Grande fan de certains bouquins de Stephen King, dont « Ça » que j’ai lu pour la première fois alors que j’avais quinze ans, je m’attendais forcément à être déçue par une nouvelle adaptation de ce chef d’œuvre de l’angoisse, difficilement adaptable à l’écran. Mais je ne pensais pas que l’on pouvait à ce point massacrer l’œuvre originale.
Le livre aborde l’horreur à travers le prisme de la solitude intérieure. Le climat est extrêmement glauque. la ville de Derry à elle seule parvient à terrifier et déconcerter tant elle semble propice au drame. Les personnages, qu’ils soient bons au mauvais, se construisent devant nos yeux. Petit à petit on apprend à les connaître, souvent à les comprendre et l’on s’attache progressivement à certains d’entre eux.
L’atmosphère est pesante dès les premières lignes. Au fil des pages, elle ne fera que s’alourdir davantage et finir par nous écraser parfois complètement. On voudrait en permanence que les choses aillent mieux, trouver un semblant d’apaisement, mais cela n’arrive jamais. Nos amis et nos ennemis sont égaux devant la monstruosité de ce qui ravage la ville et plus largement de ce qui ravage l’humanité. Et c’est cela qui oppresse : peu importe qui tu essaies d’être, tu resteras toujours égal face à la peur et à la peur de la mort. Et si celle-ci devait prendre forme, elle ne choisirait pas d’épargner ni les bons ni les méchants de ce monde. Comment apaiser un peu cette angoisse ? Accepter de se montrer à l’autre et d’avouer nos crainte, pour battre la crainte d’être seul avec elle ?
Peu importe finalement la portée du roman, ce qui compte surtout c’est la finesse de la psychologie humaine telle qu’elle est retranscrite à travers les parcours croisés de nombreux personnages complexes aux histoires personnelles très détaillées. C’est bien parce que l’on peut s’identifier à eux que l’on finit par avoir peur nous aussi.
S’il y a des clichés dans le roman, ce ne sont que des clichés King : soit on aime King et l’on les lui pardonne volontiers, soit on ne connaît pas l’auteur et l’on ne les repère pas.
Or ici, il n’y que cela, des clichés. Mais pas des clichés de style, non, plutôt des stéréotypes, et à tous les niveaux. Des stéréotypes de personnages pas convaincants du tout, des ellipses regrettables, des stéréotypes de scénario, de mise en scène, de musique, de montage, d’effets spéciaux, de direction d’acteurs. À défaut de ne pas faire un drame horrifique, le film aurait pu se contenter d’être au moins un bon film d’horreur ou d’épouvante. Il n’est ni l’un ni l’autre.
Le défaut vient peut-être du fait qu’il y a trop d’argent derrière. Et donc trop de volonté de s’en faire davantage. Du coup, plutôt que de séduire pour de bon un certain type de public, le film tente d’être simplement regardable par tous.
Ça manque de finesse, de passion, et surtout de courage. C’est un film pour adolescents mais qui prend les adolescents pour des cons.
Effectivement, « Ça » est subversif parce qu’il mélange habilement les pires choses que pourraient faire des enfants aux pires choses qu’on pourrait leur faire, mais si l’on décide d’en faire un film, on ne peut choisir d’utiliser simplement des éléments mineurs du livre : à savoir l’avatar clown, le groupe d’enfants, leurs prénoms et le nom de la ville. Ça serait comme choisir de faire un documentaire sur la nature en filmant son jardin.
Deux étoiles parce qu’une fois que l’on renonce à voir une adaptation fidèle du roman, on parvient malgré tout à apprécier le beau maquillage de Pennywise et la correcte photographie du film.