Vous avez toutes et tous entendu parler du Médiator, ce médicament des laboratoires Servier, longtemps prescrit dans le traitement du diabète de type 2, ainsi qu’aux patients souhaitant perdre du poids, un médicament devenu interdit à la vente en novembre 2009 lorsqu’il a été prouvé qu’il avait été la cause directe de dizaines de milliers de valvulopathies, entrainant, de ce fait, la mort de plus de 500 personnes. Pour en arriver à cette interdiction, un long combat a été nécessaire, un long combat mettant en scène une femme d’une énergie et d’un courage extraordinaires, Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest. C’est ce combat acharné que raconte de façon particulièrement efficace La fille de Brest, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot, présente pour un débat à l’issue de la projection. Un combat mené contre le laboratoire Servier, deuxième groupe pharmaceutique français, mais aussi contre les autorités sanitaires françaises, qui, sur ce coup, se sont montrées particulièrement lourdes à la détente avant de comprendre que leur rôle était de protéger les patients et non les bénéfices d’un laboratoire pharmaceutique. Bien entendu, Irène Frachon n’a pas agi seule, une petite équipe s’étant formée autour d’elle au sein du CHU de Brest, une petite équipe provinciale, bien entendu considérée de très haut par les pontes parisiens. Que pensez vous qu’il arriva ? In fine, ce fut le petit « village » breton qui terrassa les huiles parisiennes !
Emmanuelle Bercot travail son film au corps, et c'est rien de le dire. L'affaire du médiator, aussi abjecte qu'elle soit, n'est qu'une toile de fond pour un portrait de femme, héroïne des temps modernes. En effet, le scandale sanitaire est à l'origine d'une initiative qui redonne foi en l'humain. La cinéaste française amasse les répliques punchy, fait vivre ses personnages à l'écran, pour monter le tout sous forme de thriller cadenassé. Sidse Babett Knudsen n'est que le pendant de Bercot, s'exprimant dans une urgence de mots, ce qui l'a rend éminemment sympathique, tout comme en vrai.
La réalité est le meilleur scénariste qui soit. Ce film peut être vu comme un documentaire cru, précis, et froid des événements qui ont amené au retrait trop tardif du Mediator. C'est aussi une vue poignante du combat inégal et désintéressé d'une femme seule contre le système. La critique des autorités de surveillance sanitaire est cinglante, l'émotion dégagée par Irène, ce médecin brestois, est prenante. Sydse Babett Knudsen est formidable (comme toujours). Un régal, une émotion, une information. Malgré certaines longueurs, je vous le promets, c'est une bonne surprise.
J'ai vu ce film en avant-première. Sidse Babett Knudse est excellente dans ce rôle très habité, je l'avais déjà trouvée remarquable dans "l'Hermine". Le film lui doit beaucoup, c'est clair. Tous les acteurs sont très bien, ceci dit. L'histoire est attendue, puisqu'elle repose sur des événements judiciaires assez connus, mais on se laisse embarquer par cette petite équipe, dans ses doutes, dans l'apparition progressive de leur conviction qui va les emporter dans une histoire trop grande pour eux. On ne s'ennuie jamais. Un très bon point aux dialogues, en particulier lors des échanges avec les différentes commissions qui contre toute attente deviennent captivants. On ne s'ennuie pas une seconde. On rit. On s’énerve. Un très bon moment de cinéma.
La première qualité de ce film : le rythme Même si bien sûr on connaît l'histoire et la fin , au moins dans ses grandes lignes, on est embarqué dans le combat de ce médecin. La seconde, c'est Brest tout simplement . Le choix de tournage dans les lieux réels où cette affaire s'est déroulée donne une crédibilité formidable à l'action et aux personnages: l'hôpital , la librairie "Dialogues ". Le 3eme c'est le thème , je n'insiste pas . Bref, c'est un film remarquable.
