Kijû Yoshida : qu'est-ce qu'un cinéaste ?
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Yasujirô Rilke
Yasujirô Rilke

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2,5
Publiée le 2 mai 2008
C’est en vue des piètres résultats qu’ont donné les documentaires sur cinéaste qu’il faut se réjouir du «Kijû Yoshida : qu’est-ce qu’un cinéaste ?» (France, 2008) de Nicolas Ripoche. Consacré au fameux réalisateur de la nouvelle vague japonaise des années 60, le film de Ripoche convoque différents commentaires sur l’œuvre de Yoshida, provenant autant de Jean Douchet, de Charles Tesson que d’un historien japonais du cinéma. Ces commentaires gravitent autour de ceux de Yoshida qui se confie face caméra, comme se confie un protagoniste d’Ozu. Si Ripoche reproduit le plan-type ozuien c’est que Yoshida fût à ses débuts son assistant et qu’il a écrit un excellent essai sur ce cinéaste («Ozu ou l’anti-cinéma» chez Actes Sud/Institut Lumière). Quand la forme du film devient elle-même un discous supplémentaire au contenu, le documentaire réussit une part de son ambition. Il y a un parallèle judicieux à faire avec le «Tokyo-ga» (Allemagne, 1984) de Wim Wenders. Ripoche se contente, avec la modestie d’un documentaire annexe, d’ajouter au cinéma de Yoshida une humble exégèse. Wenders en revanche charge tout son film d’une âcre mélancolie où Tokyo vit sans Ozu. Mais le Tokyo de Wenders n’est autre que celui de Yoshida, preuves en sont les films de ce-dernier et celui de Ripoche. Les lumières étincelantes d’un Tokyo clinquants sont chez Ripoche le lieu de création du cinéma de Yoshida et d’aujourd’hui alors qu’elles ne sont chez Wenders que les signes infernales d’un grand auteur évanoui. Ripoche sait prendre en compte le continuum de l’histoire du cinéma alors que Wenders s’aveugle à celui qu’il a aimé, semblant dénigré ce qui en est né. Yoshida pour Wenders n’a pas existé, alors qu’il est bien présent chez Ripoche.
De présent chez Ripoche (et qui est esquissé chez Wenders) c’est la plastique du cinéaste en question. Le film sur Yoshida reproduit, non par mimétisme abscons mais par hommage, les murs blancs et pleins qui ornent un chef-d’œuvre comme «Erosu purasu Gyakusatsu».