Ai vu « Pédale rurale » documentaire d’Antoine Vasquez. Le film est un portrait d’un pierrot lunaire, Benoit, qui vit son homosexualité dans la campagne qui l’a vu naitre. Il s’est construit un paradis dans une propriété qu’il a entièrement retapé et y a fait naitre un jardin proche de l’Eden. Mais Benoit vit comme un retranché dans cette demeure où il se sent protégé en jardinant, créant des tissus avec un métier à tisser, en cuisinant. La caméra et les questions d’Antoine Vasquez manquent de distance avec son sujet, et on ne sait jamais très bien quels sont les liens qui lient les deux hommes. Dans cette première partie uniquement axée sur Benoit, des longueurs, un manque de profondeur fait que le temps parait un peu long dans cette campagne dont on ne sait pas trop où elle se situe non plus. C’est indéniablement la deuxième partie qui a retenue mon intérêt où l’on voit un groupe de personnes LGBT essayant d’organiser une Marche des Fiertés itinérante à travers plusieurs villages. Super projet, mais là aussi un manque de rigueur et de distance (où comprend au bout d’un moment que le réalisateur est un des leaders de ce projet) fait que l’on passe d’une personne à l’autre sans jamais s’attarder, creuser, comprendre qui sont ces homos des champs, comment ils se sont rencontrés, quels sont ces villages… tout reste assez superficiel et léger. Benoit est attachant mais on ne saura pas grand chose de lui, des anecdotes sont commencées puis laissées en suspens. Le réalisateur apparait à l’image et se met en scène. La rigueur, la sensibilité, la distance d’un Sébastien Lifshitz, maitre incontesté en la matière, font particulièrement défaut dans ce documentaire par ailleurs rempli d’espoir, de bienveillance, de bonté, mais qui nous laisse « gens des villes » totalement sur notre faim de connaissance et d’émotion.