Les années 1950 à Hollywood ont été en partie empoisonnées par le maccarthysme qui trouvera ses traductions les plus délétères dans la mise en place de la fameuse liste noire et dans l’exécution du couple Rosenberg, le 19 juin 1953. Parallèlement, la Guerre Froide bat son plein à travers la course à la conquête spatiale que se livrent à distance l’Union Soviétique et les Etats-Unis. Le cinéma de genre hollywoodien se fait l’écho du contexte avec la production de films de science-fiction libérant sur l’écran la paranoïa qui saisit alors le peuple américain face aux hommes verts, monstres géants et autres soucoupes volantes qui envahissent les écrans comme autant de métaphores d’un communisme menaçant le mode de vie yankee. De cette période restent quelques films que les cinéphiles amoureux du genre aiment se repasser en boucle. Citons pêle-mêle : « La chose d’un autre monde » de Christian Nyby et Howard Hawks (non crédité) en 1951, « Le choc des mondes » de Rudolph Maté en 1951, « Le jour où la Terre s’arrêta » de Robert Wise en 1951, « La guerre des mondes » de Byron Haskins en 1953, « Le météore de la nuit » de Jack Arnold en 1953, « Des monstres attaquent la ville » de Gordon Douglas en 1954, « Tarantula » de Jack Arnold en 1955 ou encore « Planète interdite » de Fred M. Wilcox en 1956 pour les plus célèbres. « L’invasion des profanateurs de sépultures » de Don Siegel qui en 1956 ferme un peu la marche chronologiquement est sans aucun doute l’un des plus réussis de ces films qui fleurent bon aujourd’hui les effets spéciaux rudimentaires. Il convient en premier lieu de revenir sur le titre français qui peut porter à quiproquo, faisant clairement référence au film de Robert Wise, « Les profanateurs de sépultures » (1945) qui s’inspirait d’une nouvelle de Robert Louis Stevenson prenant sa source dans un fait divers sordide s’étant déroulé entre 1827 et 1828 à Edimbourg (l’affaire Burke et Hare). Une erreur de traduction sans aucun doute, « Invasion of body snatchers » voulant tout simplement dire : « L’invasion des voleurs de corps ». C’est exactement ce que relate le scénario écrit par Daniel Mainwaring, adaptant un roman de Jack Finney paru un an auparavant. Don Siegel qui a débuté sa carrière de réalisateur en 1945 n’est pas familiarisé avec un genre qui en est alors à ses balbutiements. Cela ne sera en rien gênant. Après avoir pensé à Dick Powell ou Joseph Cotten pour le rôle masculin et à Anne Bancroft, Donna Reed ou Vera Miles pour le rôle féminin, le producteur Walter Wanger doit rabattre ses ambitions face au budget limité que lui impose le studio. Don Siegel propose donc Kevin McCarthy avec lequel il vient de travailler sur « An Annapolis Story ». Pour le rôle féminin ce sera Dana Wynter qui est une quasi inconnue, hormis quelques petits rôles chez Robert Siodmak ou Richard Thorpe. Le tour de force réalisé par Don Siegel est de ne pratiquement jamais parler explicitement d’extra-terrestres dans le but de faire monter très progressivement une angoisse diffuse. Le docteur Miles (Kevin McCarthy) qui revient dans sa petite bourgade après avoir assisté à un congrès de médecine constate de légers changements comportementaux dans son entourage comme chez certains de ses patients. Par un jeu d’identification parfaitement orchestré, le spectateur est lui aussi incrédule et c’est en même temps que le docteur Miles que son jugement va évoluer. La recette fonctionne à plein. Don Siegel n’a plus qu’à accélérer le mouvement, distillant quelques scènes mémorables comme celle spoiler: chez le romancier (King Donovan), ami de Miles où la transformation en cours ne laisse plus guère de doute. Point de bascule de l’intrigue et des personnages dans l’urgence d’une situation devenue incontrôlable. La tension est à son comble jusqu’à un climax final que Don Siegel aurait voulu plus ouvert car laissant le doute sur l’issue de cette invasio n. L’interprétation univoque du film comme une charge anticommuniste était sans aucun doute la plus aisée en rapport avec l’époque. Mais les convictions politiques de Daniel Mainwaring comme l’autobiographie écrite par Don Siegel laissent entrevoir que si la menace de l’uniformisation de la population exposée dans « Invasion of the body snatchers » peut-être assimilée à l’absence de liberté du communisme soviétique, elle peut-être aussi générée de manière plus insidieuse par le consumérisme américain forcené qui conditionne d’une autre manière les comportements. Un film parfaitement mené par le grand professionnel qu’était Don Siegel qui a engendré deux remakes tout aussi intéressants par Philip Kaufman (1988) et Abel Ferrara (1993).
