Je ne pensais pas voir un film aussi déchirant à lire le synopsis. J'espérais même que ce serait une vision des obstacles de la classe paysanne domestique, surmontés par un couple aimant et travailleur. Oh, loin de là. Je m'étonne que personne n'ait fait un parallèle avec La Leçon de Piano de Jane Campion. Une femme plutôt taiseuse, très obstinée, pour laquelle seule compte la musique, et son instrument, ici l'accordéon, tout aussi déplacé dans la masure de pierre des montagnes forestières, que ce piano en Nouvelle Zélande rurale. Et la même découverte de la sensualité avec un homme qu'elle va élire pour se la révéler, qui n'est pas le compagnon officiel qu'elle a été forcée d'accepter. Même révélation de l'infidélité par une âme enfantine réprimée et choquée. Même furie meurtrière du mâle trahi, qui ne savait pas montrer son amour. Tout ce drame pour des notes de musique, seule expression des affects réprimés. Dans cette histoire un doigt de pied coupé (par nécessité), dans l'autre une phalange de doigt de main (par punition). Quasi même époque, même société corsetée pour épanouir des destins. Ce qui diffère est ce cheval, dont la possession devait conditionner celle de l'accordéon. Tout ce que représente ce cheval pour Jacob, tout cet espoir et fierté anéantis par la recherche de vengeance : deux victimes expiatoires,
le cheval, et l'amant, chacun incarnant le vrai objet du désir. Déchirant pour les deux, j'ai été plus blessée par la perte du cheval, que Jacob aimait autant qu'Elsie le musicien. Comment se remettre de pareilles pertes, dans un drame Shakespearien en pleine Suisse arriérée. Jacob rompra le sort maléfique qui achève Elsie en abattant l'arbre coupable qui avait déjà tué son cheval, symbole de sa virilité, et se rachètera avec l'accordéon ramenant Elsie vers la vie et en acceptant l'enfant du péché.
Il n'est pas dit que les villageois, eux, y parviendront.... Franchement, je n'ai pas lu le livre, mais ce type d'histoire cruelle où la rédemption affleure, échoue, qui nous précipite dans l'horreur de vies humaines glauques, dans l'injustice, le désespoir, une histoire à la Maupassant, c'est un crève-coeur dont je me serais bien passé.