Il était grand temps que le nom de Leida Laius, cinéaste estonienne, émerge enfin. Si Werewolf semble être son œuvre la plus singulière et marquante, Ukuaru, dans un récit plus classique et très identifié historiquement (le début de l'ère soviétique et la guerre) se révèle très féministe autour d'une héroïne qui assume sa vie précaire, à l'écart dans les forêts, auprès d'un mari qu'elle a choisi. Cette fois encore, c'est la concision du trait et la maîtrise des ellipses qui caractérisent la mise en scène inspirée de la réalisatrice. La composition musicale originale d'Arvo Pärt, qui n'a rien de minimaliste, fait partie intégrante d'un film que l'on ne qualifiera surtout pas de Russe, mais bien d'Estonien, sans excès de propagande soviétique, puisque le destin individuel y est plus important que la dynamique collective.
Le mouvement MeToo semble atteindre même les pays de l'Est, où l'on redécouvre la filmographie de Leida Laius, une cinéaste estonienne sous l'ère soviétique, qui a fait de la femme son thème de prédilection dans sa filmographie pas très prolifique (6 long métrages seulement).
"Ukuaru" est le premier de ses films que je vois, et j'y vois surtout une grande cinéaste méconnue.
Portrait d'une femme forte perdue dans l'immensité du territoire de l'ex-URSS. Une ode à la vie en campagne et au bien fait du travail. Tout ça rentre parfaitement dans le moule propagandiste du cinéma soviétique, mais la réalisatrice répond aux dogmes du cinéma russe avec le minimum syndical, juste pour passer la censure de l'époque. Ainsi on apprendra que très tard dans le film que nous sommes en Estonie et que, propagande russe oblige, les "mauvais" maquisards sont des indépendantistes estoniens. Mais ce n'est pas ce qui préoccupe la réalisatrice qui reste focus sur le portrait de son héroïne qui mène sa vie à travers les tourments de l'Histoire. Une histoire forte, avec un peu de fatalisme, d'amour et de résilience, c'est vraiment ce qu'on aime dans les scénarios russes. ("Docteur Jivago", "Derzu Usala", "Sibériade")