Les décès ont de bien seul cette faculté d’engendrer les retrouvailles, même les plus tristes, entre les membres d’une famille dont les liens se distendent. C’est ce qui arrive à Clémentine et Jean-Paul, père et fille en froid depuis plusieurs années, à la mort de Solange Boissier, grand-mère paternelle de l’héroïne, dite Mamie So. Ses dernières volontés nous emmènent en Bretagne pour une randonnée familiale à l’issue de laquelle seront dispersées les cendres ; mais les instructions du testament sont un prétexte pour resserrer les liens familiaux et à terme inciter Jean-Paul à délivrer un lourd secret à Clem.
Chers spectateurs, vous qui découvrez une nouvelle partie de la vie de Clem, vous allez apprécier cette virée familiale au cœur des terres bretonnes, des prés verdoyants aux falaises escarpées devant l’océan en passant par les forêts humides et les villages pittoresques où l’épisode a été tourné. Vous pourrez profiter de ce nouveau tournage pour une expédition touristique dans l’une des contrées les plus belles de France. Le choix du lieu est l’un des points forts de cet épisode, mais pas seulement !
Vous allez apprécier le retour de notre protagoniste, celui de son papa Jean-Paul, interprété par Laurent Gamelon, qu’on n’avait pas revu depuis longtemps, les étourderies incroyables de Michel, la folie légendaire de Marie-France, l’innocence d’Emma et Valentin, la vie amoureuse bancale du grand frère Adrian, la figuration comique de Mathieu joué par Loup-Denis Elion… et allez détester le vernis idéologique de l’écologie ostensiblement porté par l’épisode, l’écriture du scénario faisant moins l’objet d’une richesse créative que d’un ameublement forcé, ainsi que les choix désastreux des scénaristes pour une suite qui détruit la série à ses racines.
Ayant visionné cet épisode en deux parties, je peine encore à m’en faire une conclusion qui soit tout à fait bonne, si bien que j’interroge la nécessité de l’ajout de cette nouvelle partie dans la vie de Clem. J’ai tout de même apprécié l’initiative des scénaristes de mobiliser un ancien personnage, Mamie Solange, dont on ignorait jusqu’à lors le devenir au fil des saisons, pour l’écriture d’un nouveau scénario au cœur duquel le secret porté par Jean-Paul aurait pu en être un autre. Un secret qui aurait été une valeur ajoutée à la série en plus de rapprocher Clem et son père. Quand le spectateur connaît ledit secret, il a plutôt l’impression de sentir une rupture.
Si cet épisode, quoique rehaussé par les comiques de situation et la simple présence de Marie-France et Michel, me semble dysfonctionnel sur le fond, c’est pour les trois raisons susdites : l’idéologie, la pauvreté du scénario et l’objet du secret paternel. Par cela, j’entends que le spectateur aura le droit à des leçons d’écologie, de défense animale qui, bien que raisonnables et même indispensables, sont malvenues dans un dialogue dépourvu de naturel, encombrant le spectateur d’un discours qui n’avait pas sa place dans la progression de l’intrigue. L’absence de subtilité dessert le message qui paraît forcé auprès des auditeurs, portant préjudice à la crédibilité du scénario qui souffre déjà d’une faiblesse. Dès lors qu’un message est forcé dans une série, surtout s’il est plaqué sur un scénario pauvre, c’en devient vite ridicule et contreproductif. Si introduire le personnage d’une femme — dont j’ai déjà oublié le nom — qui aime dormir avec des ânes est censé véhiculer un message de respect des animaux, je crains que le spectateur ait une perte d’adhérence au lieu qu’il soit sensibilisé. Ce problème est récurrent quand on veut absolument faire passer un message militant dans une fiction : si ce n’est pas bien intégré au récit ou si ce semble artificiel, il devient une caricature. Ce choix donne à penser que les scénaristes ne savent plus comment rendre crédibles leurs personnages ; et cette problématique se ressent régulièrement dans l’épisode à plusieurs occasions.
