Soit un fait divers dramatique : un crime avec un cadavre, un criminel identifié, mais pas d'explication rationnelle à l'homicide, sinon, peut-être, le dérangement mental de l'assassin, d'ailleurs récidiviste. Mais on ne trouve le corps que dans les dernières minutes et on ne fait qu'entrevoir le criminel, présenté seulement par un bref commentaire "off", par la radio, et en sourdine. La police ne brille pas non plus dans l'organisation des recherches du lycéen - elle privilégie sans doute l'hypothèse de la fugue. "Simon Werner a disparu", qu'on se le dise, n'a rien d'un film policier. Ce qui intéresse Fabrice Gobert avec cette première réalisation (qui a eu les honneurs de Cannes 2010, dans la section "Un certain regard"), c'est bien autre chose. En proposant un récit à quatre voix (quatre élèves de la même Terminale) il démontre avec jubilation comment on peut faire d'une taupinière une montagne, en prêtant une oreille attentive à la rumeur, infondée ou (et) amplificatrice, en n'envisageant que l'apparence trompeuse etc. (récits 1 à 3, où les disparitions étranges se multiplient), alors que dans le même temps la vérité concernant la seule disparition "inquiétante" est négligée. Ce procédé narratif, en forme de puzzle reconstituant peu à peu les faits, n'a pas le mérite de l'inédit ; qui plus est, le jeune cinéaste en livre une version en forme simplifiée. Pour autant, il convient de louer sa volonté de sortir des sentiers battus, tout en regrettant une direction d'acteurs moyenne - les "lycéens" sont dans l'ensemble peu naturels, voire assez mauvais.