Henry James n'est pas un auteur impossible à adapter au cinéma. Au contraire même, il s'y prête très bien. "Les Innocents" de Jack Clayton et "L'Héritière" de William Wyler sont des chefs d'oeuvre, "La Chambre verte" de François Truffaut est une des oeuvres les plus émouvantes de son réalisateur. Donc c'est sur une impression de très grande déception que je reste à propos de ce film. Jane Campion avait à sa disposition un très beau portrait de femme (un peu comme le titre l'indique!!!), une reconstitution digne du meilleur Ivory et le casting rêvé. Mais la réalisatrice à une approche émotionnelle en a préféré une plus intellectuelle, trop intellectuelle justement pour qu'on puisse être pris un seul instant. Cela se rattrape un peu in-extremis dans les dernières scènes mais c'est pas suffisant. On est un peu trop loin de la cinéaste très talentueuse et inspirée de "La Leçon de piano".
Derrière le classicisme un peu glacé de ses images, "Portrait de femme" est un film d'un cynisme terrible. Jane Campion radiographie le destin absurde et mortifère d'une jeune femme éprise de liberté mais qui s'aveugle de romantisme au point de s'enchaîner à un mondain tyrannique et manipulateur. L'ironie ultime étant que son bonheur était à la portée de sa main, dans chacun des mariages arrangés qu'elle repoussa par refus des conventions sociales. Malgré sa grande forme et ses passages incontournables (bals, froufrou et calèches), le film est une charge violente contre une certaine culture romantique et un terrible constat d'aveuglement du sentiment amoureux qui nous pousse souvent à être l'instrument de notre souffrance. Et où chacun s'enferme dans sa propre prison. Si l'on ajoute à cela une direction d'acteur irréprochable et un travail visuel sur les sensations, peut-être moins brillant que dans "Sweetie" ou "The piano", mais toujours extrêmement senti, ce "Portrait de femme", sans être le sommet de sa carrière, mérite d'être réhabilité dans la passionnante filmographie de Jane Campion qui n'hésite jamais à se mettre en danger, toujours à la recherche de nouvelles voies à explorer.
Un bon film dans l'ensemble par la beauté de ses images et le jeu de ses acteurs, notamment avec John Malkovich dont le rôle de manipulateur n'est pas sans rappeler sa prestation dans "Les Liaisons dangereuses", mais la fin laisse un peu à désirer.
Moins connu que la "Leçon de piano", "Portrait de femme" lui est cependant supérieur. Moins stéréotypé que son aîné, il bénéficie aussi et surtout d'un casting formidable où brillent avec éclat le trio composé de Martin Donovan, Nicole Kidman et John Malkovich. En s'appuyant sur ces acteurs, Jane Campion réussit à donner une force à son film. Et l'histoire lui donne raison : son œuvre n'a pas pris une ride quand la "leçon de piano" tend à se corroder au contact de l'air et de l'eau de mer. Un grand moment de cinéma.
Film mal aimé à sa sortie, le film est pourtant plus intéressant à mes yeux que la Leçon de piano. Il rappelle les premières réalisations de James Ivory. C'est visuellement splendide
Les acteurs sont bons dans ce film, très bons même, des merveilleux "affrontements" entre Kidman (qui trouvait là un de ses premiers beaux rôles) et Malkovitch (toujours aussi parfaits), aux seconds rôles, Martin Donovan en cousin phtisique ou Barbara Hershey en mauvaise amie. Les décors sont beaux tout comme la réalisation de Jane Campion. Mais celle-ci, habitué aux portraits de femmes, surtout avec La Leçon de Piano, rate ce Portrait de Femme. Elle adapte très bien la trame du génial roman de Henry James, les refus successifs d'Isabel avant d'accepter la demande de Osmond, mais elle oublie ce qui fait 80% du roman : ce qui se passe dans la tête de cette jeune fille légèrement vaniteuse qui tombe dans le piège qu'elle s'est créé... Dommage...