Comment Napoléon est devenu Napoléon ?
Bon je n'ai absolument pas les mots pour décrire ce que je viens de voir et ce que je viens d’entendre durant ces deux soirées. C’était une séance exceptionnelle, magique et unique.
Je ne vais pas écrire une review à rallonge, du moins je vais essayer, mais tout était parfait, parfait et plus-que-parfait.
Dès les premières secondes apparait une séquence culte, inoubliable celle
de la bataille de boules de neige à l’école de Brienne. Abel Gance nous filme la naissance d’un mythe, le mythe du Napoléon stratège.
Le jeune Bonaparte est extrêmement mis en valeur par la caméra, il y a une puissante aura qui se dégage autour du personnage.
S’en suit plusieurs scènes tout aussi mythique sur son apprentissage: la bataille d’oreillers, la fuite du faucon, la punition…
On arrive ensuite à Paris, avec la Révolution Française qui bat son plein. Napoléon est mis de côté quelques instants pour nous permettre d’admirer des personnages de la Révolution, de découvrir le visage de simples inconnus qui veulent une nouvelle société qui leur ressemble davantage. C’est avec cette Marseillaise, qui donne les frissons, que cette unité se produit.
Petit détour, en Corse, pour revenir sur les pas de la légende avec des lieux qui ont réellement compté dans sa vie.
C’est à ce moment là du film qu’on observe peut-être, selon moi, le plus beau passage de cette “première époque“. Napoléon, figé aux Îles Sanguinaires, contemplant la mer, pensif, rêveur. Le regard en direction de l’horizon à la recherche de nouveaux défis, de nouvelles conquêtes ou bien encore de Sainte-Hélène.
Déboule ensuite une autre séquence assez folle,
celle de la fuite de Napoléon. À travers un montage alterné, il y a d’abord Napoléon sur son petit bateau, drapeau français en guise de voile, tentant de résister à l’immense tempête qui fait rage et au même moment à Paris une autre tempête s’est déclarée entre les Girondins et les Montagnards. Il y a un plan assez dingue de la caméra qui se balance telle une pendule à travers cette immense salle.
Enfin cette “première époque“ se termine par l’épisode du siège de Toulon qui est tout aussi magistrale en tout cas beaucoup plus que dans le film de Ridley Scott.
La deuxième époque débute avec des événements tout aussi marquants. La mise en scène, la photographie est toujours autant spectaculaire. On y voit toute la folie du personnage notamment lorsqu’il regarde le globe puis pense à sa Joséphine, il pense d’un côté à ses conquêtes amoureuses tout en réfléchissant à ses futures conquêtes territoriales.
Arrive la dernière heure du film. C’est l’apothéose !
Entre Napoléon qui arrive seul dans la salle de la Convention, pris d’un puissant pouvoir, d’une puissante mission émanant de l’esprit du peuple, des révolutionnaires avec encore une Marseillaise exceptionnelle.
Et le moment qu’on attendait tous, le fameux passage du triptyque ! Voir cet écran se réduire petit à petit pour en découvrir deux autres côte à côte, admirer la grandeur des étendues, de l’armée. Un des moments les plus magiques que le cinéma a pu faire.
Bref, ce film quasiment centenaire est un objet cinématographique rare, unique. Au point de vue technique, il n’y a rien à dire s’est maitrisé à la perfection: la photographie, la mise en scène, les jeux de lumière, les jeux de couleur, la partition musicale… Abel Gance est un génie.
Un film en avance sur son temps et en avance encore aujourd’hui. Voir une oeuvre comme celle-ci actuellement ça nous met encore une claque, même 100 ans après, c’est une source profonde d’inspiration. L’un des plus grands films jamais réalisés.
Merci à la Cinémathèque d’avoir, pendant une dizaine d’années, travaillé sur ce colossale projet. Le résultat final est spectaculaire. Merci aussi aux orchestres, au choeur et à toutes les personnes qui ont contribué à ce projet et à ces deux soirées.
Je tiens à préciser que je ne suis pas un admirateur de Monsieur Napoléon Bonaparte, il a fait des choses qui me dérangent un peu (beaucoup) mais, bon force est de reconnaître, qu’on idolâtre ou qu’on hait Napoléon, c’est un personnage qui, assurément, a un poids important voir le plus important dans nos livres d’histoire moderne.
Le Napoléon d’Abel Gance c’est un film avant tout patriote et non nationaliste. C’est l’amour de tout un pays, de tout un peuple qui nous est transmis pacifiquement et non une haine agressive envers un autre peuple. Napoléon n’est pas le seul héros de cette histoire, nous sommes aussi les héros de notre propre récit.
Napoléon vu par Abel Gance, un chef d’oeuvre absolu de 7h, on nous décrit un mythe, on découvre une réalité.