Le titre français est totalement erroné puisqu'il s'agit littéralement des voleurs de corps. Le film est très années 50, il est prenant, bien joué et vraiment de son époque avec la peur du nucléaire. Il s'agit d'une série B qui a bien vieilli.
L'Invasion des Profanateurs de Sépultures est un classique du genre horrorifique bien sympathique à retrouver. Comme beaucoup de films d'horreur de l'époque, il est difficile de ne pas percevoir le contexte très marquant de la Guerre Froide. On y retrouve l'obsession de l'ennemi de l'intérieur, qui en apparence est comme nous, qui se comporte comme nous, qui peut penser comme nous, mais qui n'est pas comme nous. Ça permet au réalisateur, sans avoir à utiliser pléthore d'artifice et de maquillages, de créer l'une des créatures les plus géniales et terrifiantes du cinéma d'horreur : le faux être humain qui peut tout reproduire chez l'autre (l'apparence, le comportement, les souvenirs). C'est ce qui nous fait nous accrocher d'ailleurs autant aux aventures du personnage principal. L'idée en est géniale (notre héros est-il paranoïaque ? qui croire ? à qui peut-il faire confiance ?). Difficile de ne pas perdre la raison avec les personnages principaux. L'angoisse est omniprésente tout le long du film et les dernières minutes sont extrêmement tendues. Le film réussit à créer un climat inquiétant sans recourir à des créatures monstrueuses. Le film est particulièrement court (évidemment, les films à l'époque ne duraient pas 2 heures comme ceux d'aujourd'hui mais celui-ci est bien en-deçà des 90 minutes) et n'a aucune longueur. spoiler: La fin est assez étrange : l'existence des body snatchers a été dévoilée et le monde (en l'occurrence les États-Unis) se prépare militairement à y faire. Comme si le film préparait une suite (qui verrait le conflit entre les deux espèces), qui, il me semble, n'a pas été réalisé.
Les acteurs sont très convaincants. Kevin McCarthy porte très bien le film dans le rôle du Dr Binnell. Le film, du fait de son âge et de son faible budget (j'imagine) ne marquera sans doute pas pour ces scène d'action mais c'est assez secondaire à l'intrigue. Bref, une excellente idée pour un excellent film.
Entre l’horreur et la science-fiction, ce film sorti en 1956 et dont le titre français relève du non-sens est passé du statut de série B à celui d’œuvre culte du cinéma américain. Mise en scène avec grande efficacité, cette histoire d’invasion extraterrestre distille une tension qui monte crescendo, au travers de plusieurs séquences remarquables. Fort sympathique.
L’invasion extraterrestre s’incruste sur Terre pour contrôler les humains, une menace d’intelligence visqueuse venue d’ailleurs. La manipulation mentale ou le bourrage de crâne comme transposition de la période guerre froide, l’agitation perturbatrice de la politique anti-communiste. Les terriens regroupés sous contrôle suivent le mouvement, tels des moutons du maccarthysme. Il n’est nécessaire de s’attarder sur l’ampleur de l’horreur, la suggestion épouvantable de l’envahisseur rouge suffit amplement dans ce chef-d’œuvre, une pensée de la peur chez ses proches familles qui ne seront plus les mêmes.
