Après « Le Deuxième Acte », un film sur le cinéma et les acteurs, Quentin Dupieux s'attaque cette fois à la société de l'image, et ses dérives depuis la naissance du web et des réseaux sociaux.
Le réalisateur en profite au passage pour en rajouter une petite couche avec les journalistes, à travers un personnage qui en prend plein des gencives, incarné par Sandrine Kiberlain
...C’est son 14 ièm film en 18 ans de carrière...C’est un prolifique !! Depuis « Le Daim » que j’avais beaucoup aimé, je crois avoir vu tous ceux qui ont suivi...Dans « L’accident de piano » un piano à queue tombe d’une grue, un hélico se pose dans la neige...en deux plans le monde absurde et pourtant tout simple de Quentin Dupieux est posé...Emerge de l’hélico une jeune fille renfrognée, le bras dans le plâtre, qu’accueille son assistant dévoué pour l’emmener dans un magnifique chalet où elle doit trouver le repos...Magalie Moreau, alias « Magaloche » est une star des réseaux sociaux, rendue célèbre et riche, par de courtes vidéos dans lesquelles elle s’inflige des coups de marteaux, passe sous les roues d’un monster truck et bien d’autres fantaisies...le tout grâce à une insensibilité congénitale pas simplement physique...Dans son refuge montagnard, elle est vite reconnue par un fan assez niais, puis poursuivie par une journaliste qui veut percer son mystère...Quentin Dupieux Passent à la moulinette l’obsession pour la célébrité, celle des selfies à tout prix, le caractère odieux de certaines stars, ou la sacralisation de l’interview... les suiveurs (followers) de tous poils mais surtout les influenceurs, ces gourous des temps modernes, qui vendent du vent mais qui rapporte gros... C'est du très féroce là, mais distrayant aussi, pour peu que l'on accepte le cynisme décomplexé de la chose. Et puis Dupieux a le chic pour attirer des acteurs dans des rôles invraisemblables et absurdes qu'ils n'ont pas l'opportunité de trouver ailleurs. Et ils excellent tous et toutes, à commencer par Adèle Exarchopoulos, inouïe, adepte des transformations physiques, massacrant son image et allant jusqu’à porter un disgracieux appareil dentaire, à côté de laquelle, de manière moins spectaculaire, Sandrine Kiberlain en journaliste qui se veut humaine mais qui en sait trop sur l’accident de piano, Jérôme Commandeur en assistant, « bon à tout faire » excédé, et Karim Leklou , inquiétant en fan maniaque, tirent leur épingle du jeu, sans peur aucune du grotesque. A l'instar de leur réalisateur, ils osent tout et c'est à cette audace qu'on reconnaît leur talent. Mais ce qui affleure derrière le burlesque et cet humour un peu "gros sabots" parfois sinon trash, ce qui s'exprime sourdement, c'est un constat sans appel sur l'état du monde, une forme aiguë de désespérance, dont le film nous soigne avec le rire.