Après le très beau et très personnel " A Serious Man ", les frères Coen reviennent avec un film plus classique, au sens noble du terme, sans pour autant délaisser leur style reconnaissable entre tous. True Grit est l’adaptation du roman éponyme de Charles Portis, qui avait déjà donné lieu à un long-métrage réalisé en 1969 par Henry Hathaway (sorti sous le nom de 100 dollars pour un shérif en France, et dans lequel John Wayne tenait le rôle titre, qui lui valut d’ailleurs l’unique Oscar de sa carrière). Cela dit, les frangins s’en défendent, " True Grit " n’est en aucun cas un remake du film d’Hathaway mais bel et bien une version personnelle du roman. Et peut-être est-ce une façon de s’en démarquer, mais on notera que le bandeau de Rooster Cogburn est passé de l’œil gauche (pour John Wayne) à l’œil droit (pour Jeff Bridges). Premier western des Coen (" No Country for Old Men " n’en était pas un contrairement à ce que l’on a souvent pu lire), le film s’inscrit indéniablement dans la veine post-maniériste de leur cinéma. On hésite pourtant un certain temps à apposer le préfixe « post » tant " True Grit " a tout du western classique, avec son histoire de vengeance, elle aussi, très classique (c’est malgré tout la limite du film). Mais parce qu’il adopte le point de vue d’une jeune fille, qui fait figure d’anomalie avec son air très collet monté, on comprend pourquoi les frères Coen ont eu l’envie d’adapter ce roman. Ce qui les intéresse, c’est évidemment de filmer ce personnage, Mattie Ross, admirablement interprétée par Hailee Steinfeld (13 ans seulement). Intrépide, froide et déterminée, elle détonne dans ce monde d’adultes. Sa présence vient également perturber le genre du western puisqu’on n’y verra aucune scène à l’intérieur d’un saloon, par exemple (la rencontre avec l’U.S. Marshal se fera d’ailleurs dans les toilettes situées à l’extérieur). Les réalisateurs de " Fargo " s’amusent ainsi à confronter l’enfant aux adultes, et inverser le rapport de force grâce à sa répartie insolente et hilarante, mais aussi à son courage. Et comme souvent chez les Coen, les dialogues, soignés et savoureux, sont récités par des personnages décalés, jamais loin de la marginalité. Ce décalage entre les protagonistes permet aussi de témoigner de la fin d’une époque, celle des cow-boys, qui ne seront bientôt plus que des personnages de foire, de vieilles icônes (incarné par Jeff Bridges, excellent). De son côté, la jeune Mattie Ross représente d’une certaine manière l’arrivée de l’ère industrielle. Mais de cette rencontre entre deux mondes, a priori antinomiques, les cinéastes ne se contentent pas d’y poser un regard cynique et drôle, ils montrent qu’elle peut aussi donner lieu à une belle histoire humaine, qui dépasse toutes les conventions et les idées reçues, remarquablement souligné par la douce mélodie de Carter Burwell.