A sa sortie en 1969, le western La Horde sauvage avait été amputé par la production de plusieurs séquences contre la volonté du réalisateur Sam Peckinpah. C'est la version Director's cut, -le dernier montage auquel Peckinpah ait donné son agrément-, que le distributeur Action Gitanes projette depuis mercredi dans son cinéma Action Christine.
A cette occasion, AlloCiné a rencontré François Causse, auteur de Sam Peckinpah la violence du crépuscule à paraître le 10 mai, un livre qui dresse une analyse détaillée de la filmographie du réalisateur.
François Causse tente ainsi de réhabiliter un cinéaste :
"Je trouvais qu'il n'était pas apprécié à sa juste valeur et j'ai compris assez rapidement que c'était l'un des cinéastes les plus importants des années 70, notamment dans le cinéma américain".
Il considère La Horde sauvage comme l'oeuvre majeure de Peckinpah :"C'est à la fois un film et une page d'histoire, un instrument que va choisir ce réalisateur pour lutter contre le mythe américain, car il est le fossoyeur du mythe américain. Dans ce film, les personnages sont sur le déclin, c'est une métaphore de la fin du western. Et en même temps il y a une violence très forte, cataclysmique qui apparaît dès le début. Tout cela pour remettre en cause une certaine idéologie de l'ordre, de la justice par les armes qui étaient présentes par les passé".
Il est vrai que dans ce western qui met en scène une bande de hors-la-loi vieillissants vivant de hold-up, les scènes de fusillade sont nombreuses et particulièrement violentes.
Mais cette violence n'est pas gratuite : "Peckinpah n'exploite pas la violence à des fins commerciales. S'il ne voulait pas dénoncer bêtement la violence, il reconnaissait sa dimension esthétique et l'attrait qu'elle pouvait exercer sur le spectateur". Ainsi dans la scène d'ouverture où les hors la loi sont attirés dans un guet-apens, la violence éclate de façon tout à fait inhabituelle pour un western traditionnel. Elle est provoquée par des hommes qui n'hésitent pas à prendre en otage des civils et à tirer par-dessus la foule en faisant des victimes innocentes. Quant à la séquence finale durant laquelle les brigands s'entretuent avec les troupes du dictateur mexicain Mapache, elle représente la clef du film : Le héros ne fait plus illusion, n'a plus d'illusion sur lui-même. Il est privé de la légitimité de la violence et la retourne contre lui-même.
François Causse écrit même dans son livre : "Le cinéaste contraint le spectateur à être conscient de son goût pour la violence avant d'en regarder le danger en face".
Outre cette utilisation tout à fait nouvelle de la violence, Peckinpah se démarque par un montage révolutionnaire : "Le montage est nerveux, saccadé, composé d'une alternance de ralentis et de plans normaux. La Horde sauvage comprend plus de 3.600 plans. Cela n'était jamais arrivé précédemment dans un western".
Les spectateurs vont donc pouvoir redécouvrir un film toujours moderne : "La Horde sauvage, c'est le film américain charnière. Il a fait entrer le cinéma américain dans une nouvelle époque : celle d'aujourd'hui".
Conjointement à Action Gitanes qui ressort La Horde sauvage, Carlotta Films distribue un autre film de Peckinpah : Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia. De plus, l'Institut Lumière de Lyon consacre le week-end du 28 et 29 avril à Sam Peckinpah et la Cinémathèque Française dédiera une soirée au cinéaste le 7 mai.
Une véritable réhabilitation pour Sam Peckinpah, aujourd'hui méconnu du grand public mais qui continue d'influencer des réalisateurs comme Scorsese ou Tarantino.
A.C.