Pourtant que la montagne est belle…
En 2020, entre deux confinements, la québécoise Sophie Deraspe s’était fait connaître de ce côté de l’Atlantique avec un drame policier au sujet atypique, Antigone. Ces nouvelles 113 minutes racontent le meilleur et le pire du pastoralisme, Sur un coup de tête, Mathyas troque sa vie de publicitaire à Montréal pour celle de berger en Provence. Il espérait trouver la quiétude, il découvre un métier éreintant et des éleveurs souvent à bout. Mais quand il rencontre Elise qui elle aussi vient de tout quitter, ils se voient confier un troupeau de 800 moutons et s’engagent dans une transhumance. Ensemble, ils vont traverser les épreuves de la montagne et se façonner une vie nouvelle. Un sujet plus qu’original sublimé par les images splendides des alpages. A découvrir.
Il s’agit de l'adaptation du livre D'où viens-tu, berger ? de Mathyas Lefebure, dans lequel il raconte sa reconversion inexpérimentée en berger de Provence. Une plongée dans le monde du pastoralisme en plein XXIème siècle relevait de la gageure. Mais, heureusement, il y a autre chose dans ce film que les belles images auxquelles je faisais allusion tout à l’heure. Même si la romance est un bâclée, la manière de poser les problèmes inhérents au métier de berger, - politiques, économiques, philosophiques, sociologiques, voire poétiques -, est assez habile et la partie documentaire n’est fort heureusement pas trop didactique. Au contraire, le film évite les clichés sur la ruralité et le choc des cultures. On peut se poser la question de savoir pourquoi ce sujet n’a jamais été traité en France et qu’il le soit par une cinéaste québécoise. Mystère !
Le couple Félix-Antoine Duval / Solène Rigot fonctionne très bien même si – et on peut le regretter -, leurs personnages manquent cruellement d’ancrage… Qui sont-ils vraiment ? D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui motive des choix de vie aussi marqués ? Ils sont accompagnés par Guilaine Londez, Michel Benizri, David Ayala, et pas mal de non-professionnels qui s’en sortent très bien. Ici, pas de romantisme facile, pas de vision idyllique de la transhumance, pas de pamphlet politique appuyé… Rien de tout cela pour nous recentrer sur une ode à l’élevage traditionnel mais aussi ses épreuves et son isolement. Un beau film qui vaut d’être vu.