Les independent film awards, qui sont au cinéma indépendant ce que les oscars sont au cinéma commercial, viennent de choisir leur maître de cérémonie : ce sera John Waters. Celui que l'on surnomme le "pape du détritus" ou le prince du vomi fera donc rimer indépendant avec trash. Belle cérémonie en perspective !
En 30 ans de carrière, John Waters, réalisateur 100% anticonformiste, est devenu une institution. Né à Baltimore, il est un éternel attaché de presse pour ce port de province qu'il met en scène dans tous ses films. La ville lui en est tellement reconnaissante qu'en 1985, elle a déclaré le 7 février "journée John Waters" !
Enfant des sixties, Waters a vite pris le contre courant des codes sociaux puritanistes américains, pour s'adonner à sa propre religion : le trash. Le petit John a commencé par réaliser des films en 8 mm, puis en 16 mm, et s'est faire renvoyer de la prestigieuse université de New-York pour avoir fumé un joint. Il n'en a pas pour autant lâché sa caméra. Les années soixante-dix nous ont permis de découvrir ce jeune fou capable de tout... à l'écran.
Poussant ses fantasmes jusqu'au bout de la pellicule, il a ainsi réalisé cinq films avec son égérie Divine, un travesti décédé depuis. Il en est resté la scène inoubliable de Pink Flamingos, au cours de laquelle Divine déguste une crotte de chien. Au delà de cette séquence, qui poursuit le réalisateur, c'est tout une façon de tourner en dérision la société qui se lit dans le cinéma de ce pape de l'underground. En 1975, il persiste dans le mauvais goût avec Female trouble, dans lequel le personnage principal tue dans le but d'être condamné à mort et de faire ainsi parler de lui. En 1981, Waters innove avec Polyester, le premier film en odorama : inutile de vous préciser que les odeurs proposées aux narines des spectateurs ne sentent pas que la rose... mais c'est Hairspray, en 1988, qui marque le début de la reconnaissance de John Waters.
A la fin des années 80, Divine disparaît, et John Waters met de l'eau dans son vitriol. Il réalise Cry-Baby, une comédie musicale gentiment trash, avec Iggy Pop en caution de bad boy, et Johnny Depp dans le rôle du beau gosse. L'occasion pour ce dernier de goûter au septième art, puisque c'est son premier grand rôle après 4 ans passés sur les plateaux de la série 21 Jump Street, et de se moquer gentiment de son image de teen-idol. Le film suivant nous rassure sur sa capacité à rester trash tout en ayant l'air politiquement correct. Serial Mom met en scène une mère qui a un petit défaut : elle tue ceux qui la regardent de travers... Un vrai bijou d'humour. Pecker convainc moi bien que restant très fun. Cecil B. Demented, cette année, reste dans la même veine du trash aseptisé. Tout en étant également suffisamment marginal pour plaire aux fans du cinéma décalé.
Désormais correctement distribué, par de grands réseaux, et présenté dans les festivals –Cecil B. Demented était à Cannes cette année, hors compétition- le pape du trash continue de s'amuser sur la pellicule, et reste l'électron libre du cinéma américain. Espérons que John Waters B. Demented lors de cette cérémonie, le 24 mars prochain.
F.M.L d'après Reuters