Un film de Werner Herzog, c’est un voyage sensoriel d’images et de musicalités, aux confins du rêve et de la réalité. J’en ressors toujours habitée par un ensemble de sensations et d’émotions qui m’émeuvent.
La promesse est grande, avec le cinéaste allemand, de se laisser porter dans un univers singulier qui n’appartient qu’à lui. Par son écriture et son dispositif de mise en scène, il parvient à placer, au cœur de son intrigue, des personnages hors normes, experts dans leur domaine (La Grotte des rêves perdus, Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft, La Soufrière, etc.).
Ses quêtes de l’impossible nous embarquent, nous spectateurs, aux côtés du personnage principal, dans un voyage à mi-chemin entre onirisme et réalité, dont nous ressortons curieux d’en découvrir encore un peu davantage sur le sujet qu’il déploie par tâtonnements.
Dans ce film, nous suivons les pas du Dr Steve Boyes dans ses missions d’explorateur, à la recherche des plus grands éléphants du monde. Le plus beau spécimen jamais découvert, nommé Henry, a été tué il y a bien longtemps avant d’être exposé au musée Smithsonian de Washington. Steve va le voir ; il le connaît et cherche depuis déjà une décennie, sur les hauts plateaux d’Angola, à plus de 1 200 mètres d’altitude, les éventuels descendants d’Henry.
Des expéditions avec les trois meilleurs pisteurs namibiens des San Bushmen à la rencontre des peuples des hauts plateaux, le voyage devient une aventure humaine quasiment mythologique. Le grand mammifère s’éloigne dans les brumes fantasmagoriques pour laisser place à l’altérité. Ces hommes, qui ne partagent ni la même langue ni les mêmes phonèmes, poursuivent pourtant un même objectif. Et derrière les grands yeux bleus de Steve, l’homme vieillissant se questionne.
Ne serait-il pas préférable de ne pas trouver le grand éléphant ?
Le fantôme laisse alors toute sa place à l’imaginaire et aux nouvelles expéditions.
ll se dégage du film une grande poésie, portée par ces hommes qui marchent ensemble en explorant les contours d’un même rêve…