Un nouveau drame s’est déroulé il y a peu , encore un fait divers dans le monde terrible du cinéma . Le réalisateur philadelphien a été victime d’un lynchage public , lapidé sous les feux des critiques ; violé sur l’autel des projecteurs .
Au premier abord , le film de Shyamalan mérite tout les défauts qu’on lui attribut (durée trop courte, jeu quelconque des comédiens , scénario et dialogues alimentaires). Il est vrai que on serait tenté, l’œil inquisiteur, de pointer du doigt le réalisateur pour son forfait .
Ceci dit , une fois après avoir accepté de décoller la première couche , cette couche superficielle baignée par les apparences « faciles » livré par l’imagerie naïve du réalisateur , on finit par trouver celle du dessous , bien plus éclatante et dense .
Accepter d’enlever cette couche superficielle , c’est accepter de comprendre le cinéma de M .Night Shyamalan .
On le sait maintenant , il y a toujours deux niveaux dans l’œuvre du cinéaste . Un premier niveau donnée comme tel : basique , brut, littéral et dénué de tout second degré.
Un second niveau ensuite ou émergent une vision , un discours , un rapport au monde des plus singulier , une sensibilité primitive fondée par des croyances ancestrales et spirituelles .
En ayant atteint ce second niveau , l’on s’aperçoit alors que The Last Airbender est en totale cohérence avec l’œuvre entière du cinéaste .
A aucun moment le cinéaste commet une trahison envers son univers et ses obsessions.
Le jeune Aang , héros de son dernier film , doit faire face à une responsabilité , à une situation qui le dépasse ; bien trop grande pour lui . a l’instar du jeune Cole Sear , le petit garçon qui voit des morts dans Sixième sens , le jeune Ang se retrouve dans un contexte qui le pousse vers la sortie du monde de l’enfance et le balance dans un univers sombre et menaçant . c’est cette enfance perdue et sacrifié que le cinéaste met en exergue .
C’est l’acceptation d’un statut que doit affronter ses héros ; accepter leur rôle .
David Dunn , l’homme incassable devra lui aussi accepter son nouveau statut , ou son statut qu’il aurait dut intégrer depuis bien longtemps , car prédestinée à accomplir de grandes choses .
On accuse le cinéaste de privilégier l’explicatif par le verbe au détriment de l’action , mais ce n’est pas çà qui fait le cinéma de Shyamalan , ce n’est pas çà qui l’intéresse .
Ces scènes d’actions sont mis en lumière comme un ballet ; des formes évoluant dans un seul cadre. Par des plans séquences , les scènes d’actions sont magnifiés par leur exécutions au sein même du cadre. On pense bien sûr à cette séquence ou Aang se bat contre les maître du feu dans le village du royaume de la terre . Cette séquence comme celle de la bataille finale dans la forteresse ou le héros fait des pirouettes , saute et virevolte au dessus de ses ennemis en leur assenant des rafales d’eau , le tout en plan séquence nous renvoie à cette scène dans Incassable ou David Dunn agrippe et maîtrise son adversaire en orange faisant de lui un héros . ce plan séquence comme les nombreux plans séquences dans le dernier maître de l’air nous renvoie à une idée du cinéma , une idée d’une scène d’action , évitant tout sur-découpage et prônant la clarté des formes , la clarté de la figure et des « figures » du héros .
Pour autant , ci dans le film , le verbe est « pauvre » , ce n’est pas tant par un relâchement que par une volonté d’aller à l’essentiel , droit au but , sans se soucier de circonvolutions ou d’analyse . Cette rythmique du verbe est d’ailleurs corroboré par un sens du montage qui congédie lui aussi toute digressions . Le réalisateur va droit à l’essentiel et trace sa route en ne gardant uniquement ce qui doit être gardé . Le montage crée alors un sentiment d’urgence dans la narration car les actions s’enchaînent les aunes aux autres permettant ainsi une « tension » ,invisible certes, mais réelle .
Comprendre le cinéma de M .Night Shyamalan , c’est accepter de se laisser embarquer dans les « rêveries » du cinéaste. C’est accepter son univers à la fois naïf et pourtant si sombre .
Le réalisateur est une sorte de poète dont chaque film est construit comme un poème , une fable , un conte aux allures d’opéra .
Ce sens du premier degré , cette naïveté , cette beauté formelle en font un cinéaste pure , ignorant ainsi toute forme de cynisme ou de second degré.
Comprendre le cinéma de Shyamalan , c’est aussi accepter ses contradictions et s(c)es faiblesses et une certaine forme de candeur que certains jugeront niaise.
Paradoxalement les défauts les plus visibles de Shyamalan en font ses atouts et ses qualités dans le sens ou ils ne font que renvoyer l’aspect humain , sensorielle , et instinctif de son auteur .
Shyamalan a toujours revendiqué d’ailleurs une certaine forme de naïveté dans son cinéma et une certaine innocence , mais n’est ce pas là l’un des atouts d’un poète ?
Shyamalan , c’est ce cinéma de l’enfance , de la rêverie naïve matinée de moment de frayeur .
Shyamalan , adoré et détesté pour les mêmes raisons , ces raisons qui font de lui un réalisateur à part . Un réalisateur authentique .
Le dernier mâitre de l’air est donc à l’image de son auteur .
En résulte un beau film terriblement imparfait .