricane et répond Al Gore. Les Etats-Unis, qu'il appelle Grand Satan, se rapprochent de plus en plus du chaos politique.

Le chanteur excentrique redevient sérieux en racontant son exil forcé à Los Angeles, et cela à cause du harcèlement policier dont il était quotidiennement victime en Grande-Bretagne. Il fait également un rapprochement entre le mouvement punk en Angleterre et notre mai 68 national. Ce que les situationnistes ont réalisé de manière intellectuelle, nous l'avons fait à notre manière, à l'instinct, déclare-t-il. Toujours sur un ton solennel, il fait part de ses regrets concernant la mort de son ami Sid Vicious. Ce dernier serait tombé dans le panneau du rêve américain et aurait laissé son ego prendre le dessus sur son âme. A méditer.

15h45, fin de la conférence de presse. On apprend à la dernière minute que L'obscénité et la fureur a obtenu le Prix du meilleur documentaire à la Mostra de Sao Paulo 2000. Johnny, content que cette rencontre avec les journalistes se termine, signe quelques autographes. Toujours pour faire dans la provocation, il gribouille une paire de seins sur les dossiers de presse et les pochettes de disque de chacun. Même si les Sex Pistols, aux dires du chanteur, ne sont pas prêts de se reformer, leurs fans peuvent quant à eux se diriger vers les salles de cinéma où est d'ores et déjà programmé le long métrage de Julien Temple.

G.M