Alors que John Ford enchaîne les films à un rythme très élevé, il décide en 1936 de livrer une oeuvre plus personnelle où il revient sur la condition de son pays d'origine, à savoir une Irlande asservi par les britanniques. Il adapte un récit où il met en scène un homme pauvre prêt à vendre son meilleur ami pour espérer immigrer vers les USA.
Ford met en avant un homme pauvre, ivrogne, catholique mais aussi un peu idiot. C'est d'ailleurs ce dernier point qui m'a légèrement gêné à la vision du film, à savoir qu'il braque constamment sa caméra sur un gars très bête auquel on a parfois du mal à s'intéresser et à comprendre. Le cinéaste américain met constamment son personnage face à un choix bien compliqué, à savoir sa propre vie ainsi que celle de la prostituée qu'il aime et le sentiment de culpabilité pour son geste.
Si John Ford ne juge pas vraiment et ne prend pas parti, son récit est néanmoins riche en symbole et notamment biblique mais Ford n'évite malheureusement ni les lourdeurs ni les excès à l'image de la scène finale. De plus, les excès sont aussi du côté de certains interprètes et notamment Victor McLaglen dans le rôle principal qui peine à retranscrire toute la gravité de son personnage. C'est dommage, sans pour autant être vraiment préjudiciable tant le metteur en scène de Les Raisins de la Colère dévoile un certain savoir-faire.
Effectivement, John Ford prouve ici (et si il y en a besoin) qu'il était bien un grand réalisateur, malgré tous les reproches que l'on peut lui faire, Le mouchard dégage une certaine puissance, sublimé par la mise en scène de Ford qui met du rythme et de la tension lorsqu'il le faut. Il arrive aussi à faire ressortir un minimum d'émotion de ses enjeux et personnages, notamment le protagoniste dont la naïveté se fait parfois touchante. Il sublime la belle reconstitution studio à travers des plans ingénieux, renforçant l'ambiance sombre et oppressante du film. De plus, le sujet, à savoir la description de la vie Irlandaise sous la direction britannique, reste intéressant et bien traité.
Finalement le film connut un bon succès à sa sortie et obtient quelques oscars majeurs, dont ceux d'acteur et réalisateur. Malgré sa puissance et la façon dont John Ford traite son sujet, il n'en reste pas moins décevant mais, très vite, il commencera ce qui est pour moi un nouvel âge d'or, avec notamment peu de temps après avec ses deux films tournants autour de Lincoln ainsi que Les Raisins de la Colère.