Détournant sans cesse les attentes de son spectateur, "Blindness" de Fernando Meirelles, à partir d'un pitch digne d'un bon gros film de genre qui tâche à la "28 semaines plus tard" (au demeurant trés bon), exploite à fond ses personnages et nous met en position d'observateur. Nous, qui regardons ces gens soudainement devenus aveugles réapprendre à vivre, organiser un microcosme dans le camp d'isolement dans lequel ils sont placés. Là où "28 jours plus" tard se concentrait avec brio sur la lutte frénétique pour la survie dans un monde devenu étranger, "Blindness" interroge notre position de spectateur, notre regard, sur ceux qui n'en ont plus (d'autant que, comme l'écrit le critique de Brazil, les bons et les méchants sont clairement définis). On les observe donc évoluer, comme des rats de laboratoire. Cette position déroutante donne tout son sens au film de Meirelles, impossible d'y échapper, on est piégés, comme le sont les personnages de leur cécité. Ce parti pris explique donc pourquoi le scénario s'attarde si peu sur la partie la plus "fun" de l'histoire (le début et la propagation de l'épidémie), et précipite les excellents Mark Ruffalo et Julianne Moore dans le camp, leur nouvelle société. Vont-ils alors ré-apprendre à vivre, ou apprendre à vivre tout simplement ? Telle est une des nombreuses questions posées par "Blindness", par le biais d'un postulat visuel assumé de bout en bout, qui donne une puissance phénoménale au séquences les plus fortes (les cadrages très serrés rendent celle du viol collectif très éprouvante et ce malgré l'absence de violence graphique, on se souvient alors de celle des "Chiens de paille"). Le film de Meirelles nous laisse donc tout pantois, la tête remplie d'interrogations, que le final à la fois désabusé, effrayant, et plein d'espoir se garde bien de résoudre. Ca fait du bien.