Une sorte d’ Ovni cinématographie, avant tout analyse sociologique et satirique sur la banlieue , les villes nouvelles , « Créteil soleil » , magnifiquement filmé. Le scénario est assez simple : des prometteurs immobiliers et un politicien, s’intéressent à des terrains aux alentours de Créteil, occupés par des camps de migrants (déjà) et par des ferrailleurs un peu gitans, un peu marginaux. On assiste à la confrontation de ces deux mondes, le monde libéral, capitaliste qui en plein boom des années 70 s qui organise cette ultra croissance : les besoins en logement ,l’arrivée de travailleurs immigrés, et le monde du lumpen prolétariat , qui vit presque dans la misère. Les dialogues sont très bien écrits, ciselés, très littéraire, tout particulièrement le « speech » des politicien ,car l’analyse n’est pas manichéenne, et tout cela est tellement actuel ; rien n’a vraiment changé , 50 ans après . Des moments de grande fulgurance poétique ; comme cette course de DS décapotables qui tracte, à fond de vitesse, des sorte de « surfs » des champs sur des terrain vagues , sur une musique de Claude Nugaro et une chanson peu connue , « la Décharge » mais très puissante , une scène totalement surréaliste, culte . Vers la fin il y a une sorte d’insurrection de sans- grades contre les bulldozers , dressant des barricades , des feux , des bagarres, complément naturaliste, lyrique , cela rappelle un peu le « Zéro de conduite » de Jean Vigo et la révolte anarchique des élèves. Très puissant. Il y a des très bons acteurs, qui étaient tout jeun,e et donnent leur confiance à Jacques Baratier : Bernadette Lafont , aux deux films culte « la Maman et la Putain » et le « Fiancée du pirate » qui encadrent cette « Ville Bidon ». Daniel Duval dans son 1er rôle comme acteur, qui deviendra un réalisateur exigeant et reconnu. Robert Castel , formidable, dans une incroyable séquence de juif pied-noir rapatrié, logé dans un HLM, qui essaye de surveiller sa femme et ses filles . Roland Dubillard , écrivain néo-surréaliste , en gardien d’immeuble, philosophe et témoin-commentateur de toutes ces mutations, il nous régale. Un des deux politiciens est excellement joué par Lucien Bodard , grand reporter et lauréat du Prix Goncourt, qui joue avec un superbe cynisme le politicien border line. On notera aussi une petite figuration de Nicole Garcia , dans son tout premier rôle. Une pépite à redécouvrir.
La banlieue avant les barres des cités-dortoir. Des terrains vagues, royaume des ferrailleurs et propriétaires de bidonvilles qui abritaient une population aussi déliquescente que bigarrée. Mais malgré la présence de quelques acteurs professionnels, le film tient largement plus du documentaire, alternant témoignages d'habitants en passe d'être relogés dans des cités de transit, discussion entre promoteurs immobiliers et pouvoirs publics, arrangements pécuniaires entre promoteurs divers et ferrailleurs, entrecoupées de scène de courses de vieilles voitures dans les terrains vagues, de gars qui découpent la scie circulaire des pavillons de voiture pour en faire des traîneaux tractés par des autos et d'images abjectes de la vie dans ces bidonvilles. Un film rare mais que je regrette d'avoir vu.
Sorti en 1976, ce film est surtout intéressant pour la vision qu'il donne des banlieues, ces grands ensembles qui commençaient à se construire un peu partout, et qui étaient sensés apporter une vie meilleure aux habitants. Ce qui est remarquable et rare pour l'époque, du moins dans les productions cinématographiques, c'est la vision déjà désenchantée et négative de cette nouvelle vie urbaine. Jacques Baratier nous montre les bidonvilles et les cités provisoires qui existaient bel et bien. Pour effacer cette misère trop visible, des tours d'immeubles tout aussi inhumaines sont édifiées à la va-vite, plus dans un souci d'urbanisation sauvage et d'opportunisme politique que pour une réelle amélioration de l'habitat. Étrange comme ce film paraît si actuel, si visionnaire dans ses tristes conclusions. Même si tout se déroule dans les années 70, les problèmes semblent bien actuels... Le scénario en lui-même nous présente la vie de ferrailleurs libertaires, la vie dans les bidonvilles et les cités provisoires, et les menaces qui les concernent tous. Malgré une prise de son mauvaise et des acteurs parfois saoulant, on retiendra surtout la présence et le charisme sans faille de Bernadette Lafont, parfaite en femme provocante et dominatrice.
il se dégage de ce film un étrange sentiment mêlé de nostalgie et de tristesse. C'est créteil avant le "soleil", les bidonvilles, les cités transites (qui existent encore aujourd'hui!!!), c'est la cohabitation tant bien que mal entre ferrailleurs, portuguais et ouvriers, c'est la beauté sauvage de bernadette lafond, c'est une course de bagnolles déglinguée tirée par des capots de ds ( à voir), c'est un discours actuel sur cette impossibilité à penser l'urbanisme, le vivre ensemble, c'est un espace temps poétique et anarchiste qui ne voulait pas finir dans une cage à lapin!!!