Revu avec grand plaisir ce grand classique du cinéma de science-fiction des années 50. Ce long-métrage, qui est évidemment une adaptation du roman de Jack Finney, est toujours aussi passionnant à suivre grâce à son histoire d'invasion extraterrestres qui n'est vraiment pas comme les autres, puisqu'il s'agit ici de graines, venues d'une planète inconnue qui donnent naissance à d'énormes cosses qui libèrent un fruit qui prend ensuite apparence humaine. La mise en scène de Don Siegel est en plus de grande qualité car elle installe une peur constante et le casting fait très bien son travail. Très certainement la plus réussi de toute les adaptations du roman qui en comptera en tout cas, puisqu'il y aura ensuite les films de Philip Kaufman, d'Abel Ferrara et d'Oliver Hirschbiegel.
Le style est vieillot mais ça reste grandement efficace dans l'ensemble, très dans l'esprit paranoïaque et complotiste des USA des années 50. Les interprétations sont franchement appuyées, prêtant parfois à sourire, mais la dynamique générale du récit est très habilement gérée par Don Siegel et vient compenser dans une certaine mesure la faiblesse des moyens et un final peut-être un peu vite expédié. Daté mais intéressant.
Les effets n'étaient pas très bons à l'époque mais même aujourd'hui, ça tient. L'histoire est jouée facile à comprendre pour nous maintenant. Pas de vrai défaut dans l'histoire. C'était bien plaisant de le revoir, une capsule temporelle.
Classique de la science fiction, cette première adaptation pose les bases avec des scènes cultes que l'ont retrouvera dans les versions qui suivront. Sortie en 1956, la simplicité de sa mise en scène lui permet de ne pas avoir tant vieilli que ça. Le film se déroule sans temps morts, la tension monte progressivement et la paranoïa, restée intacte, en devient même angoissante. Seuls points négatifs : la fin est un peu rapide et une scène en particulier (spoiler: la transformation de Becky ) manque de cohérence par rapport aux explications données. La longue et mauvaise traduction française du titre (merci Philippe G. pour l'explication) est un argument de plus pour le préférer en version originale. Réservé aux amateurs du genre. (Pas mal)
Thriller que l'époque a voulu politisé alors que, d'après Siegel, le film critique bien un groupe de personnes mais de manière plus apolitique. En effet, il semblerait que les cibles soient, à l'image du film, une certaine catégorie de personnes qui deviennent sans émotion, plus machines sans âme et sans coeur plutôt qu'humain. Mais au-delà de ça, nous sommes face à un film d'une efficacité imparable même un demi-siècle après sa sortie. Les acteurs ne sont pas très connus mais qu'import, ce qui compte ici, c'est l'atmosphère mise en place par Siegel, l'efficacité de sa mise en scène qui propose un montage crescendo et qui se révèle être une oeuvre étourdissante jouant avec brio sur la paranoïa. Certains plans sont vraiment impressionnants, le découpage de Siegel est très précis, le rythme est emballant, le film file à vive allure tout en développant le couple au coeur de l'intrigue bref, c'est de la série B de luxe qui compense son maigre budget par une maîtrise totale du langage cinématographique. Et si le prologue et l'épilogue en atténuent la portée, il reste un formidable thriller mené tambour battant. D'autres critiques sur thisismymovies.over-blog.com
Un médecin de campagne réalise progressivement que les habitants de sa petite ville sont peu à peu substitués par leurs clones, doubles parfaits nés d’énormes cosses végétales qui semblent pousser partout et qui seront bien vite exploités par les premiers nés. Les envahisseurs, dépourvus d’émotions, engendrent par conséquent une forme de société à l’intelligence collective vivant dans un glacial pseudo-bonheur, sans évolution possible, et menaçant très vite l’humanité, tant au sens tant physiologique que spirituel. Et si ce qui fait notre humanité n’était pas aussi notre source de maux et qu’il fût préférable de s’en débarrasser ? Ce thème rappelle évidement Paradis pour tous, mais ici, ce qui s’apparente à un épisode à rallonge de La 4ème dimension verse surtout dans l’angoisse et le fantastique. Film original tiré d’un roman génial qui inspira trois autres remakes (L’invasion des profanateurs en 78, Body Snatchers en 93 et Invasion en 2007), à mes yeux tous mieux développés, actualisés et même mis en scène.
