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    Attentat du Bataclan : un court métrage pour ne pas oublier le 13 novembre 2015
    Par Corentin Palanchini et Thomas Desroches — 14 nov. 2019 à 11:40

    Quatre ans après les attentats du 13 novembre 2015, Joanna Cognard, réalisatrice et rescapée du Bataclan, dévoile son court-métrage, "Chat Noir", inspiré de son expérience cette nuit-là.

    Capture d'écran

    Il y a quatre ans, dans le nuit du 13 novembre 2015, la France est frappée par une série d'attentats-suicides, les plus meurtriers que le pays ait jamais connu. 131 personnes ont perdu la vie et plus de 350 autres ont été blessées. Ce soir-là, Joanna Cognard a vécu ce drame de l'intérieur, au Bataclan. Aujourd'hui, la réalisatrice et photographe dévoile son troisième court-métrage, intitulé Chat Noir, dans lequel elle livre sa version des faits, son expérience. Celle de l'après, du retour à la réalité et de son silence insoutenable. "C'est un film pour tous les gens qui ont, un jour, dû rentrer chez eux et continuer à vivre", explique-t-elle. Inspirée par le travail de Gus Van Sant et de Martin Scorsese, la cinéaste livre un récit poignant et pudique, porté par un excellent duo d'acteurs, Chloé Goujon et Félix Kysyl. Interrogée par Allociné, Joanna Cognard a accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

    Vous étiez présente au Bataclan le 13 novembre 2015. Vos deux personnages sont-ils le reflet de ce que vous avez vous-même ressenti ce soir-là ? Joanna Cognard. L'expérience que j'ai vécue avec mon ami est effectivement très proche de celle de mes deux personnages, car il me semblait indispensable de parler seulement de ce que je connais. Ce soir-là, comme Agathe, j'ai eu peur de prendre un taxi parce que j'étais tachée de sang, et j'ai cru qu'on m'en voudrait de ne pas aller travailler le lendemain. Il y a très peu de dialogue car nous avons finalement très peu parlé, mis à part pour des considérations très prosaïques. La parole est revenue surtout le lendemain. Je voulais que le comportement de mes personnages soit aussi fidèle que possible à ce que nous avons vécu, et à nos réactions qui n'avaient finalement rien de lyrique à ce moment-là. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec mes deux comédiens, Chloé et Félix, qui ont parfaitement compris l'état d'esprit des personnages.

    Votre film se déroule dans la nuit de ces événements tragiques. Etait-ce aussi pour vous une façon de participer à un devoir de mémoire ?

    J. C. Ce n'est pas facile de définir pour qui et pourquoi on fait un film, surtout dans le cadre d'un événement qui a marqué la France entière. Pour moi, Chat Noir est né d'une envie d'évoquer une partie de la soirée à laquelle on pense peu : celui où le calme revient et qu'on se retrouve seul. Montrer la violence en elle-même ne m'intéressait pas. Mais "prendre la parole" et témoigner - en tâchant d'être juste sans être impudique - reste compliqué. Tout au long du processus d'écriture et de réalisation, j'ai beaucoup lutté avec la peur de ne pas être légitime, et ce n'est toujours pas complètement parti d'ailleurs. Faire ce film m'a aussi permis d'en parler avec les gens, de leur raconter mon histoire et d'écouter la leur, et rien que ça c'est important.

    Même si le film est dramatique, Agathe et Pierre tentent des traits d'esprit, notamment avec cette référence au court-métrage de Martin Scorsese, Le Grand rasage. Est-ce que vous avez vécu cet état dans lequel l'esprit se défend comme il peut face à la violence ? J. C. La référence à Scorsese était importante pour moi, car j'ai fait des études de cinéma et Le Grand rasage fait partie des œuvres qui m'ont fortement marquées. J'y ai réellement pensé en prenant une douche ce soir-là, et je trouvais intéressant de montrer comme nos réactions restent très personnelles ou nourries par nos centres d'intérêt et notre vision du monde, même dans des contextes dramatiques. Concernant les traits d'humour, difficile de montrer des personnages qui plaisantent, sans être déplacée. Pourtant, même dans des moments pareils, les personnalités ressurgissent et les relations restent intactes; et la moquerie est parfois une belle preuve d'amitié ou d'amour.

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