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Jipéhel
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3,0
Publiée le 5 juin 2026
Le diable s’habille en lycra
Depuis toujours, le Québec nous séduit par un ton audacieux et singulier, porté par des récits sans tabou, qui osent tout et ne s’interdisent rien. Jean-François Leblanc tente de ne pas déroger à la règle. Mais, à cet effet, ces 114 minutes dont à fois longuettes et un tantinet poussives. Lucien est un diable morose descendu sur Terre il y a plus de 350 ans. Libraire passionné par son métier, il voit sa tranquillité perturbée par l'arrivée de Daniel, un collègue humain et enthousiaste. Contraints de faire équipe pour sauver leur librairie, ils se retrouvent malgré eux au cœur d’une mission improbable… Adapter une BD au cinéma est un exercice risqué, et cette comédie en est un exemple flagrant. Dommage, car le postulat de départ est sympa et original, mais voilà… Il s’agit donc de l’adaptation de la bande dessinée québécoise éponyme de Samuel Cantin, qui est également le co-scénariste du film. Cette comédie est foutraque mais diablement embrouillée. Ce que l’on constate amèrement, c’est que l’humour de nos cousins québécois est à des encâblures du notre. Certes le résultat est plus réjouissant que toute la filmographie réunie de la bande à Fifi, mais on reste un peu sur sa faim quant aux tenants et aux aboutissants de l’entreprise. Ça reste dans l’ensemble plutôt perché et décalé avec un goût du bizarre très prononcé. Le film ne tient pas la distance sur 1h54 et la folie douce n’excuse pas les trous d’air. Donc, le film est essentiellement bancal malgré son démon diablement attachant. C’est Fabien Cloutier qui incarne ce démon misanthrope planqué dans une librairie depuis 350 ans. On n’y croit pas un instant, mais on s’en fout car il nous gratifie d’un numéro plus que réjouissant récompensé dans pas mal de festivals… au Québec. Avec lui citons Pier-Luc Funk, Anne-Elisabeth Bossé, Chantal Fontaine et quelques autres acteurs et actrices du cru qui évoluent dans des décors très laids, et dans des costumes qui font passer ceux de La soupe aux choux pour un défilé de mode. Tout ça sent le fauché à plein nez et cette pointe d’ennui qui se fait jour à de nombreux moments est tout de même très gênante. Pour amateur éclairé de jouale et de culture québécoise.
Adapté d’une bande dessinée québécoise culte, Vil & Misérable s’inscrit dans une comédie noire qui utilise le fantastique comme un outil d’observation sociale. Le film suit Lucien (Fabien Cloutier), un démon installé sur Terre depuis plus de 350 ans, qui mène une existence calme en tant que libraire, jusqu’à l’arrivée de Daniel (Pier-Luc Funk), un humain enthousiaste qui vient bouleverser son quotidien. Contraints de collaborer, les deux personnages doivent composer avec leurs différences, révélant progressivement les tensions d’un monde dans lequel le banal et l’étrange coexistent.
Le film repose sur un renversement intéressant, puisque le démon n’est jamais présenté comme une menace, mais comme un être fatigué, presque désabusé, qui observe les humains avec distance. Cette position permet d’interroger les automatismes de la société moderne, ses contradictions, et une forme de normalité qui devient ici étrange dès qu’on la regarde autrement. La réalité alternative proposée agit comme un miroir, les règles sont proches des nôtres, mais suffisamment décalées pour mettre en lumière l’absurdité du quotidien.
Le choix de situer l’action dans une librairie apporte une dimension symbolique forte. Ce lieu lié à la transmission et au savoir devient un espace de confrontation entre deux visions du monde. Lucien incarne une routine figée, marquée par une perte de sens progressive, tandis que Daniel représente une énergie naïve, subtilement optimiste, qui vient perturber cet équilibre. Leur relation s’inscrit dans une dynamique de contraste, proche du buddy movie, mais détournée, puisque l’entente ne va jamais de soi et se construit dans l’inconfort. L’humour, souvent absurde, ne sert pas uniquement à divertir. Il agit comme un filtre qui accentue les tensions et souligne les incompréhensions entre les personnages.
Le film développe aussi un rapport au temps particulièrement intéressant. L’univers créé autour du jour de la marmotte et d’Halloween apporte un côté malicieux qui ne doit rien au hasard. Les cinéphiles y verront un clin d’œil évident à Un jour sans fin, le film de Harold Ramis dans lequel un homme se retrouve prisonnier d’une répétition permanente. Ici, l’idée n’est pas reprise de manière littérale, mais déplacée vers une réflexion plus vaste sur l’immortalité. Les démons vivent dans leur propre forme de boucle, voyant les mortels disparaître, revivant les mêmes mécanismes, les mêmes détachements, les mêmes impossibilités à s’ancrer pleinement dans des liens durables. Le film suggère alors qu’un don supposé, vivre éternellement, peut aussi devenir une forme d’enfermement intime, presque un enfer personnel.
Enfin, Vil & Misérable conserve l’esprit de son matériau d’origine, écrit par Samuel Cantin, en assumant un humour graphique et absurde, tout en l’adaptant au cinéma avec une vraie cohérence. La mise en scène de Jean-François Leblanc prolonge cette singularité en mêlant comédie, étrangeté et critique sociale. Le choix de Fabien Cloutier et Pier-Luc Funk, issus de registres différents, renforce encore ce décalage fécond. L’ensemble construit une œuvre à part, où le fantastique, l’humour et la réflexion sur le temps servent une observation plus large de notre société, de ses automatismes, et de la difficulté à trouver sa place dans un monde qui finit parfois par ressembler à une boucle.
en ciné surprise afcae, vraiment très sympa, on rebondit sur des choses les plus étonnantes à la suite. en visionnant la bande annonce, ça en dit trop : ne pas la voir rendrait je pense meilleure l'expérience
Ce premier long métrage de ce jeune réalisateur canadien est une fable originale à l’humour décalé. Adapté d’une bande dessiné de Samuel CANTIN, l’histoire de ce diable vivant sur terre depuis de nombreuses années est plutôt étonnante et aussi déroutante. On a du mal à rentrer dans l’univers de ce film au début mais on s’attache peu à peu à ce personnage démoniaque , Lucien VIL, libraire de son état. Le film est aussi une critique sociale et culturelle sur le ton de l’humour et de l’absurdité. L’ensemble du film un peu trop long est à contre courant des réalisations habituelles mais devrait avoir du mal à plaire à un large public.