Troisième réalisation pour le désormais incontournable Jeff Nichols, l’homme derrière Take Shelter et Shotgun Stories. Ici, le cinéaste nous plonge en plein territoire du sud américain, sur les rives du fleuve Mississippi, aux cotés de d’un étrange homme des bois et d’une jeunesse désabusée, animée par le souhait d’aider son prochain et de croire en l’amour comme remède aux maux d’un monde encore trop compliqué pour elle. Nichols nous offre là une formidable ode à l’amour, comme idéologie, à la nature, aussi hostile soit-elle, ainsi qu’à l’innocence contagieuse de l’enfance. Une enfance qui, à force d’espérer et de croire, redonne du corps et de l’esprit à aux tribulations d’une vie adulte complètement déphasée, minée par le chagrin et la fatalité d’un monde en ayant laissé plus d’un sur le bord de la route.
Le réalisateur, filmant en pleine nature, ne s’offre pas le luxe d’introduire platement son récit, nous propulsant dès les premiers instants dans le sillage des deux enfants, lorsqu’il croise le chemin de Mud, homme armé, curieux mélange de SDF et de Robinson Crusoé. Par compassion, par idéologie du bien, les gosses aideront l’homme oublié mais amoureux à bâtir son avenir, constituant en une fuite en avant aux coté de la femme qu’il aime, terrée en ville. Mais Mud, si sympathique soit-il, est recherché par la Police, mais aussi par des hommes mal intentionné parti en croisade pour la vengeance de l’un des leurs. Tout devient délicat, la jeunesse, de par sa naïveté et ses nobles intentions, sera finalement le remède à un mal dit incurable, la fatalité.
Tye Sheridan, vu dans Tree of Life de Malick, prend des allures d’enfants prodigue tant il est imposant à l’écran, volant presque la vedette à Matthew McConaughey, énorme interprète depuis peu. L’ensemble des personnages est captivant, d’un père miséreux au tempérament de vaincu d’avance, d’une mère bienveillante mais destructrice d’un mode de vie à un vieux voisin mystérieux et j’en passe. Michael Shannon, l’acteur fétiche du cinéaste, prendra lui aussi le costume d’un second rôle, sous les traits d’un explorateur de fond, homme optimiste par nature. Mud, sur les rives du Mississippi est dès lors ce qui pourrait se rapprocher d’une œuvre vouée à démontrer la formidable affinité qui relie les hommes entre eux, quand bien même le violence est partout, la nature est hostile et les mots pas toujours réfléchis.
Il y a finalement quelque chose de ‘’Malickéen’’ dans le film, sans doute dans le manière de filmer la nature, ses beautés et ses dangers. Il y aussi d’énorme référence à une littérature américaine oubliée, cette fameuse propension à poussé un récit vers l’aventure, l’aventure étant le moteur des intentions des deux gamins qui trouvent en Mud, la figure paternel qu’ils peinent à trouver chez eux. La plus belle démonstration de l’attachement entre les personnages sera lorsque le petit Ellis est mordu par un serpent et que Mud, au péril de sa vie, prendra tous les risques pour sauver la vie de son jeune et innocent protecteur. Lorsque rudesse du monde adulte est influencée par la naïveté bien vaillante de la jeunesse, cela donne le troisième film de Jeff Nichols, petit chef d’œuvre de cinéma indépendant à l’heure ou l’industrie hollywoodienne bat de l’aile. 18/20