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Un visiteur
2,0
Publiée le 21 février 2011
Un film tourné dans un pays totalitaire impose de fait le respect. Cette situation ne préjuge en rien de sa qualité, mais à imaginer l'énergie qu'il fallut déployer pour le produire et le tourner, on mesure ce qu'il représente aux yeux de son auteur. La première chose à dire sur The hunter, c'est que nous avons là du vrai cinéma. Cadre et image travaillés, narration construite sur des silences et des éllipses, atmosphère tendue, film urbain lent et taiseux dans sa première partie, The hunter fait penser à certains films de Jim Jarmusch ou encore au cinéma de Tsai Ming Liang. L'histoire tient en deux lignes : après la mort mystérieuse de sa femme et de sa fille, Ali fuit la ville armé d'un fusil à lunette, tire sur une voiture de police et et tue un flic. La seconde partie du film se passe dans une forêt froide et pluvieuse. Plus bavarde que la première, métaphore ou non de la situation iranienne récente, plus mystérieuse aussi, presque déconnectée du réel, elle se clôt sur un final déroutant. Les qualités de The hunter étant aussi ses limites, il faut bien admettre que le film ne parvient pas à nous emporter. Est-ce dû au jeu minimaliste du réalisateur devenu acteur le premier jour du tournage après la défection du comédien principal, est-ce dû au scénario lui-même, à la mise en scène trop épurée ? Si le film ne laissera pas un souvenir impérissable, on ne peut que lui reconnaître de vraies qualités de cinéma alors même qu'il semble avoir été tourné dans l'urgence.
Pour commencer, il faut signaler l'extraordinaire qualité de la mise en scène de Rafi Pitts. Un sens du cadre inouï, des associations chromatiques saisissantes, une photographie exceptionnelle, des décors filmés comme dans un rêve éveillé, un montage au cordeau, il n'y a vraiment rien à redire à l'aspect formel du film.
Malheureusement, Pitts s'avère aussi piètre scénariste que bon réalisateur. Car le synopsis du film tiendrait à l'envers d'un timbre-poste : un iranien voit sa femme et sa fille tuées par accident lors d'une manif, il se venge en tirant sur des flics au hasard.
Voilà. Une idée comme celle-ci permet de tenir 30 ou 40 minutes mais pas 1h32. Le film ne parvient pas à nous surprendre, ni à nous émouvoir, et le jeu mutique de l'acteur principal y est sûrement pour beaucoup.
Quand l'action se cantonne à la forêt (je ne peux pas trop en dire sous peine de déflorer l'intrigue finale), il me semble que le scénario dévisse vers le n'importe quoi improvisé, mais je peux me tromper. En résumé : une réussite formelle, un échec narratif. D'autres critiques sur Christoblog : http://chris666.blogs.allocine.fr/
La deuxième partie de ce film est vraiment passionnante : un trio incertain formé d'Ali, le personnage principal, et deux policiers, s'affrontant plus ou moins directement dans une forêt montagneuse iranienne. Malheureusement, il faut y arriver : la première partie du film est un peu trop lente, sans que cela apporte quoi que ce soit à l'intrigue, ni au message politique que ce genre de films contient forcément, que ça soit consciemment ou pas. Il n'empêche que je suis toujours admiratif de ces cinéastes qui continuent à faire leur métier, en dépit de la censure, et du risque qui plane au-dessus de leur propre vie. Quant à Rafi Pitts, ce n'est clairement pas un acteur, mais c'est peut-être une bonne chose que le comédien qu'il avait engagé pour le rôle d'Ali ne soit jamais venu : la tension qui se lit sur son visage n'est pas simulée et le film y gagne un bonus de réalisme certain...
Rafi Pitts, 43 ans, appartient à une nouvelle vague de cinéastes iraniens qui a peu à voir avec la génération plus ancienne, celle des Kiarostami et Makhmalbaf. Pitts a 4 longs-métrages à son actif, dont un seul, Sanam, a été distribué en France, sans marquer les esprits. The Hunter est d'une toute autre trempe. Un film âpre, épuré à l'extrême, chiche en dialogues -Pitts a privilégié la bande son-, et dont la dernière partie, la plus prenante, est à mi-chemin entre le thriller et le western. Dans un format minimaliste, s'entend. Qu'un scénario pareil, l'histoire d'un homme dont l'épouse et la fille sont mortes au cours d'une fusillade pendant une manifestation contre le régime et qui tue à son tour, ait pu passer le barrage de la censure est assez sidérant. Le film, lui, est interdit de diffusion en Iran, mais il circulera largement sous le manteau, pas de doute là-dessus. Le personnage principal, ce chasseur pourchassé, est interprété par le réalisateur lui même. Sa prestation, tout en froncements de sourcils, n'est pas très convaincante, au diapason d'une interprétation globalement maladroite. C'est le talon d'Achille d'un film très réussi visuellement et qui, avec une trame plutôt mince, installe une tension de plus en plus sourde, que les ellipses et l'absence d'explications renforcent encore. Si le pouvoir des mollahs n'est pas visé directement, on entend leurs discours à la télévision et à la radio, comme une sorte de fond d'ambiance, subtile évocation d'une dictature religieuse inique (pardon pour le pléonasme). Il faut se laisser happer par ce film lent et viscéral, il en vaut vraiment la peine.
J'ai vu le film au Forum des Halles. Je me suis ennuyée et le réalisateur est très opportuniste. L'image est belle mais quelle lenteur, peu de dialogues. Par ailleurs, le réalisateur n'aurait jamais dû jouer le rôle principal. Une grande déception.