Aussi imparfait qu’intéressant, The East, signé l’illustre inconnu qu’est Zal Batmanglij, démontre toutes les qualités mais aussi les failles d’un cinéma indépendant américain ne cessant jamais de chercher quelque chose à raconter qui soit un tant soit peu captivant. Brit Marling, une fois encore très impliquée dans la construction narrative et la production du film, endosse le costume de l’infiltrée dans une communauté écologiste et extrémiste. Le terrorisme écologique est au centre d’un récit pour le moins mouvementé et chronologiquement chaotique. Travaillant pour une société privée, une jeune femme approche d’au plus près un mouvement criminel, protecteur de la faune et flore, rendant justice sur le territoire américain des atrocités commises par le patronnât, l’industrie et le capitalisme.
L’on sent pourtant très vite que le cinéaste et les scénaristes ont délibérément choisis leur camp, et ce même si l’aspect criminel de la ‘’mission’’ des éco-terroristes n’est pas mise en sourdine. Insistant sur le fait qu’il ne s’agit que d’actions rendant justice, dent pour dent et j’en passe, les créateurs dénonce la pollution, l’enrichissement égoïstes des grands saccageurs de notre planète bleue. Oui mais seulement, tout cela, on le savait. Quel juste milieu adopter? La question ne se pose ici même pas, contrairement à toute la rhétorique évoquée sur le formidable Promised Land de Gus Van Sant. Pire encore, les extrémistes écologistes ont tous des connaissances, des connexions dans la sphère industrielle, des traits d’union narratifs étonnamment naïf qui permettent de passer rapidement d’une séquence punitive à une autre.
Menant une vie de fanatique de la contre culture, le groupement anarchiste dans lequel s’infiltre la jeune femme n’a pourtant ni l’allure ni la rigueur d’un groupe terroriste. Si le cinéaste s’efforce de leur donner raison dans leur quête de justice, il les rend bêtes à manger du foin lorsque, au coin du feu, il réunit les personnages pour se bécoter, s’amuser comme des gamins bien heureux ou adopter durant leurs phases de tranquillité des pratiques sectaires qui renvoient directement à un film nettement plus costaud, Martha Marcy May Marlene. Le trois acteurs composant le trio principal, Brit Marling, Ellen Page et Alexander Skarsgard sont pourtant bons, surtout la première nommée, la plus impliquée, cela permettant de mettre en sourdine nos reproches pour qui l’on puisse s’imprégner du récit que l’on tente de nous narrer.
Un film issu tout droit de la classe indépendante US, calibré comme tel, sans autre ambition que de se la jouer sérieux sans le sous. Si l’on connaît maintenant les rouages de ce genre de cinéma, l’on ne peut que constater que les bonnes intentions n’accouchent pas toujours d’un produit saisissant, ici surtout du fait d’un parti pris plutôt gênant. Les grands cinéaste de ce monde savent disserter sur un sujet sensible sans prendre parti, sans verser dans le mélo, là encore en référence à Promised Land. En tous les cas, retenons la qualité d’interprétation de la trop rare Brit Marling, discrète comme le vent, rigoureuse comme il se doit, cachant sa beauté comme son tempérament sous ses aires de fille de bonne famille. 09/20