Femmes d'Iran

AlloCiné a rencontré la réalisatrice iranienne Marzieh Meshkini à l'occasion de la sortie de son premier film "Le Jour où je suis devenue femme".

Pour la sortie française du premier long métrage de la réalisatrice Marzieh Meshkini, le distributeur Mars Films a choisi la journée de la femme du 8 mars. Un bel hommage pour Marzieh Meshkini qui dans Le Jour où je suis devenue femme livre le portrait de trois personnages : une petite fille, une jeune mariée et une vieille femme, toutes trois confrontées à l'oppression masculine en Iran.

Femme de Mohsen Makhmalbaf, l'un des chefs de file du cinéma dissident iranien, elle est aussi la tante de Samira Makhmalbaf qu'elle a assistée sur Le Tableau noir, Prix du jury à Cannes l'année dernière. Marzieh Meshkini se lance maintenant dans la réalisation : elle a raconté à AlloCiné la genèse du Jour où je suis devenue femme.

C'est son mari et ancien professeur qui a trouvé la trame du Jour où je suis devenue femme. A partir de cette peinture impressionniste de trois femmes à des âges différents, elle a eu envie d'évoquer la condition de la femme en Iran en revendiquant l'égalité des droits entre les deux sexes.

Mais il a fallu contourner la censure iranienne : "quand on fait un court métrage, on n'a pas besoin de montrer le scénario à la commission de censure. On a donc présenté mon film comme un court métrage pour ne pas être censuré avant le tournage."

Sans aide de l'Etat, Marzieh Meshkini a eu recours à la Makhmalbaf Film House : une structure familiale de production qui ne serait pas viable sans les ventes de ses films à l'étranger puisque ceux-ci ne sont presque pas distribués en Iran :

"On a emprunté un peu d'argent et dès qu'on a vendu le film, on a remboursé nos dettes".

La réalisatrice a dû ensuite surmonter des obstacles pour présenter Le Jour où je suis devenue femme dans son pays dont la diffusion restera confidentielle :

"mon film ne passe que dans une seule salle en Iran et dans un quartier peu fréquenté(...). On ne m'a pas donné l'autorisation de mettre une affiche sur la façade du cinéma où il est projeté. Les journaux iraniens ne parlent pas de mon film. On va voir la réaction des gens mais je n'attends pas grand chose".

Plusieurs fois primé dans des Festivals internationaux, le film sera vu davantage à l'étranger qu'en Iran, au désespoir de la réalisatrice qui ajoute : "j'ai fait ce film pour tendre un miroir à la population iranienne, mais malheureusement il sera moins vu en Iran qu'ailleurs.

Ceci dit Marzieh Meshkini a apprécié d'être confrontée à la critique mondiale :

"j'ai pris conscience que mon film évoquait la condition de la femme en général et pas seulement celle que subissent les femmes iraniennes."

Interrogée sur ses projets, Marzieh Meshkini confie ses craintes : "les gens m'ont donné plein d'énergie, ça rend plus difficile le prochain film. J'apprends encore".

A.C.

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