Depuis quelques années, on assiste à une vraie résurgence des années 80. Les projets de reboot, suite ou remake fleurissent (Ghostbusters 3, Terminator Genisys, Blade Runner 2049,...) tandis que les séries ne se privent pas non plus pour exhumer les jolis restes de l'époque. L'Arme Fatale & MacGyver font leur retour...mais c'est bien Stranger Things qui a propulsé le phénomène. Bien qu'elle soit une création originale, impossible d'échapper à ses marqueurs temporels (l'action se déroule en 1983/1984) et au bagage culturel qu'elle exhibe. Parmi les nombreuses références dont elle regorge, aucun n'aura ignoré les similitudes avec les romans de Stephen King. Notamment la nouvelle Le Corps, Dead Zone ou Ça. Ce dernier réunit d'ailleurs tous les ingrédients mixés dans Stranger Things : une bande de gamins, des phénomènes inquiétants, et une série d'épreuves bien sinistres à affronter. Vu le triomphe de la série Netflix, quoi de mieux que d'adapter le modèle lui-même? Logique. Après tout pourquoi pas? Et c'est bien là que ça coince. Car si on ôte l'équation financière évidente, je souhaite bien du courage à celui qui saura rendre la démarche légitime d'un point de vue artistique. D'accord, la première adaptation télé (de 1990) n'est peut être pas ce qu'on peut appeler une réussite. Mais était-ce suffisant? Il ne faut pas oublier qu'entre la sortie du livre (1988) et son adaptation aujourd'hui, des tas de films avaient déjà arpenté le même sentier. Et c'est bien cet écueil que le Ça de 2017 se prend de plein fouet. L'équipe d'enfants un peu losers, les parents étroits ou louches, l'adolescence et ses premiers émois, la dureté de la vie et ses ravages...C'est peu dire qu'on l'a déjà traversé ce chemin, et pas mal de fois de l'autre côté de l'écran. Que peut donc bien ajouter Ça? Sincèrement, je ne vois pas.
Le réalisateur Andy Muschietti a beau essayer d'emballer quelques scènes visuellement fortes, les réussites ne parviennent pas à masquer l'artificialité de l'ensemble. Le style prédomine clairement sur le fond, quand bien même Ça se montre généreux rayon monstruosité, il est difficile d'être secoué ou même horrifié quand les moyens utilisés sont aussi peu originaux. Et ça devient d'autant plus problématique que le film affiche une durée de 2h15. Heureusement, les acteurs sont éblouissants, et deux-trois scènes parviennent à créer un réel sentiment d'inconfort. Curieusement, il s'agit sûrement des scènes les plus minimalistes du film, sans effets ni musique oppressante. Juste des jeux de regards et les silences pesants.
135 minutes pour ne rien raconter qu'on ait déjà vu avant. Et en mieux. La nostalgie trouve sa limite dans sa propre catharsis : nous ramener en arrière en occultant ce qu'on pourrait en tirer de novateur.