Franchement, qui a envie de voir 2h de biopic/drame dans le milieu médical ? Si en plus « La fille de Brest » débute par une opération à cœur ouvert particulièrement réaliste et crue : qui voudrait s’infliger cela ? Pourtant, le dernier film d’Emmanuelle Bercot mérite de se poser au cinéma. L'histoire est celle d'Irène Frachon, qui est à l'origine de la découverte du scandale du Médiator. Cette lanceuse d’alerte a mené un combat totalement incroyable porté à l’écran, avec une conviction sans faille, par Sidse Babett Knudsen. On se prend totalement dans l’action, on savoure les victoires, on peste face aux défaites et à l’arrogance des représentants des laboratoires Servier mais aussi contre l’inertie du système de contrôle de la santé publique. Et comme dans tout combat contre Goliath, nombreux sont les moments de doutes et ils sont rendus avec justesse. Le film ne joue va pas dans la caricature et se focalise sur la démarche sans diaboliser ou angéliser les protagonistes et c’est ce qui permet la justesse des nombreuses émotions que l’on ressent. Voir ce film, c’est une façon de soutenir un beau combat, une façon de s’informer et de ne pas oublier. Une belle leçon de courage et de ténacité qui vaut le détour.
Chronique du combat de la pneumologue Irène Frachon contre le géant pharmaceutique Servier et les autorités sanitaires pour faire reconnaître la nocivité du Médiator, Emmanuelle Bercot signe avec La fille de Brest un film sérieux et bien documenté qui n’épargne aux spectateurs ni la chronologie minutieuse de chacun de ses affrontements devant les commissions d’experts, ni les nombreuses données statistiques des études menées, ni la réalité crue des méfaits de ce médicament sur les organes des malades avec deux scènes extrêmement difficiles à regarder : une opération à cœur ouvert et une autopsie filmées en gros plan. Pas d’effet d’esbroufe dans la mise en scène ni la cinématographie. On est plus dans un esthétisme de documentaire que dans un nouveau Erin Brokovich. La marge de liberté que Bercot s’accorde c’est celui de « caster » la danoise Sidse Babett Knudsen dans le rôle d’Irène qui apporte une touche de fantaisie et d’exubérance à cette héroïne dotée d’une détermination hors norme. Elle insuffle au film une énergie communicative grandissante face à la pression croissante qu’elle subit. C’est cette tension crescendo, cette personnalité hors du commun et ses relations tendres avec sa famille, de même que ses rapports à la fois amicaux et conflictuels avec son collègue Le Bihan (fantastique Benoît Magimel) qui maintiennent l’intérêt du spectateur malgré un sujet parfois rébarbatif.
Emmanuelle Bercot enchaîne les (bons) films à toute vitesse (3 films en 4 ans), sans parler de son boulot d’actrice (Prix d’interprétation à Cannes en 2015 pour « Mon Roi »). Dans ce nouvel opus, un film « de commande » comme elle nous l’a confié lors de la projection, la réalisatrice fait le portrait d’Irène Frachon (la pneumologue du CHU de Brest qui a révélé le scandale du Mediator). Cette femme combative a remué ciel et terre pour faire interdire un médicament, indiqué à l’origine dans le traitement du diabète et prescrit aux patients en surpoids. Suspectant un lien de cause à effet entre la prise de cette molécule et les dysfonctionnements cardiaques qui en résultaient, elle a mené l’enquête avec une équipe (plus ou moins) dédiée à sa cause. En découvrant les ravages occasionnés par le Mediator (au moins 500 morts peuvent lui être imputés, probablement beaucoup plus), Irène Frachon a jeté toutes ses forces dans la bataille pour que les laboratoires Servier soient condamnés et les victimes indemnisées. À l’instar de « Erin Brockovich » de Steven Soderbergh ou plus récemment « Spotlight » de Tom McCarthy, eux aussi tirés de faits réels, LA FILLE DE BREST est un film d’investigation mené tambour battant qui met en lumière le travail phénoménal accompli par des personnes à l’humanisme vrillé au cœur et à la conscience professionnelle indiscutable. Ça prend aux tripes et c’est bouleversant. Sans trop s’appesantir sur les dommages collatéraux (vie de famille bien impactée) provoqués par cet investissement hors-normes, afin de ne pas ralentir le rythme, Emmanuelle Bercot retranscrit avec beaucoup de talent la rage de son héroïne. Elle le doit aussi à son actrice principale (Sidse Babett Borgen, découverte dans la série danoise « Borgen » puis dans « L’Hermine » de Christian Vincent) extraordinairement vibrante. Mention spéciale également à Lara Neuman, formidable en journaliste déterminée.