"La jeune fille coupée en deux" divise : et c'est peu dire. Un nouveau Chabrol est toujours à prendre avec des pincettes tant le plus prolifique des réalisateurs français souffle le chaud et le froid, pouvant enchaîner de purs chefs-d'oeuvres de terreur oppressante (Le boucher, La cérémonie) à de plus ringards ersatz de série B (Poulet au vinaigre). Finalement, notre Lucio Fulci national, au-delà du contenu même de ses films semble avoir perdu, depuis plusieures années déjà, sa verve, son style caustique si différend dans le paysage cinématographique français. Avec La jeune fille coupée en deux, dans le droit fil de L'ivresse du pouvoir, il s'emmêle confusémment les pinceaux et semble (sans jeu de mot "nouvelle vague") à bout de souffle.
Le film manque, avant tout, cruellement de souffle et hésite constamment entre comédie de moeurs (une fois n'est pas coûtume pour le réalisateur de dépeindre la petite bourgeoisie) et polar médiatico-urbain. Chabrol organise en quelque sorte une partie sado-maso, en n'hésitant pas à se flageller par de ridicules postulats et autres situations incongrues (en celà, le générique marque la couleur, par son réel manque d'inventivité) et achevant son film dans une dernière partie des plus confuses, le tout se terminant de manière lapidaire dans une scène entre Etienne Chicot (semblant lui aussi ne pas comprendre grand chose) et Ludivine Sagnier. Cette dernière, dont le film est sensé reposer sur ses épaules, est elle aussi à des années-lumières de ses meilleures prestations, peut-être avant tout parcequ'elle fait de la Sagnier, sorte de femme-enfant enfermé dans quelques réactions stéréotypées.
Non, là où le plus rebelle des cinéastes français s'est assoupi, c'est bel et bien Benoît Magimel qui (une fois de plus !) sauve le film de la noyade, laissant transparaître successivement tant de sûreté, de fragilité et de nervosité, qu'on se demande pourquoi le film ne s'est pas appelé "le jeune homme coupé en deux" ... suite sur mon