De Niro/Pacino : portraits croisés
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Michel Cieutat et Christian Viviani, critiques à "Positif", consacrent un ouvrage à Robert De Niro et Al Pacino, intitulé "Regards Croisés".

" Aujourd'hui encore, il m'arrive qu'on me félicite pour mon interprétation dans Raging Bull... ", s'amusait Al Pacino en 1996, dans une interview accordée à Studio Magazine. Le même regard sombre, les mêmes origines, un jeu d'acteur souvent proche, Al Pacino et Robert De Niro, le véritable héros de Raging Bull, offrent, il est vrai, de nombreux points communs. Partant de cette constatation, Michel Cieutat et Christian Viviani, critiques à Positif et spécialistes du cinéma américain, se sont penchés sur le parcours des deux acteurs américains. Le fruit de leur collaboration est un ouvrage intitulé Regards Croisés.

Sydney Pollack (La Firme, Tootsie, Out of Africa) signe la préface de ce livre. Lui, dont l'acteur fétiche reste Robert Redford, estime que " Ce ne sont pas leurs trois ou quatre erreurs de parcours manifestes qui nous empêcheront d'affirmer que Robert de Niro et Al Pacino sont, depuis leurs premiers grands rôles, les deux plus grands acteurs que le cinéma américain ait engendrés depuis Montgomery Clift et Marlon Brando ". Le réalisateur n'a pourtant fait tourner que l'un des deux comédiens, Al Pacino dans Bobby Deerfield en 1977.

Débuts au théâtre

Michel Cieutat et Christian Viviani s'attachent, dans un premier temps, à dresser le portrait de Robert de Niro, puis celui d'Al Pacino. L'occasion de voir se dessiner ainsi certaines similitudes. Tous deux ont vu le jour à New York au début des années 40. Ils ont du sang italien dans les veines. De Niro a également, on le sait moins, des origines irlandaises. Très tôt les parents des deux futurs acteurs divorcent. Ils sont ainsi élevés quelques temps par leurs grands-parents avant que leurs géniteurs ne se chargent véritablement de leur éducation. De Niro et Al Pacino ont chacun flirté avec la petite délinquance, se joignant un temps aux gangs de leurs quartiers. Une page qu'ils auront vite fait de refermer au profit du théâtre, puis du cinéma.

De Niro s'essaie ainsi quelque peu à la scène et tourne en 1963 son premier film, The Wedding Party, signé Brian de Palma. De son côté, Pacino privilégie ce qui sera, du reste, sa véritable passion: le théâtre. On le voit pour la première fois au cinéma dans Me, Natalie, de Fred Coe, puis surtout dans Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg. En 1974, De Niro et Pacino seront une première fois au générique d'un même film, Le Parrain II, de Francis Ford Coppola. Il faudra attendre 1995 et Heat de Michael Mann pour retrouver les deux acteurs dans une même réalisation.

Entre temps, chacun aura mené sa carrière, accumulant les nominations aux Oscars. Robert De Niro obtiendra la fameuse statuette à deux reprises, en 1975 pour Le Parrain II (meilleur second rôle) et en 1981 pour Raging Bull (meilleur acteur). Quant Al Pacino, il devra patienter jusqu'en 1993 pour recevoir son Oscar, celui du meilleur acteur pour Le Temps d'un week-end, remake de Parfum de femme de Dino Risi.

Jeu des deux acteurs passé au crible

Le gros du travail des auteurs de Regards Croisés, le plus passionnant aussi, est l'analyse du jeu des deux acteurs. Analyse déclinée en une multitude de thèmes : méthodes de travail, improvisation, jeu des regards, gestuelle, voix, penchant pour la comédie, violence, héros solitaire, folie etc.

M. Cieutat et C. Viviani tentent ensuite de décrypter la filmographie des deux comédiens. Celle de Niro, indissociable de celle de Martin Scorsese : Taxi Driver, Mean Streets, Raging Bull, New York, New York, Casino etc. Celle d'Al Pacino: Le Parrain, Serpico, Un après-midi de chien, Scarface, Le Temps d'un week-end, L'Impasse, Révélations etc.

Les deux auteurs de cet ouvrage, fortement recommandé aux fans de ces acteurs, reconnaisent en conclusion que De Niro et Pacino "éprouvent à l'heure actuelle quelques difficultés à trouver des histoires et des personnages qui reflètent leur époque, comme il y a trente ans ". La remarque vaut surtout pour De Niro, plus enclin ces derniers temps à jouer dans des comédies gentillettes : Personne n'est parfaite, Mafia Blues ou encore Mon beau père et moi, actuellement à l'affiche.J.D.

Regards Croisés de Michel Cieutat et et Christian Viviani, Dreamland éditeur, 247 pages, 220 F.