Tout le monde ne peut pas faire du Nolan. Ce film est la preuve. À bout se présente comme un thriller psychologique, mais ne dépasse jamais le stade d'un téléfilm bâclé. Il ne transcende ni par la mise en scène, ni par l'écriture. Au contraire, il trahit le spectateur en lui promettant la profondeur, pour mieux lui offrir la superficialité.
Le réalisateur a fait le choix de la facilité, abandonnant tout souci de cohérence narrative au profit d'un effet dramatique mal ficélé. Prenons par exemple la scène pivot : les « 40 dollars de la Cantine». Si cette séquence, essentielle à la justification de l'attitude du personnage principal, ne s'est jamais produite dans le réel de l'intrigue, alors tout le fondement psychologique du film s'effondre . Comment expliquer alors l'obsession, la paranoïa, ou même le basculement progressif du personnage si sa motivation centrale repose sur un souvenir illusoire ? Ce n'est plus un twist, c'est une trahison de la logique du récit.
Et ce n’est pas la seule incohérence. La policière qui croit immédiatement au récit du protagoniste – sans preuve, sans recul, sans même un soupçon d'esprit critique – agit comme un deus ex machina mal camouflé. Elle est la pièce de trop, celle qui transforme le film en récit de purge . Son rôle, mal écrit et mal interprété, accentue le sentiment d'un univers artificiel, où les personnages ne réagissent pas en fonction de la réalité, mais en fonction des besoins d'un scénario bancaire.
À cela s'ajoute un jeu d'acteurs inégal : mis à part l'acteur principal, dont la performance parvient parfois à sauver quelques scènes, les autres semblent en décalage constant, incapables d'incarner une quelconque vérité émotionnelle. On ne croit ni à leurs décisions, ni à leurs émotions.
Tyler Perry semble avoir voulu faire un film à la frontière du rêve et du traumatisme, mais en ignorant les règles élémentaires de la construction dramatique. Résultat : un film creux, prétentieux dans ses intentions, paresseux dans son exécution.