Que dire de plus que ce qui a déjà été si bien expliqué? Rien si ce n'est une petite précision par rapport au titre: en effet de quelles "sépultures" s'agit-il dans le titre? Pour bien comprendre le raccourci opéré par les traducteurs - si tant est qu'on puisse les définir ainsi - un film de Robert Wise datant de 1945, produit par Val Lawton, avait pour titre original: BODY SNATCHER, mot qui signifiait un profanateur de sépulture. Un personnage qui déterrait les cadavres récemment inhumés afin de fournir ainsi un chirurgien renégat pratiquant des expériences dessus. Et dans le film de Don Siegel, INVASION OF BODY SNATCHERS, ces fameux Body Snatchers signifient non pas des déterreurs de cadavres mais, vous l'avez compris, des extra terrestres prenant possession des humains par le biais des cosses etc... Donc, ces fameux "traducteurs", devant le mot Body Snatcher, ne se sont pas cassé la tête et ont reproduit littéralement la traduction du titre de 1945. Le profanateur de sépultures. Le déterreur de cadavres. J'espère que ma petite explication a bien été claire. Un autre phénomène quasi identique concerne un film américain réalisé par Howard Koch de 1954. Voir ma critique à ce sujet. Le titre français est LE BOUCLIER DU CRIME.
Sur fond de guerre froide, un excellent film de science-fiction qui instille une atmosphère paranoïaque prenante, étouffante à souhait. Peu de temps morts, une interprétation de qualité, un film qui n'a pas trop vieilli dans l'ensemble et qui, grâce à un scénario tout simple, réserve une bonne tension psychologique. Une référence dans son genre.
Dans une paisible ville de Californie, le docteur Bennell découvre chez ses patients d'étranges symptômes : ils ne reconnaissent plus leurs proches. Ses craintes se réaliseront bientôt : des clones extraterrestres germent dans d'énormes cocons et profitent de la nuit pour s'emparer de l'esprit des habitants.
"Invasion of the Body Snatchers" n'est pas un film de zombies. L'affiche pourrait le laisser croire, ainsi que le titre français, traduction erronée de "body snatchers" qui signifierait plutôt "voleurs de corps". Il faudra attendre "La Nuit des morts-vivants" de George A. Romero pour fixer en 1968 les règles de ce sous-genre et en lancer la mode toujours vivace aujourd'hui.
Il est le seul film de science-fiction de Don Siegel qui s'illustra à Hollywood par quelques films noirs avant de devenir le mentor de Clint Eastwood. Avec une remarquable économie de moyens et sans aucun effet spécial, il réussit à distiller une peur paranoïaque qui va crescendo.
Le film pèche par sa fin maladroite, reflet des désaccords entre les scénaristes et les producteurs. Le roman de Jack Finney se terminait par un happy end niaiseux. Le scénario de Daniel Mainwaring était autrement plus percutant qui se concluait par un gros plan sur le docteur Bennell près d'être rattrapé par les "Body snatchers" et criant face caméra : "They're here already! You're next! You're next!". Les producteurs ont exigé une fin moins pessimiste.
Le film se prête à deux interprétations. La première, maccarthyste, en fait un pamphlet contre le communisme accusé de s'insinuer insidieusement dans la pensée des honnêtes gens en tuant leur individualité et leurs émotions. La seconde, antimaccarthyste, en fait au contraire une dénonciation contre tous les fascismes qui, jouant sur le grégarisme des masses, refusent l'expression de la dissidence. Ces deux interprétations radicalement opposées sont aussi plausibles l'une que l'autre.