"A mort !", "On vous aura !", voilà en résumé comment le milieu skinhead allemand a accueilli le film Oi !Warning des frères Reding. En s'intéressant à la scène skin apolitique, Dominik et Benjamin Reding ont pénétré un territoire contestataire jalousement défendu par des sbires aussi sensibles que virulents. Face à cette levée de boucliers les deux réalisateurs jumeaux ont préféré annuler une série de soirées projection+débat que les salles est-allemandes devaient accueillir à partir de jeudi 23 novembre.
Sorti le 19 octobre dernier, Oi !Warning a attiré plus de 50.000 spectateurs en quelques semaines. Parmi eux quelques poignées de crânes rasés, pas contents du tout. Et ils l'ont bruyamment fait savoir. En début de mois, lors d'une projection, "trente skins se sont mis à hurler comme des malades, c'était effrayant et menaçant" témoigne Benjamin Reding. Les mails envoyés aux deux scénaristes-réalisateurs-producteurs sont tout aussi agressifs et inquiétants. Le nombre de réaction s'apparente assez nettement au harcèlement et ça marche : "avec ça, on n'a plus vraiment envie d'y aller" a déclaré l'un de deux jumeaux.
Oi !Warning est une histoire assez ordinaire dans l'Allemagne d'aujourd'hui. Janosch, 17 ans, en a marre de son quotidien partagé entre l'école, son foyer tranquille et les soins de Maman. Il trouve une issue en la personne de Koma, brasseur, kick boxeur et... skinhead "apolitique". Son univers : des combats de boxe secrets, des concerts très durs, de la baston et de la boisson en abondance et un bunker pour repère. Janosch adopte le look skin, arbore un crâne lisse et s'en trouve plus respecté par les autres. Jusqu'à ce qu'il se prenne d'une amitié un peu particulière pour un cracheur de feu marginal.
Dans une interview accordée au quotidien rhénan Tageszeitung-Ruhr, les deux frangins hambourgeois ont expliqué leurs choix scénaristiques. "Si on avait placé le film en milieu skin nazi, on aurait eu moins de problèmes. Mais si un des personnages principaux, comme Koma, avait été un skin nazi, la chose aurait été beaucoup trop facile : c'est un Nazi donc il se comporte ainsi. La violence est liée à la haine de soi, l'insécurité et les peurs." Dominik et Benjamin Reding ont refusé de mettre la violence de leur film sur le dos du fascisme de leurs personnages. Et ils se sont en grande partie inspiré de leurs expériences personnelles pour réaliser une peinture honnête du milieu skinhead.
Mais les accros de la batte ne sont pas les seuls à avoir mal compris le message du film. Les deux cinéastes ont eu beaucoup de mal à décrocher des subventions auprès des instances allemandes. Et si le titre du film évoque le cri de ralliement universel des skinheads, le sujet ravive des sujets chauds de l'Allemagne d'aujourd'hui : jeunes ouverts à la violence, nombre croissant de skinheads et confréries masculines très ritualisées.
M.C.B. avec AFP