Le scénario montre des failles à partir du moment où ses auteurs, à court d’idées, ont éprouvé le besoin d’encombrer Adrian d’un âne afin de tisser une intrigue romantique avec la bergère des ânes, laquelle ne possède aucune portée dans l’épisode sinon meubler le vide sanitaire dans les esprits dépassés des scénaristes. Cette escapade amoureuse ne fait qu’alourdir l’épisode en plus de saboter l’histoire d’Adrian avec Alyzée qui, je le rappelle, étaient réconciliés lors du mariage de Clem. Cette parcelle romantique passe même plus de temps à faire la critique du couple, du mariage, à les transformer en un cauchemar qu’il faut éviter à tout prix. De fait, on sent que l’histoire d’Adrian a été modifiée pour accueillir une amourette aléatoire entre un âne et des bottes de foin. C’est légèrement tue-l’amour. On remarque aussi la faiblesse du scénario dans la minuscule intrigue bâclée concernant Emma et un certain Liam : l’intention, ici bienveillante, était probablement de faire un programme d’éducation sexuelle visant un jeune public, mais qui semble, là aussi, moins être un enrichissement du scénario qu’un artifice.
Ce creux, généralisé sur une intrigue initialement intéressante, se fait partout sentir dans l’écriture : beaucoup de nos questions resteront sans réponses au cours de l’épisode. Si le personnage de Solange est à nouveau évoqué, on ne sait rien de Jean-Jacques ni des frères de JP. Le travail est bâclé. Ce défaut nous suit jusqu’au secret même du père que nous donnent les scénaristes sans explications.
S’il est bien une chose qui ne me permet pas d’accrocher à l’épisode ou même d’y croire, c’est le contenu du secret que Jean-Paul a gardé pour lui. Le choix d’un tel secret est une faute quasiment impardonnable pour la cohérence de l’histoire de Clémentine Boissier. C’est même un choix qui ruine un total de treize saisons sur plusieurs années.
Dans cet épisode, les scénaristes nous font l’honneur de compliquer l’histoire familiale de Clem en faisant d’elle la fille biologique d’un autre homme. Jean-Paul Boissier n’est pas le père de Clémentine ; c’est Didier, le meneur de cette randonnée et ami du père, qui est le géniteur de notre héroïne… comment ? pourquoi ? à aucun moment, l’épisode ne vous en apportera les réponses. Cette nouvelle tombe de nulle part avec un test de paternité, mais ni Jean-Paul ni Didier ne révèle le contexte véritable derrière la naissance de Clémentine. Ce hors-piste intervient dans l’histoire de Clem sans y apporter un véritable enjeu, il ne fait que la dénaturer par manque d’inspiration de la part des auteurs. Compte tenu des événements récents entre Lucie Lucas et Victoria Abril, je soupçonne une manigance pour diaboliser Caroline, la mère de Clem, et son actrice (elle-même expulsée de la série dès la saison 9 après un manque d’inspiration pour elle). On rappelle tout le scandale qui a été fait autour des tromperies de Jean-Paul à la première saison. Le spectateur peut facilement détecter une intention d’inverser les coupables. Si donc il y avait davantage d’explications sur ce secret, peut-être aurait-il pu passer auprès des fans de la série, mais encore une fois, il semble hors de propos et totalement déconnecté.,C’est ce qui aurait tendance à nous désolidariser de la série qui bascule dans l’invraisemblance grotesque. C’est dommage.
Finalement, l’humour reste le seul rempart de cet épisode qui donne à penser que la série s’essouffle : le comique est maîtrisé quand même et je tiens à le souligner car c’est aussi pour cela que j’ai passé de temps à autre un bon moment devant cet épisode. Si vous décidez de le regarder, ou si l’avez vu, vous saurez certainement de quoi je veux parler. Cet épisode aurait pu fonctionner mille fois mieux si le scénario avait été mieux travaillé sur le fond, si les messages portés par la série avaient été mieux intégrés, et surtout si les scénaristes avaient mieux exploité l’intrigue initiale qui donnait pourtant envie.