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Un visiteur
4,0
Publiée le 9 octobre 2006
Les personnages sont des asphyxiées sociaux, des infirmes du cur, des amputés du verbe, écrasés par le poids des déterminismes familiaux, impuissants à comprendre et à anticiper les dérèglements quils induisent. Leur seul défense : mutisme assourdissant et aboulie forcenée, doù naît un malaise profond, et quelques fois lempathie du spectateur, auquel on donne à saisir doù provient tout cela, par le truchement dun montage souvent signifiant, amalgamant avec rigueur et finesse les temporalités (dans Home, le second segment, passé et présent se répondent et finissent par se confondre, les sourdes tragédies familiales de lenfance étant maintenant reproduites, mais démultipliées jusquà lhorreur, inévitable, prévisible, annoncée).
Lorsque tout est en place, que le spectateur a pu prendre acte des éléments contextuels disséminés dans le cadre et les silences, les personnages peuvent alors basculer de lanonymat dune vie pavillonnaire stérile et morne vers lhorreur absolue, mécanique, clinique ; exutoire sanglant de toutes les frustrations accumulées jusque-là. Il sagit de malmener un corps nié, tabouisé : morale rigoriste héritée de lenfance, affaissement du désir depuis trop longtemps, transparence de lautre qui pour être à nouveau vu, doit précisément devenir irregardable ; ici plus quailleurs, « le temps détruit tout », pour citer Gaspar Noé, qui naura pas manqué dadouber Douglas Buck dont la filiation avec le réalisateur dIrréversible est permise. Les corps nont dautres alternatives que leur propre mutilation pour exister une dernière fois. On se fouette, on sautomutile, pour se punir bien sûr, pour être certain dêtre encore vivant et sensible également, à la manière du pincement quon sinflige pour faire fuir le mauvais rêve.
Family Portraits (2004) est une anthologie sous forme de triptyque, composée de 3 courts-métrages : Cutting Moments (1996), Home (1998) & Prologue (2003), tous réalisés par Douglas Buck.
헖혂혁혁헶헻헴 헠헼헺헲헻혁혀 (ퟭퟵퟵퟲ) ★★★☆
Cutting Moments (1996) est un court-métrage de 23min qui nous invite dans le quotidien d’une famille américaine tout ce qu’il y a de plus normal… du moins, en apparence. Sarah & Patrick sont un couple au bord de la rupture et semblent ne plus se désirer l’un l’autre, jusqu’au jour où Sarah fait un effort envers son mari. Ce dernier reste mutique devant son geste, il l’ignore totalement, ce sera le début du point de non retour… Dans un excès de folie spoiler: elle va s’automutiler avec un tampon de décapage en se frottant la bouche au point de transformer ses lèvres en lambeaux, avant de finir par couper ce qu’il restera avec une paire de ciseau, dans le seul et unique but de déclencher chez son mari, un sursaut d’attention. La scène d’après, spoiler: on les retrouve tous les deux au lit, dans un coït SM (le mari, avec un taille haie manuel, coupe les seins de sa femme avant de s’achever en se coupant le pénis).
헛헼헺헲 (ퟭퟵퟵퟴ) ★★★☆
Comme pour son précédent court-métrage (Cutting Moments - 1996), Douglas Buck nous immisce dans le quotidien d’une famille américaine. On y découvre que le père à vécu une enfance difficile à cause d’un père violent. Une fois adulte, il a fondé une famille, mais lorsque le vernis commence à se craqueler, il laisse ressurgir des traumas d’enfance et cela peut malheureusement virer au drame spoiler: (son mal-être est tel qu’il finira par assassiner sa femme et sa fille).
Une réalisation toujours sans concession et criant de réalisme.
헣헿헼헹헼헴혂헲 (ퟮퟬퟬퟯ) ★☆☆☆
Prologue (2003) est un court-métrage de 53min qui conclut un triptyque composé de Cutting Moments (1996) & Home (1998). Le film dresse le portrait d’une femme gravement handicapée et qui vient régler ses comptes avec la personne responsable de ses infirmités. Un court-métrage qui s’éloigne grandement des précédents films, le premier était particulièrement gore et le second assez violent graphiquement. Cette fois-ci, c’est tout autre, on est face à un drame social lancinant où il ne s’y passe pas grand chose. Avec sa trilogie, Douglas Buck dépeint à sa façon, une Amérique en perte de repère et nous entraîne en plein cauchemar éveillé.
Je me permets d'écrire une critique sans avoir vu ce flim. Ou plutôt si, les 25 premières minutes. C'est à dire même pas le premier court-métrage en entier. Je tenais à vous avertir de la VIOLENCE EXTREME des images et du propos et j'aurais peut-être préféré tomber sur une petite mise en garde de la sorte. Je me trouvais là plutôt par hasard. J'aime bien prendre des horaires de ciné et mater juste le synopsis vite-fait avant de me décider. Et bien je n'ai pas été déçu ! J'ai pourtant visionné de très nombreux flims glauques et/ou gore sans jamais prendre une telle baffe. C'est la première fois que je sors d'une salle pendant la projection. Alors je n'ai pas vraiment la légitimité pour attribuer une note et si j'opte pour 4 étoiles c'est que je reconnais tout de même un réel talent à ce réalisateur. En effet, le bout de latex qui fait office de chair sanguinolente n'est pas par lui-même choquant, et nous en sommes tellement blasés, mais parvenir à susciter un malaise si profond en un quart d'heure d'images très sobres, je dis quand même "chapeau". Doit-on pousser l'exercice de style de manière si extrême ? C'est peut-être pas à moi de répondre. En tout cas, je pense vraiment que si vous avez envie de vous infliger ça jusqu'au bout c'est, comme on dit, une "expérience cinématographique" qui sort du lot.